Des tirs signalés en Crimée, manoeuvres diplomatiques à Moscou

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KIEV/MOSCOU (Reuters) - Moscou dit avoir élaboré des propositions censées permettre de résoudre la crise ukrainienne après une semaine de vives tensions en Crimée, où les premiers coups de feu depuis le début du face-à-face militaire ont retenti lundi.

Des soldats russes ont tiré en l'air lundi lors de la prise de la base navale de Bakhtchissaraï, mais aucun blessé n'est à déplorer, selon le commandant ukrainien de la base.

Aucun coup de feu n'avait encore été signalé depuis l'intervention des forces russes dans la péninsule, il y a une semaine.

Sans en dévoiler la teneur, Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, a assuré que les propositions de Moscou prenaient en compte les intérêts des différentes parties.

Le ministre, qui s'exprimait à l'occasion d'une réunion avec le président Vladimir Poutine, a en outre invité le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, à venir ce lundi en Russie pour poursuivre le dialogue, mais l'intéressé avait souhaité samedi différer sa visite.

Moscou s'est par ailleurs indigné de l'anarchie qui règne selon lui dans l'est de l'Ukraine, accusant le mouvement paramilitaire d'extrême droite Secteur Droit de collusion avec le nouveau gouvernement de Kiev.

Le ministère des Affaires étrangères s'en est pris également aux puissances occidentales qu'il accuse de fermer les yeux sur les violences et les arrestations dont les Russes de souche seraient victimes.

Des hommes armés ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques, samedi à Kharkiv, blessant certains d'entre eux, et sept journalistes russes ont été appréhendés à Dniepropetrovsk, dit-il.

"Le silence honteux de nos partenaires occidentaux, des organisations des droits de l'homme et des médias étrangers est surprenant. Il soulève une question: où sont leur célèbre objectivité et leur engagement en faveur de la démocratie?", s'indigne le ministère dans un communiqué.

En ce qui concerne la Crimée, république autonome d'Ukraine peuplée à 58% de Russes de souche et principal enjeu du conflit, le référendum prévu dimanche sur le rattachement à la Russie suscite de vives inquiétudes.

L'OSCE INVITÉE À ASSISTER AU RÉFÉRENDUM

En cas de victoire du "oui", les habitants de la péninsule auront le choix de conserver leur passeport ukrainien ou d'en obtenir un russe, a promis le chef du gouvernement local, cité par l'agence de presse RIA.

"Nous n'insisterons pas sur la nécessité de rendre les passeports ukrainiens", a assuré Sergueï Aksionov, qui s'est proclamé Premier ministre de Crimée il y a deux semaines.

"Chacun aura aussi la possibilité d'utiliser sa propre langue. Nous ne voulons pas limiter les (droits des) Tatars de Crimée", a-t-il ajouté.

Outre les 58% de Russes de souche, la Crimée, peuplée de deux millions d'habitants, compte 24% d'Ukrainiens et 12% de Tatars, un groupe ethnique autochtone majoritairement musulman, selon un recensement datant de 2001.

De nombreux habitants ont un passeport russe, en particulier près de Sébastopol, port d'attache de la Flotte russe de la mer Noire.

Le référendum du 16 mars, soutenu par Moscou, a été rejeté par les nouvelles autorités de Kiev et par les pays occidentaux qui le jugent illégal au regard de la Constitution ukrainienne.

Les autorités de Crimée ont invité les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à venir assister au déroulement du scrutin.

Jusqu'à présent, les observateurs militaires de l'OSCE n'ont pas été autorisés à pénétrer dans la péninsule.

Le gouvernement ukrainien a quant à lui invité le Conseil de l'Europe à enquêter sur les violences qui ont conduit à l'éviction du président ukrainien Viktor Ianoukovitch et sur la situation des minorités de Crimée.

La répression des manifestations pro-européennes qui ont entraîné la destitution du chef de l'Etat le 22 février a fait une centaine de morts, selon le ministère ukrainien de la Santé.

Le Conseil, dont des représentants ont été reçus à Kiev, a en outre accepté d'examiner la légalité du référendum.

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a annoncé qu'il prendrait la parole jeudi devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour évoquer la situation en Crimée.

Enfin, l'Otan a donné son feu vert à des vols de reconnaissance en Pologne et en Roumanie pour surveiller l'évolution de la situation en Ukraine.

(Alastair Macdonald, Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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