Des tensions avec la Maison blanche expliquent le départ d'Hagel

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par Phil Stewart et Steve Holland WASHINGTON, 25 novembre (Reuters) - Depuis sa nomination l'an dernier à la tête du Pentagone, Chuck Hagel entretenait avec les conseillers à la sécurité nationale du président Barack Obama des relations difficiles, qui se sont encore détériorées avec l'offensive américaine contre l'Etat islamique en Irak et en Syrie. Les responsables au fait de ce dossier décrivent des liens de plus en plus tendus non pas entre Barack Obama et son secrétaire à la Défense, mais entre la Maison blanche et le Pentagone. Si le départ abrupt de Chuck Hagel est le fruit d'une décision mutuelle selon la présidence, il s'agit bel et bien d'un limogeage, disent plusieurs sources gouvernementales. La démission du chef du Pentagone va donner à Barack Obama l'occasion d'injecter du sang neuf dans son équipe, y compris la possibilité de nommer la première femme au poste de secrétaire à la Défense. Michele Flournoy, une ancienne sous-secrétaire à la défense, est en effet bien placée pour le poste. Selon des membres de l'administration, Chuck Hagel a souffert de son incapacité à peser sur les grandes questions stratégiques, dont la lutte contre l'Etat islamique. "Ce que je crois, c'est qu'il était très mécontent (...) de la mini-gestion en oeuvre à la Maison blanche, ce petit groupe de personnes qui prend toutes les décisions", a déclaré le sénateur républicain John McCain, spécialiste des affaires étrangères et de défense. "Je crois aussi qu'il n'a pas l'impression que nous ayons une stratégie pour combattre" l'Etat islamique, a ajouté le président de la commission sénatoriale des Forces armées. Pour illustrer les liens délicats entre Hagel et la Maison blanche, une source prend l'exemple d'un discours important prononcé l'an dernier par le chef du Pentagone devant le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), un think tank de Washington. Apparemment sur ordre de la présidence, il n'avait pas répondu aux questions de l'auditoire. DISSENSIONS Barack Obama et Chuck Hagel ont commencé à évoquer l'avenir du secrétaire à la Défense à la mi-octobre, à l'initiative de Hagel, indique un haut responsable gouvernemental. Le porte-parole de la Maison blanche Josh Earnest, rendant hommage à l'action du secrétaire sortant, a déclaré que la mission pour laquelle Chuck Hagel avait été appelé - gérer la réduction du budget de la Défense et le prochain départ des troupes américaines d'Afghanistan - avait laissé place à une autre tâche, la lutte contre Daech. Selon un haut responsable, Chuck Hagel s'est bien acquitté de sa mission mais à mesure que la crise en Irak et en Syrie a pris de l'ampleur, il est devenu clair pour certains conseillers de la Maison blanche que le chef du Pentagone, perçu comme faible sur le Proche-Orient, n'était plus à sa place. Dans une note interne de deux pages citée début novembre par le New York Times, Chuck Hagel s'interrogeait sur le bien-fondé et les chances de succès de la stratégie du président en Syrie, jugeant que sa position au sujet du sort de Bachar al Assad manquait de clarté. Barack Obama assure que les raids aériens de l'US Air Force contre les positions de l'Etat islamique ne font pas le jeu du président syrien, dont Washington réclame le départ. Selon une source au Congrès, Chuck Hagel s'interrogeait également sur le seul usage de la force aérienne contre Daech, Obama ayant officiellement exclu l'envoi de troupes de combat. Un haut responsable irakien qui connaît Chuck Hagel depuis des années a assuré que ce dernier voulait se montrer plus offensif dans la lutte contre l'EI et qu'il était pour cette raison en désaccord avec Barack Obama. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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