Deux jours pour tenter d'éviter un Brexit

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    par Elizabeth Piper et Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 18 février (Reuters) - Le Premier ministre 
britannique David Cameron arrive jeudi à Bruxelles pour un 
sommet européen du "maintenant ou jamais" avec l'objectif 
d'obtenir les concessions qui lui permettront de convaincre les 
Britanniques de rester dans l'Union européenne. 
    Si le Conseil européen de Bruxelles parvient à un accord 
qu'il jugera satisfaisant, il pourra organiser rapidement, 
probablement avant la fin juin, le référendum qu'il a promis sur 
le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE. 
    Une nouvelle version d'un projet d'accord a été adressé dans 
la nuit de mercredi à jeudi aux dirigeants des Vingt-Huit. Ce 
texte, que Reuters a pu consulter, tente de surmonter les 
divergences qui subsistent sur les dossiers les plus 
problématiques: l'immigration européenne en Grande-Bretagne et 
les sauvegardes réclamées par Londres sur la réglementation 
financière.  
    Mais les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Huit, qui 
se retrouveront en milieu d'après-midi et négocieront jusqu' 
vendredi, auront beaucoup à faire. 
    "Je pense qu'il y a à tous les niveaux la volonté d'essayer 
d'y arriver et de prendre le temps qu'il faudra pour y arriver", 
note un diplomate de haut rang de l'Union européenne. 
"L'ambiance à Bruxelles, c'est que si nous n'arrivons pas à 
régler cela maintenant, nous n'y arriverons jamais", 
ajoute-t-il. 
     
    UN PRÉCÉDENT POUR D'AUTRES PAYS MEMBRES ? 
    Le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, souhaité par les 
Vingt-Huit mais qui divise l'opinion publique britannique, 
lèverait une forte incertitude pour l'Europe, déjà confrontée à 
la plus grave crise migratoire depuis la Deuxième Guerre 
mondiale, à une montée des mouvements extrémistes, à la menace 
terroriste et à la mollesse persistante de l'économie. 
    Réélu en mai dernier, David Cameron a réclamé une 
renégociation des relations entre le Royaume-Uni et l'Union 
européenne sur quatre domaines qu'il juge cruciaux (1. 
compétitivité; 2. gouvernance économique et notamment les 
relations entre pays membres et non membres de la zone euro afin 
de sauvegarder les intérêts de la City; 3. souveraineté; et 4. 
prestations sociales et libre circulation des personnes). 
    Depuis des semaines, il fait le tour des capitales 
européennes pour tenter d'obtenir un accord. 
    Dans le même temps, des négociations ont eu lieu entre 
Londres et Bruxelles pour élaborer une proposition de réformes, 
que le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, a 
exposé début février. Les discussions se sont poursuivies depuis 
entre les "sherpas" des Vingt-Huit. 
    Des responsables de l'Union européenne rapportent que 
certains dirigeants redoutent toujours que les exigences de 
Cameron n'incitent d'autres pays-membres à modifier les 
"arrangements" organisant leur présence de l'ensemble 
communautaire. 
    Mais la dernière version en date du projet d'accord précise 
bien, notamment au chapitre sur l'immigration, que les solutions 
ont été conçues sur mesure pour prendre en compte les 
spécificités du système britannique de protection sociale. 
     
    "PAS DE MEILLEUR MOMENT POUR UN COMPROMIS" 
    "Les négociations sont très avancées et nous devons nous 
servir de cette dynamique", écrit Donald Tusk dans sa lettre 
d'invitation aux dirigeants européens. "Il n'y aura pas de 
meilleur moment pour un compromis", ajoute le président du 
Conseil européen. Mardi, il s'était dit "convaincu" qu'il ne 
restait que quelques pas à faire pour parvenir à un accord. 
    Mais le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré 
jeudi matin qu'il était "prudemment optimiste" sur les chances 
de succès du sommet européen. 
    Le Premier ministre français, Manuel Valls, a quant à lui 
estimé mercredi qu'un accord était possible et souhaitable. 
    Les négociations se concentraient ces derniers jours sur les 
problèmes de gouvernance économique, les rapports entre la zone 
euro et les pays qui n'en font pas partie, et la réglementation 
financière - afin que les institutions financières britanniques 
ne bénéficient pas d'un avantage sur leurs concurrentes. 
    Autre dossier tendu, la possibilité pour le Royaume-Uni de 
priver de prestations sociales les travailleurs européens 
arrivés sur son sol, pendant un temps limité et si des 
conditions exceptionnelles sont identifiées: un afflux 
exceptionnel de travailleurs menaçant l'équilibre du marché du 
travail. 
    Les deux autres domaines (la compétitivité de l'Europe et la 
place des parlements nationaux) faisaient quant à eux l'objet de 
convergences importantes, tandis qu'un travail d'interprétation 
de la formule d'une Union "sans cesse plus étroite", qui figure 
dans les textes européens, était engagé pour garantir l'absence 
de contrainte juridique pour le Royaume-Uni. 
    La chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé mercredi 
que la plupart des demandes de réformes formulées par David 
Cameron étaient justifiées et raisonnables. 
    Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a quant à 
lui prévenu après une rencontre avec David Cameron mardi qu'il 
ne pouvait pas garantir que l'accord serait entériné par le 
Parlement. Mais il a assuré que ce dernier se prononcerait 
"immédiatement après le référendum" organisé par Londres. 
      
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur les négociations entre Londres et l'UE 
  
    ECLAIRAGE A quoi ressemblerait un Brexit ?   
    ANALYSE Un "Projet panique" pour maintenir le Royaume-Uni 
dans l'UE   
 
 (avec Kylie MacLellan à Londres et Jean-Baptiste Vey à Paris; 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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