Deux ans après, Malaysia Airlines peine à se remettre

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    par Siva Govindasamy et Praveen Menon 
    SINGAPOUR/KUALA LUMPUR, 7 mars (Reuters) - Malaysia Airlines 
peine à se relever des deux catastrophes aériennes successives 
qui ont dégradé son image il y a deux ans et le plan de 
restructuration mis en oeuvre ne suffit pas à rassurer quant à 
l'avenir du groupe à moyen et long termes. 
    La perte de deux Boeing 777 en mars et juillet 2014 a 
contraint l'Etat malaisien à renflouer la compagnie déjà 
déficitaire, moyennant une lourde restructuration. Un tiers du 
personnel a été licencié, certaines lignes long-courrier moins 
profitables ont été abandonnées et les Boeing 777-200 sont 
restés au sol. 
    Ces efforts, accompagnés de la baisse des prix du pétrole, 
ont permis au groupe d'envisager un retour à des bénéfices pour 
2018, l'année même où le contrat de trois ans du directeur 
général du groupe, Christoph Müller, spécialiste en redressement 
d'entreprises, se finit. 
    Certains analystes contestent cependant la choix de la 
compagnie d'un modèle économique réduit, privilégiant les vols 
régionaux, et pensent qu'elle pourrait pâtir de la concurrence 
d'autres compagnies en Asie du Sud-Est. 
    La stratégie de long terme du groupe pose notamment question 
face à la concurrence de Singapore Airlines  SIAL.SI  et Garuda 
Indonesia  GIAA.JK , surtout s'il continue de couper dans les 
effectifs de ses pilotes, ingénieurs et responsables 
intermédiaires. 
    "A part les coupes d'emplois, la réduction de la flotte et 
la renégociation des contrats fournisseurs, il semblerait que 
personne n'ait de vision quant à ce à quoi ressemblera la 
compagnie d'ici dix ans", a dit Shukor Yusof, fondateur de la 
société de conseil Endau Analytics, en Malaisie. 
    Malaysia Airlines était en difficulté avant 2014, avec des 
coûts élevés et des retours bas, mais ses problèmes ont été 
accentués en mars de cette année-là, quand un avion de la 
compagnie opérant la liaison MH370 de Kuala Lumpur à Pékin a 
disparu avec 239 personnes à bord.  
    En juillet 2014, le vol MH17 a été abattu au-dessus de l'est 
de l'Ukraine par un missile sol-air, tuant les 298 passagers à 
bord. 
     
    COURT-TERMISME? 
    En décembre 2014, le fonds souverain malaisien Khazanah a 
privatisé la compagnie dans le cadre d'un plan de 
restructuration de six milliards de ringgit (1,34 milliards 
d'euros).  
    Christoph Müller a été placé à la tête du groupe en mai 
2015, fort de son expérience dans les redressements de la 
compagnie irlandaise Aer Lingus, la belge Sabena et l'allemande 
Lufthansa  LHAG.DE . 
    Les changements opérationnels mis en oeuvre par Müller ont 
commencé à payer: vendredi, la compagnie a publié des données 
montrant qu'un indicateur clé d'efficacité, le revenu par 
siège-kilomètre, était en hausse de 10% par rapport au trimestre 
précédent. 
    Des responsables du groupe craignent toutefois que cela ne 
suffise pas. 
    "Il faut que Khazanah pousse Christoph et son équipe à 
aborder le problème s'ils veulent sécuriser l'avenir de la 
compagnie au-delà des trois ans de son contrat", a dit un 
responsable qui a requis l'anonymat. 
    Un autre responsable a appelé à avoir de plus grandes 
ambitions pour le groupe, estimant que le plan de 
restructuration était trop "court-termiste". 
    Vendredi, la compagnie aérienne a annoncé de nouvelles 
baisses des coûts liées à des contrats renégociés avec des 
sociétés de crédit-bail, une réduction du nombre de fournisseurs 
et la mise en oeuvre d'un nouveau système informatique. 
    La baisse des coûts a conduit à une réduction drastique du 
réseau de la compagnie aérienne, qui a supprimé l'année dernière 
tous ses vols sans escale vers l'Europe, excepté à destination 
de Londres, ainsi que plusieurs lignes à faible rendement dans 
la région Asie Pacifique. 
    Malaysia Airlines se concentre sur les court et 
moyen-courriers vers l'Asie et l'Australie. La compagnie a signé 
un accord avec la compagnie du Golfe Emirates pour offrir à ses 
passagers un accès à l'Europe et à l'Afrique, via Dubaï. 
    Certains analystes et responsables estiment que ce choix 
place la compagnie dans une position inconfortable entre ses 
concurrents qui pratiquent un service complet et ses rivaux 
locaux low-cost comme AirAsia  AIRA.KL  et AirAsia X  AIRX.KL . 
    Dans une déclaration à Reuters, le groupe dit que son plan 
d'activités propose "une vision de long terme pour la stratégie 
de la compagnie, avec un accent particulier sur la compétitivité 
des coûts à court terme et une ambition d'expansion claire après 
un retour à l'équilibre. Le rôle de la compagnie nationale est 
de soutenir l'économie malaisienne afin d'améliorer la 
connectivité dans les marchés à forte croissance de la région 
Asie-Pacifique et au-delà." 
    En dépit de sa restructuration, le futur de la compagnie 
reste en suspens, estime l'analyste Shukor Yusof. 
    "Malheureusement, vu les circonstances actuelles, son avenir 
à moyen et long termes est quasiment aussi incertain que les 
chances de retrouver l'avion MH370 disparu", a-t-il estimé. 
     
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Patrick 
Vignal) 
 

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