Deux Rwandais condamnés à perpétuité à Paris pour génocide

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 (Actualisé avec réactions) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 6 juillet (Reuters) - La cour d'assises de Paris a 
condamné mercredi deux anciens bourgmestres (maires) rwandais à 
la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide et crimes 
contre l'humanité en 1994 au Rwanda, conformément aux 
réquisitions de l'avocat général.  
    Tito Barahira, 65 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, étaient 
accusés d'avoir agi comme "donneurs d'ordres", notamment, lors 
d'attaques qui ont ensanglanté en avril 1994 la commune de 
Kabarondo, où ils ont officié successivement.  
    Ils contestaient les faits qui leur étaient reprochés.  
    "Je suis extrêmement déçu de cette décision, pas forcément 
surpris", a déclaré à la presse Me Philippe Meilhac, qui défend 
Tito Barahira. "Je crois qu'on peut s'attendre à un appel de la 
part de la défense", a-t-il ajouté.  
    L'avocate d'Octavien Ngenzi, Me Françoise Mathe, s'est 
refusée à tout commentaire. A la question "allez-vous faire 
appel?", elle a simplement répondu : "A votre avis?" 
    La condamnation de ces deux anciens maires intervient deux 
ans après celle du militaire rwandais Pascal Simbikangwa, 
condamné en mars 2014 à Paris à 25 ans de prison pour génocide 
et complicité de crimes contre l'humanité à Kigali.  
    Paris peut juger ces suspects depuis 1996 en vertu de sa 
compétence universelle. Vingt-deux ans après le génocide des 
Tutsis, qui a fait quelque 800.000 morts en à peine 100 jours, 
les parties civiles se sont réjouies de ce nouveau verdict. 
     
    DE NOMBREUSES AUTRES PROCÉDURES EN COURS 
    "Aujourd'hui, on a pris la mesure, véritablement, de ce 
qu'ont été les événements, que ce soit à Kabarondo, ou que ce 
soit dans d'autres lieux au Rwanda, pendant ce printemps 1994", 
a réagi Me Gilles Paruelle, qui représente plusieurs parties 
civiles, dont une personne physique.  
    "Tous ces rescapés, ces morts de Kabarondo, ils ont été 
ressuscités", a renchéri Dafroza Gauthier, du Collectif des 
parties civiles pour le Rwanda (CPCR).  
    Dans la matinée, les deux accusés avaient clamé leur 
innocence, avant que la cour se retire pour délibérer.  
    "Je n'ai jamais organisé une réunion qui aurait incité la 
population Hutu à tuer des Tutsis" ni "mené des attaques", avait 
 déclaré en kinyarwanda Tito Barahira, maire de Kabarondo de 
1977 à 1986. Quant à Octavien Ngenzi, il avait mis en avant son 
incapacité à "faire face à la violence" qui s'est abattue sur sa 
commune. "Je n'ai pas tué, et je ne suis pas coupable du 
génocide", avait-il ajouté. 
    Une centaine de témoins ont été entendus par la cour 
d'assises lors de ce procès historique qui a duré huit semaines. 
Les 250 heures de débats ont été enregistrées. 
    Après ces deux premières condamnations, vingt-quatre 
informations judiciaires et deux enquêtes préliminaires restent 
ouvertes en France, selon une source judiciaire.  
    Le procès en appel de Pascal Simbikangwa doit par ailleurs 
commencer en octobre prochain.      
    "C'est seulement le deuxième procès, on est encore au 
front", a ainsi souligné Dafroza Gauthier. 
    "J'espère que la justice va accélérer les procédures, avant 
que les témoins ne disparaissent", a-t-elle ajouté. "Il faut se 
dépêcher, il est plus que temps, 22 ans, ce n'est pas du luxe."  
 
 (édité par Simon Carraud) 
 
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