Désormais, au gouvernement, c'est tous social-démocrates

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MICHEL SAPIN, MINISTRE SOCIAL-DÉMOCRATE
MICHEL SAPIN, MINISTRE SOCIAL-DÉMOCRATE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Depuis que François Hollande a ouvert la voie lors de sa conférence de presse du 14 janvier, il ne se passe guère de jour sans qu'un ministre fasse son "coming out" social-démocrate tout en assurant ne pas être un converti de la onzième heure.

Michel Sapin a ainsi fait jeudi, lors de ses voeux à la presse, un long développement sur ce sujet dont il a lui-même admis qu'il était décidément "à la mode" en ce début d'année.

"Alors c'est quoi, un ministre de gauche social-démocrate ?" a-t-il lancé. "C'est transformer les systèmes sociaux pour les adapter au monde dans lequel nous vivons, c'est ni casser ni conserver (...), mais c'est transformer, progresser."

"Etre social-démocrate, c'est faire évoluer la société française vers plus de responsabilité", a-t-il ajouté.

Dans une interview inattendue au magazine de charme "Lui", il insiste en assurant que sa vision social-démocrate est "celle de la recherche du compromis social" et que telle est aussi la ligne de François Hollande.

A un journaliste qui l'interrogeait sur cette profession de foi, en marge de ses voeux, Michel Sapin a répondu que c'était ainsi depuis qu'il était "né en politique" et que la social-démocratie était après tout "une forme de socialisme".

Lundi dernier, c'est le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui disait assumer "depuis longtemps" la ligne social-démocrate désormais revendiquée par le chef de l'Etat français.

CONVERSION OU CONFIRMATION ?

La proposition du président aux entreprises d'un "pacte de responsabilité", promettant baisses de charges contre engagement à embaucher et investir, a été jugée par nombre de commentateurs comme une conversion à une politique de l'offre longtemps et souvent décriée à gauche.

"Ceux qui n'ont pas compris que j'étais social-démocrate peuvent encore poser une question", a plaisanté François Hollande, confirmant ce qui n'était un secret pour personne mais qu'il avait du mal jusqu'ici à formuler aussi clairement.

Il ne s'agit en rien d'une "révolution idéologique", souligne Michel Sapin dans Lui, mais du "mûrissement d'une pensée en fonction d'une situation économique".

"Tout le monde sait que François Hollande n'a jamais été un'rouge', il ne faut pas exagérer", renchérit un proche du chef de l'Etat, pour qui c'est avant tout un "social-pragmatique".

André Vallini, sénateur, hollandais "historique", qualifie pour sa part le président de "social-réaliste".

"Le quinquennat se joue maintenant. Si on réussit, c'est gagné, sinon on est mal", ajoute-t-il. "Faire de la politique, c'est prendre des risques."

PAROLE LIBÉRÉE

Ce faisant, François Hollande semble avoir libéré la parole d'un certain nombre de ses ministres, jusqu'ici soucieux de ne pas froisser l'aile gauche de la majorité et de leur électorat.

Il y a quelques jours, dans une interview au Monde, le ministre des Finances, Pierre Moscovici, depuis longtemps convaincu de la nécessité pour le PS français de se transformer résolument en parti social-démocrate, soulignait que "l'idée que la gauche c'est dépenser, est dépassée".

"L'idée que l'on ne peut distribuer que ce que l'on produit, cela fait longtemps que nous le professons", expliquait-il. "Il y a chez François Hollande, désormais, une claire affirmation de cette identité social-démocrate mais il n'y a pas de tournant."

Sans doute plus récemment convertie, la ministre Verte du Logement, Cécile Duflot, assurait pour sa part lors de ses voeux qu'elle n'avait pas attendu le chef de l'Etat pour découvrir les vertus d'une politique de l'offre.

"Loin du débat entre une première et une deuxième gauche, je plaide pour une troisième gauche" qui réfléchirait à un nouveau modèle de société. La politique écologiste est "de longue date une politique active et exigeante de l'offre, avec un objectif de relance qualitative et durable", a-t-elle dit.

Comme souvent, le ministre socialiste du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s'est efforcé de faire entendre sa différence en se proclamant "social-patriote".

A en croire un député socialiste à la fois proche du pouvoir et de la direction du PS, les voeux de François Hollande n'ont pas libéré la parole qu'au gouvernement. "Au bureau du PS, ça a été une grande libération pour les réformistes : 'Enfin on peut dire ce qu'on pense'", a-t-il rapporté à Reuters.

Le temps où un chef de file de la gauche du PS aujourd'hui au gouvernement, Benoît Hamon, en appelait, fin 2011, à en finir avec la "gauche molle" est-il révolu ?

Le même député socialiste veut le croire, tout en reconnaissant qu'il y a au PS "des gens qui ont oublié qu'on est au XXIe siècle, et même, qui n'ont pas encore traversé le XXe."

Avec Marion Douet, Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet

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  • patr.fav le jeudi 23 jan 2014 à 20:12

    par contre ils protègent tous leurs portefeuille il faudra agir comme en ukraine !!!!!!

  • d.e.s.t. le jeudi 23 jan 2014 à 19:28

    Arrêtez vos c.o.nn.eri.es, M. le ministre! Un vrai social démocrate, c'est M.Schroeder qui a eu les c.o.j.o.n.es pour réformer et redresser l'Allemagne, mais pas les c.oui.ll.es molles (surnom de Hollande par Martine Aubry) qui en France se prennent pour un gouvernement!

  • kelbelom le jeudi 23 jan 2014 à 19:18

    Enfin, ils avouent qu'ils sont de droite ... ah ! ça a été dur ! tout comme kermit en 1983.

  • M3435004 le jeudi 23 jan 2014 à 19:00

    Les socialos franchouillards restent ce qu'ils sont : des faiseurs de bobards. Ce n'est pas de changer de nom qui les rendra compétents.

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