Désillusion au Nord-Mali un an après l'accord de paix

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    * "Rien n'a changé", déplore un habitant de Gao 
    * Selon la Minusma, les engagements n'ont pas été tenus 
    * L'opposition pointe la responsabilité du gouvernement 
 
    par Souleymane Ag Anara 
    BAMAKO, 8 juin (Reuters) - Un an après la conclusion d'un 
accord de paix censé permettre le retour de la stabilité au 
Nord-Mali, la désillusion domine dans cette vaste région 
désertique faute d'avancées concrètes sur le terrain dans un 
contexte sécuritaire toujours volatil. 
    "Rien n'a changé", estime Moussa Moctar Maïga, président des 
chauffeurs de taxi de Gao, la plus grande ville du nord du pays. 
"Les braquages, l'insécurité sur les routes entre Bamako et Gao 
c'est vraiment un calvaire (...) Nous sommes pressés de voir les 
dividendes de l'accord mais on ne voit rien jusqu'à présent".  
    Signé en deux temps en mai et juin 2015, l'accord de paix 
conclu entre le gouvernement, les anciens rebelles touaregs et 
d'autres groupes armés devait permettre de tourner la page de 
l'instabilité et permettre au gouvernement de se concentrer sur 
la lutte contre les groupes djihadistes.   
    Mais sa mise en oeuvre est quasiment au point mort et 
l'impasse politique suscite l'inquiétude des Nations unies qui 
constatent en parallèle une recrudescence des attaques contre 
les forces de maintien de la paix et l'armée malienne par des 
groupes islamistes non signataires de l'accord.  
    "Il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites sur le 
papier et il y a des commissions qui ont été mises en place mais 
sur le terrain les populations n'ont pas encore bénéficié des 
retombées de cet accord", estime Mahamoudou Djeri Maïga, 
vice-président du Mouvement de libération de l'Azawad (MNLA), 
signataire de l'accord.  
    "A ce stade, personne n'est satisfait de la mise en oeuvre 
de l'accord", renchérit Mahamet Saleh Annadif chef de la 
Minusma, la force de maintien de la paix de l'Onu au Mali. "Tout 
le monde aurait aimé que ça aille plus vite (mais) les 
différents signataires ne se sont pas engagés comme il le faut." 
    "Les parties certes ont signé l'accord, mais chacun a une 
vision de ce qu'il veut obtenir à travers cet accord", 
ajoute-t-il. "La confiance s'est énormément améliorée mais elle 
n'est pas totale."  
     
    "LA PEUR AU VENTRE" 
    A Tombouctou, ville tombée sous la coupe des groupes 
rebelles touaregs puis djihadistes en 2012 avant d'être reprise 
début 2013 par l'armée malienne appuyée par la force française 
Serval, la vie a repris son cours mais la page est cependant 
loin d'être tournée.   
    "Les occupants ne sont plus là mais on vit toujours la peur 
au ventre", confie Abdoulaye Touré, professeur.      
    "Avant on amenait les gens un peu partout au Mali et les 
activités marchaient bien. On se faisait un peu d'argent pour 
faire vivre nos familles", se rappelle de son côté Abdrahamane 
Maïga, guide touristique. "Mais présentement l'activité est 
arrêtée à cause de la crise."  
    Dans les rangs de l'opposition, on pointe la responsabilité 
du gouvernement qui selon elle n'a pas pris "la mesure de la 
gravité de la situation" dans laquelle le pays se trouve.  
    "C'est pourquoi ça traîne les pieds, c'est pourquoi ça 
n'avance pas, c'est pourquoi on est dans l'immobilisme, c'est 
pourquoi on s'enlise, il faut sortir de cela", estime Tieblé 
Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena, 
opposition).  
    "Nous avons besoin d'un mouvement d'ensemble, d'une démarche 
globale qui prennent en compte les graves enjeux auxquels le 
pays est confronté", ajoute-t-il.  
    L'enjeu d'une application rapide de l'accord de paix est de 
taille à l'heure où les attaques contre les forces onusiennes et 
locales se multiplient dans la région. Douze casques bleus ont 
été tués dans des attaques visant la Minusma au cours du seul 
mois de mai.   
    "C'est le retard que connaît la mise en oeuvre de l'accord 
de paix qui est une des causes fondamentales de cette 
recrudescence de l'insécurité et ça il ne faudrait pas qu'on se 
le cache", a souligné le chef de la Minusma la semaine dernière. 
 
 (avec Marine Pennetier à Dakar, édité par Henri-Pierre André) 
 
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