Deux livres pointent les difficultés du pape à réformer le Vatican

le
0

(Actualisé avec déclarations) par Philip Pullella CITE DU VATICAN, 4 novembre (Reuters) - Mauvaise gestion, cupidité, favoritisme et corruption: deux ouvrages écrits par des journalistes italiens parus mercredi en Italie décrivent un Vatican où la volonté réformatrice du pape François se heurte à une vive résistance. "Via Crucis" de Gianluigi Nuzzi ("Chemin de croix" dans sa version française à paraître le 11 novembre) et "Avarizia" d'Emiliano Fittipaldi ont d'ores et déjà été condamnés par le Vatican, où deux anciens membres d'une ex-commission mise en place par le pape argentin ont été arrêtés et interrogés pour diffusion de documents confidentiels. Annonçant ces "convocations", le Bureau de presse du Saint-Siège a déclaré lundi que ces deux livres étaient "le fruit d'une grave trahison de la confiance accordée par le Saint-Père" et ont accusé leurs auteurs de "tirer profit d'un acte illicite qui pourrait avoir des répercussions juridiques et éventuellement pénales". Ces livres, a ajouté le Vatican, "sèment la confusion et donnent lieu à des interprétations partielles et tendancieuses". Deux personnes, le prélat espagnol Mgr Lucio Angel Vallejo Balda et l'avocate italienne Francesca Chaouqui, ont été convoquées et interrogées ce week-end dans le cadre d'une enquête menée par la gendarmerie vaticane à propos du vol et de la diffusion d'informations et de documents confidentiels. Tous deux siégeaient au sein de la commission chargée de l'organisation des structures économiques et administratives (COSEA) mise en place par le pape François quatre mois après son élection pour étudier de possibles réformes financières. Ils sont soupçonnés d'avoir transmis des documents confidentiels aux deux journalistes italiens. "C'est une tentative bien maladroite visant à détourner l'attention de ce qui est dit dans le livre qui est basé sur des preuves fondées sur des documents du Vatican", a déclaré Gianluigi Nuzzi lors d'une conférence de presse consacrée au lancement de son ouvrage. "Le pape essaie de faire passer des réformes et il a rencontré beaucoup de difficultés et de résistance", a-t-il ajouté. DÉTOURNEMENTS DE FONDS ET TRAIN DE VIE LUXUEUX Gianluigi Nuzzi a accédé à la notoriété en publiant en 2012 "Sua Santita" (Sa Sainteté), principalement basé sur des documents transmis par Paolo Gabriele, l'ancien majordome du pape Benoît XVI à l'origine de l'affaire VatiLeaks. Dans son nouvel ouvrage, il évoque des irrégularités dans le financement de causes visant à la canonisation de figures de l'Eglise, met en lumière des détournements présumés de fonds destinés aux indigents qui servent à "combler les déficits financiers" et illustre le train de vie luxueux de certains cardinaux. Il écrit ainsi que le denier de Saint-Pierre, offrandes collectées dans le monde entier et envoyées au Vatican pour financer des oeuvres caritatives, est un "véritable trou noir" maintenu "dans un secret total". "Sur dix euros, seuls deux sont utilisés au bénéfice des nécessiteux", a dit mercredi Gianluigi Nuzzi. Les contrats de maintenance et de restauration du patrimoine immobilier du Vatican sont également passés au crible par le journaliste qui relève que ces travaux sont surfacturés. Il note aussi que ce patrimoine est sous-évalué dans les comptes du Vatican et que le fonds de retraite de l'Eglise catholique approche rapidement de la faillite. "LE PAPE FRANÇOIS LUI-MÊME EST VU COMME UN INTRUS" Nuzzi retranscrit l'enregistrement d'une réunion à laquelle le pape participe en juillet 2013 au cours de laquelle il se plaint des pratiques financières troubles du Vatican. "Nous devons mieux clarifier les finances du Saint-Siège", dit-il dans cet enregistrement effectué, selon le journaliste, clandestinement par un participant. "C-l-a-r-t-é", insiste-t-il en épelant le mot, avant d'ajouter: "Ce n'est pas une exagération que de dire que la plupart de nos coûts échappent à tout contrôle." Dans une interview accordée au quotidien Le Monde daté de mercredi, il estime que "dans une certaine mesure, le pape François lui-même est vu comme un intrus" au Vatican. "Il est plus facile pour lui de réconcilier les Etats-Unis et Cuba que de réformer le plus petit Etat du monde", ajoute le journaliste. Emiliano Fittipaldi évoque lui aussi des détournements de fonds, écrivant dans "Avarizia" que des sommes destinées à la fondation gérant un hôpital pour enfants malades du Vatican à Rome ont servi à des travaux de rénovation de l'appartement d'un cardinal de haut rang. Le journaliste de l'hebdomadaire L'Espresso ajoute que la fondation a versé 24.000 euros pour que le même prélat se rende en hélicoptère à une manifestation caritative. (Henri-Pierre André et Nicolas Delame pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant