Dette et recentrage d'activités poussent aux cessions

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par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Après les Etats et les banques, les entreprises aussi sont passées à l'heure des cures d'austérité et d'amaigrissement. Les grands groupes français sont de plus de plus contraints de céder des actifs pour recentrer leurs activités et réduire leur endettement.

L'annonce, mercredi soir, par GDF Suez d'un nouveau programme de cessions et de déconsolidations de 11 milliards d'euros sur deux ans est venue confirmer une tendance constatée chez d'autres poids lourds, comme Veolia Environnement qui vise 5 milliards d'euros de cessions en 2012-2013.

Avec un ratio de dette long terme sur fonds propres de 236% selon les données Thomson Reuters, Veolia est de loin la plus endettée des sociétés du CAC 40. Elle est rejointe dans sa politique de désendettement par Carrefour, EDF, France Télécom ou encore Lafarge, pour lesquelles le ratio atteint respectivement 143%, 137%, 123% et 76%, à comparer à un niveau de 68% pour GDF Suez.

"Tout le monde partage le sentiment qu'il faut aujourd'hui des bilans assainis parce que les entreprises peuvent vivre des chocs en termes d'accès au crédit", souligne Fabrice Théveneau, responsable de la recherche actions à la Société générale. "Ce qui veut dire qu'il faut allonger la durée de sa dette et avoir des niveaux d'endettement maîtrisés."

Si les grandes entreprises françaises ont globalement des situations financières plus saines qu'au début des années 2000, les investisseurs sont de plus en plus vigilants dans une conjoncture économique dégradée.

Cet effort d'assainissement des bilans des entreprises est d'autant plus important que les banques, elles-mêmes soumises à de nouvelles contraintes prudentielles, sont de plus en plus prudentes quand il s'agit d'accorder des prêts ou de renouveler des lignes de financement.

"Les groupes qui ont beaucoup d'activités en Europe et qui ont été les plus exposés à la crise n'ont pas d'autre choix que de restructurer leur portefeuille et de faire des cessions, que ce soit pour alléger le poids d'une dette devenue insupportable ou pour recentrer des activités trop disparates", explique de son côté un banquier d'affaires parisien, qui n'a pas souhaité être nommé.

SFR, UN CAS D'ÉCOLE

"Pendant les premières années de la crise, les entreprises se sont concentrées sur l'opérationnel et sur la réduction des coûts pour compenser une moindre croissance de la top line (chiffre d'affaires, NDLR)", souligne Gaël Kessler, analyste financier chez Natixis.

"Une fois cette réduction des coûts faite, les entreprises n'ont plus beaucoup de marges de manoeuvre et commencent à regarder du côté du bilan pour voir quels actifs elles peuvent céder."

Le contexte de crise est aussi l'occasion pour les industriels de lancer des revues de leurs activités pour identifier les segments et marchés jugés stratégiques.

Parfois ces revues se font dans la douleur, à l'image de Vivendi dont la filiale SFR subit de plein fouet le choc de l'irruption de Free sur le marché de la téléphonie mobile en France et le ralentissement de la consommation de produits télécoms en Europe.

Avec les discussions en cours sur un désengagement de Maroc Telecom et de la filiale brésilienne GVT, les spéculations vont bon train sur une sortie de Vivendi des télécoms, qui permettrait un recentrage sur les médias. Qu'il s'agisse d'un mariage de SFR avec Numericable ou d'un rapprochement avec Bouygues Telecom, voire Iliad, tous les scénarios ont été évoqués par les observateurs.

A l'autre bout de la chaîne des télécoms, l'équipementier Alcatel-Lucent, confronté à la chute des investissements des opérateurs, doit en plus affronter la concurrence redoutable des asiatiques Huawei et ZTE.

Et avec une situation financière fragilisée, les spéculations sur des cessions vont bon train pour Alcatel-Lucent aussi, qui pourrait notamment vendre ses câbles sous-marins.

"Les télécoms sont dans l'oeil du cyclone. Ils sont dans la période la plus difficile avec des baisses de prix et de volume", souligne Fabrice Théveneau, à la Société générale.

"On le voit sur leurs résultats, ils sont obligés de couper dans leur dividende", dit-il, faisant allusion à la décision de France Télécom d'abaisser sa prévision de dividende pour 2012 et 2013.

Edité par Dominique Rodriguez

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