Deux femmes pour tourner la page Delanoë à Paris

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ANNE HIDALGO ET NATHALIE KOSCIUSKO MORIZET EN LICE POUR SUCCÉDER À BERTRAND DELANOË
ANNE HIDALGO ET NATHALIE KOSCIUSKO MORIZET EN LICE POUR SUCCÉDER À BERTRAND DELANOË

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'héritière contre l'affranchie: la socialiste Anne Hidalgo et l'UMP Nathalie Kosciusko-Morizet se disputent la succession de Bertrand Delanoë à Paris, où la droite caresse l'espoir ténu d'une alternance, treize ans après la victoire de la gauche.

Les sondages, après des scores prometteurs pour l'ancienne ministre de l'Ecologie de Nicolas Sarkozy, tournent à l'avantage de la première adjointe du maire sortant, mais le camp de "NKM" veut croire encore à la reconquête face à une municipalité sortante "pépère" et "à bout de souffle".

Une enquête CSA diffusée le 13 mars crédite Anne Hidalgo de 52,5% au second tour contre 47,5% à son adversaire UMP. Les analystes estiment que la droite doit dépasser les 53% pour espérer l'emporter, et l'écart actuel paraît insurmontable.

"L'ambiance n'est pas au triomphalisme, mais on ne va pas se mentir, la victoire est à notre portée", déclare-t-on dans le camp d'Anne Hidalgo.

Dans l'équipe adverse, la méthode Coué le dispute à l'autoflagellation.

"Il y a un décalage total entre ce qu'on ressent sur le terrain, l'envie de changement, et les sondages", assure-t-on dans l'entourage de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est donnée battue dans le XIVe arrondissement où elle concourt. Un élu parisien accuse: "On va vers une déculottée et en un sens, elle l'aura bien cherché".

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui bataille sans répit pour "sortir la droite parisienne de la spirale de la défaite", balaye les mauvais augures et les "penchants suicidaires": "Une élection, c'est toujours une prise de risque".

BARONS ET DISSIDENTS

Dans ce "duel de femmes" inédit décliné ab libitum par les médias -au point que les autres candidats sont réduits à faire de la figuration- le passé est le pire et le meilleur allié.

Anne Hidalgo, 54 ans, qui assure avoir repoussé un ministère pour se lancer dès septembre 2012 dans son "combat pour Paris", capitalise sur le bilan de son mentor, d'une gauche qui selon elle "a réussi à Paris, apporté des solutions aux Parisiens" alors même que sa crédibilité est entamée à l'échelle nationale.

Dans une campagne pugnace, où Anne Hidalgo a attaqué son adversaire en diffamation pour avoir évoqué à tort une condamnation pour travail déguisé, Nathalie Kosciusko-Morizet, 40 ans, n'a eu de cesse de dénoncer la mise sous tutelle d'une "dauphine", "choisie dans le bureau de François Hollande".

Réplique de la candidate socialiste: "Il y a des héritages plus difficiles à assumer que d'autres".

Une référence au poids des "affaires" de l'ère Chirac-Tiberi dont Nathalie Kosciusko-Morizet est parvenue à se délester non sans brutalité et sans accrocs.

Les dissidences qui ont essaimé dans les arrondissements sont "le prix à payer pour le renouvellement", relativise la candidate, qui a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, dont elle fut la porte-parole durant la dernière campagne présidentielle.

HIDALGO CRAINT UNE DÉMOBILISATION À GAUCHE

Ecarté, le fils de Jean Tiberi, Dominique, se lance dans le Ve. Dans le XIVe, Marie-Claire Carrère-Gée, secrétaire générale adjointe de l'Elysée sous Jacques Chirac, n'a pas de mots assez durs contre la députée de l'Essonne, une "parachutée" accusée de "combattre son propre camp". Exclu comme ses pairs de l'UMP, l'entrepreneur Charles Beigbeder, candidat dans le VIIIe et héraut des listes "Paris libéré", ira "jusqu'au bout".

Soutenue par les réseaux chiraquiens et les "barons" locaux, la candidate UMP, désignée en juin 2013 avec 58,16% des voix lors d'une primaire houleuse, a fini aussi par lasser, voire irriter les caciques, qui lui reprochent son manque d'esprit collectif ("elle n'en fait qu'à sa tête") et son "agressivité".

La place réservée aux centristes de l'UDI et du MoDem -une alliance âprement négociée- est un autre sujet de friction.

"Nathalie Kosciusko-Morizet est passée complètement à côté. La seule population dans laquelle elle bat Anne Hidalgo, c'est les plus de 65 ans. Elle a fait de grosses erreurs dans sa stratégie de communication", juge-t-on dans le camp socialiste.

La crainte d'Anne Hidalgo, qui s'est assuré le soutien des communistes mais se heurte à vive opposition en la personne du candidat Europe Ecologie-Les Verts Christophe Najdovski, est moins un présumé "effet NKM" que la démobilisation de l'électorat de gauche.

"Notre principal problème, c'est l'abstention. Il y a un impact de la politique nationale", concède-t-on.

(Avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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