Des voix s'élèvent à la BCE pour plus d'intégration en zone euro

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APPELS À PLUS D'INTÉGRATION EN ZONE EURO
APPELS À PLUS D'INTÉGRATION EN ZONE EURO

par Balazs Koranyi et Angus Berwick

MADRID (Reuters) - L'Union européenne (UE) doit dégager plus de croissance économique pour apaiser sa population et regagner sa confiance mais, dans la mesure où la politique monétaire est près d'atteindre ses limites, davantage d'intégration s'impose, estiment des banquiers centraux.

S'ils ont des opinions divergentes quant à l'avenir de la zone euro, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et son homologue néerlandais Klaas Knot s'accordent au moins sur l'idée que la zone euro est devenue trop dépendante des mesures de relance de la Banque centrale européenne (BCE) et doit se réinventer.

"Ce que peut la politique monétaire en termes de croissance est très limité", a déclaré Klaas Knot lors d'une conférence à Madrid. "La relance monétaire atteint ses limites et si elle reste en place trop longtemps, elle produit des effets secondaires négatifs tels que des déséquilibres financiers et une mauvaise allocation des ressources dans l'ensemble de l'économie".

En amenant les taux en territoire négatif, en rachetant pour 1.700 milliards d'euros d'actifs et en refinançant le secteur bancaire à des conditions très généreuses, la BCE a permis à la zone euro de dépasser son potentiel de croissance, réalisant sa meilleure performance depuis la crise financière.

Mais des performances économiques inégales entre pays de la zone euro ont mis à mal l'idée de convergence économique et l'existence même du bloc s'en trouve remise en question avec une érosion de la confiance publique et une montée des tensions sociales.

LA VOLONTÉ POLITIQUE FAIT DÉFAUT

Le gouverneur de la Banque de France estime toutefois que la relative stabilité de la zone euro permet la réforme. Selon Villeroy de Galhau, qui, comme Klaas Knot siège au conseil des gouverneurs de la BCE, il faut de toute urgence créer dans la zone euro un organisme de coordination des politiques budgétaires et structurelles nationales, dirigé par un puissant ministre des Finances disposant de son propre budget.

Ce ministre assumerait en définitive la responsabilité d'un budget pour l'ensemble de la zone euro et s'appuyerait sur un organe du type Trésor, le manque de coordination économique entravant la croissance et rendant la zone euro vulnérable face aux crises, a ajouté Villeroy de Galhau.

"Dans un premier temps, les pays membres seraient libres d'adhérer (...) Dans un second temps, ce budget pourrait devenir un instrument de stabilisation commun, centralisant un ensemble bien défini d'instruments, par exemple un substrat européen pour l'assurance chômage", a-t-il dit.

"La troisième et dernière étape de l'intégration budgétaire serait réalisée uniquement si un accord peut être trouvé à la fois sur le financement et sur le degré souhaitable de synchronisation des cycles économiques."

Cela étant, ses propositions sont relativement communes parmi ceux qui souhaitent plus d'intégration mais elles mettent mal à l'aise certains Etats membres. François Villeroy de Galhau a admis de fait qu'il y avait encore une forte résistance politique à l'idée de partager souveraineté et ressources budgétaires, de tels changements impliquant d'amender le Traité de l'Union européenne (UE).

"On imagine mal un grand bond en avant de l'intégration européenne actuellement", a renchéri Klaas Knot, qui prône une méthode des petits pas axée dans un premier temps sur des critères minimums de croissance et de stabilité.

Selon lui, mieux respecter les dispositions budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance, réaliser l'union bancaire et mettre en oeuvre la directive des services permettrait de rajouter 1,5 point de croissance.

Il recommande également de concevoir un mécanisme de restructuration des dettes souveraines de façon à ce que les détenteurs d'obligations partagent le risque avant que la responsabilité des organismes publics ne soient invoquée.

Il veut aussi l'instauration d'une pondération du risque sur les dettes souveraines pour désolidariser la dette publique du secteur bancaire.

On s'attend généralement à ce que la BCE reste accommodante jusqu'à la fin de l'été mais beaucoup pensent qu'elle examinera cet automne s'il y a lieu de poursuivre son actuel programme d'assouplissement quantitatif (QE) ou s'il vaut mieux le dénouer à partir de mars.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)

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