Dette grecque : comment en est-on arrivé là ?

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Dette grecque : comment en est-on arrivé là ?

Les dirigeants européens ont voulu à tout prix éviter un défaut de la Grèce qui aurait plongé le pays dans le chaos et rejailli sur l'ensemble de la zone euro. Mais les accords du 27 octobre n'ont pour le moment pas suffi à calmer les marchés qui ciblent désormais l'Italie...

La Grèce au centre du monde ? A Bruxelles, elle a été en tout cas au centre de toutes les attentions des dirigeants du G20, du FMI et de la BCE tant son sort est lié à celui de la zone euro. Pourtant, le PIB de la Grèce ne dépasse pas 2% de celui de l'ensemble de la zone euro et la dette grecque environ 4% de l'ensemble des dettes souveraines rattachées à la monnaie unique. Mais le dérapage des finances publiques grecques, avec ses multiples rebondissements, a marqué le point de départ, au printemps 2010, de la crise des dettes souveraines en Europe.

« Hair cut » de 50%

Pour éviter un défaut de paiement de l'Etat grec qui aurait créé un précédent dans la zone euro avec risque de contagion catastrophique, le plan de sauvetage décidé le 27 octobre prévoit un renforcement des capacités d'intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui prêtera 100 milliards d'euros à la Grèce d'ici 2014, en échange de l'abandon « volontaire » par les créanciers privés de 50% de leur dette grecque détenue en portefeuille, soit un montant annulé d'environ 100 milliards d'euros sur les 200 milliards d'euros en jeu. Ce « hair cut » sera accompagné d'une recapitalisation des établissements bancaires concernés pour près de 108 milliards d'euros. Au deuxième trimestre 2011, l'exposition à la dette souveraine grecque des banques européennes s'élevait à 26 milliards d'euros, dont 8,6 milliards pour les banques allemandes et 7,4 milliards pour leurs homologues françaises. Un impact somme toute limité et absorbable pour le système bancaire français.

Choc de la récession

Avec l'application des accords de Bruxelles, le ratio dette/PIB de la Grèce serait ramené à environ 120% du PIB... en 2020, le niveau actuel de l'Italie, contre près de 150% aujourd'hui (la dette publique grecque culmine à 350 milliards d'euros !). Un désendettement d'autant plus difficile à réaliser que l'économie grecque a sombré dans la récession. Les plans d'austérité, aussi nécessaires soient-ils, participent à la contraction d'une économie déjà fébrile. En 2010, la Grèce a connu un recul de 4,5% de son PIB, une contre-performance comparable est prévue cette année et le retour à une croissance positive n'est pas attendu avant 2013. Une situation catastrophique quand on sait que la Grèce a connu au début des années 2000 une croissance forte autour de 4% par an.

Croissance gaspillée

Cette période de prospérité et d'euphorie, ponctuée par l'entrée du pays dans la zone euro et l'organisation des JO à Athènes en 2004, n'a pas été mise à profit pour réduire la part de l'économie souterraine qui représente de 20 à 30% du PIB et la fraude fiscale généralisée qui fait perdre à l'Etat grec 10 à 15 milliards d'euros de recettes par an. D'autant que le fisc grec est particulièrement inefficace pour faire entrer de l'argent dans les caisses de l'Etat alors que des pans entiers de la société grecque échappent toujours à l'impôt (Eglise orthodoxe, armateurs installés dans des paradis fiscaux etc.). Conséquence catastrophique, la dette publique s'est envolée au cours de la dernière décennie alors même que le secteur public ne cessait d'accroître ses effectifs (pas moins de 800.000 fonctionnaires pour une population de 5 millions d'âmes).

Spirale de l'endettement

Cette accélération de l'endettement aurait dû alerter les autorités européennes mais les chiffres ont été « maquillés » pour cacher la vérité sur la dette grecque. C'est en 2009 que Georges Papandréou, tout juste nommé premier ministre, révèle la gravité de la situation. Le déficit ressort à 12,5% pour cette seule année ! A partir de ce moment, les marchés, ayant perdu toute confiance, exigeront des taux toujours plus prohibitifs pour permettre à la Grèce de se refinancer. La charge de la dette grecque devenant ingérable dans un contexte de croissance en berne, les dirigeants européens et le FMI décident de mettre la dette grecque sous tutelle à partir du printemps 2010 avec la mise en place du FESF. Concrètement, les pays en difficulté empruntent directement auprès du FESF à des taux plus attractifs que ceux pratiqués sur les marchés en échange de mesures d'austérités drastiques. D'où l'importance du vote des plans de rigueur par le parlement grec, condition du déblocage des tranches successives d'aides par les créanciers du pays regroupés dans une « troïka » (Commission européenne, BCE et FMI).

Limites du nouveau FESF

Malgré tout, le premier plan d'aide de 110 milliards d'euros voté en mai 2010 et le plan de rééchelonnement du 21 juillet (« hair cut » volontaire prévu initialement à 21% pour les créanciers privés) n'ont pas suffi à calmer les marchés. Cette défiance a été accélérée par le fait que l'accord du 21/07 jugé trop insuffisant n'a pas été ratifié dans les jours suivants, ce qui a entretenu la panique sur les places boursières en pleine période estivale. Il a donc été décidé de porter les capacités d'intervention du FESF de 440 milliards à près de 1.000 milliards d'euros (grâce à un effet de levier étendu) sachant qu'au moment de l'accord du 27 octobre, le FESF n'avait plus à sa disposition que 250 milliards d'euros. Si cette augmentation est validée, une fois la Grèce dotée d'un gouvernement d'union nationale, la somme dégagée permettrait théoriquement de secourir la Grèce mais pas l'Italie. La troisième économie de la zone euro cumule un endettement considérable : 1.900 milliards d'euros, 120% du PIB en 2011. C'est pourquoi la montée du taux exigé par les marchés à l'Italie (rendement de 7% atteint début novembre sur le prêt à 10 ans) suscite tant d'inquiétudes.

La Chine à la rescousse ?

Pour venir en soutien au FESF, les accords de Bruxelles ont également prévu la mise en place d'un « special purpose vehicle » (SPV) ouvert aux investisseurs internationaux. C'est par ce biais que la Chine forte de ses réserves de changes gigantesques (3.200 milliards de dollars) pourrait participer au sauvetage de la zone euro en achetant des titres des pays européens en difficulté. Une perspective qui en dit long sur le basculement de l'économie mondiale des pays riches occidentaux (Etats-Unis et Europe) vers le monde émergent. Une Chine appelée en renfort pour faire crédit à une zone euro incapable de maîtriser l'endettement de ses membres les plus fragiles et de réformer efficacement sa gouvernance (la BCE achète des titres grecs sur le marché secondaire mais s'est toujours refusé à devenir prêteur en dernier ressort). L'enjeu est d'éviter à tout prix sa dislocation qui aurait des conséquences systémiques sur l'ensemble de l'économie mondiale.

J.G

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