Des taux proches de zéro pour très longtemps encore

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LES TAUX D'INTÉRÊT DEVRAIENT RESTER PROCHES DE ZÉRO PENDANT UNE DÉCENNIE
LES TAUX D'INTÉRÊT DEVRAIENT RESTER PROCHES DE ZÉRO PENDANT UNE DÉCENNIE

LONDRES (Reuters) - Les marchés financiers internationaux ont certes rebondi après les turbulences du début de l'année mais les scénarios de croissance et d'inflation intégrés dans les niveaux de prix de nombreux actifs laissent penser que l'économie mondiale est condamnée à une stagnation prolongée et à des taux d'intérêt proches de zéro pour au moins une décennie encore.

Les courbes des swaps de taux d'intérêt au jour le jour sont édifiantes: elles impliquent que le principal taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) ne repassera pas au-dessus de 0,5% avant 13 ans et qu'il aura du mal à franchir le seuil de 1% pendant les soixante prochaines années.

La situation est pire au Japon où le principal taux directeur resterait, à en croire ces courbes, sous 0,5% pendant encore au moins 30 ans.

Même aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les deux grands pays occidentaux les plus avancés sur la voie de la normalisation monétaire, le marché des swaps de taux au jour le jour ne permet pas d'envisager un retour des taux directeurs à 1% avant six ans dans le premier cas et dix ans dans le second.

"Bien que les taux soient bas, ils ne sont pas accommodants", prévient toutefois Harvinder Sian, responsable de stratégie taux chez Citi. "L'ère des taux zéro va encore durer des années et des années, je ne serais pas surpris qu'elle se prolonge pendant cinq à dix ans."

Le Japon, la zone euro mais aussi la Suisse, le Danemark et la Suède se caractérisent par des taux négatifs sur les dépôts des banques auprès de la banque centrale, mais aussi sur la dette souveraine pour des maturités jusqu'à un minimum de cinq ans au Danemark et jusqu'à 20 ans en Suisse.

Graphique de la courbe des taux au Japon, en Allemagne, en Suisse, au Danemark et en Suède : http://tmsnrt.rs/1YvXLBq

UN LONG COMBAT

Si les prix de marché sont parfois jugés irréalistes dans un environnement de liquidité très abondante, les politiques de taux d'intérêt proches de voire inférieurs à zéro ont aussi soulevé des interrogations.

Elles sont pourtant toujours en vigueur et 46 banques centrales ont assoupli leur politique monétaire depuis début 2015, neuf d'entre elles affichant des taux directeurs inférieurs à 1%.

La BCE et la Banque du Japon, qui ont adopté des taux négatifs, s'apprêtent à assouplir encore leur politique monétaire soit en allant plus avant encore dans cette voie soit en amplifiant leur programme de rachats d'actifs.

Si les banques centrales de deux des principales monnaies de réserve du monde assouplissent leur politique monétaire, la conséquence risque d'être une appréciation des deux autres - le sterling et le dollar - ce qui réduit les prix des produits importés et déprime les exportations au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, atténuant le besoin d'un durcissement de la politique monétaire dans ces deux pays.

Le long combat du Japon contre la déflation n'a rien d'encourageant. Confronté aux conséquences de l'éclatement d'une bulle immobilière et boursière, la Banque du Japon est entrée dans le monde des taux zéro au milieu des années 1990... et n'en est toujours pas sortie, malgré un taux de chômage très faible et un ratio d'endettement public sans équivalent.

"Les risques actuels de voir une inflation faible durablement installée basculer vers la déflation (...) sont au moins aussi graves que le problème de l'inflation des années 70. Ils nécessiteront eux aussi un changement des paradigmes de la politique économique pour être surmontés", a écrit la semaine dernière l'ancien secrétaire d'Etat américain au Trésor Larry Summers.

Pour la plupart des observateurs, le Japon montre qu'une stimulation monétaire massive par la banque centrale ne permet pas systématiquement de ranimer l'inflation ou les anticipations d'inflation, la demande intérieure et finalement la croissance, un phénomène connu sous le nom de "trappe à liquidité".

Pour Joseph Gagnon, chercheur au Peterson Institute for International Economics et ancien économiste auprès du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, tous les pays ne sont pas pour autant dans la situation du Japon.

Ainsi aux Etats-Unis, l'inflation de base et le taux de chômage sont proches des objectifs de la Fed.

Mais pour lui, "si le Japon et la zone euro n'assouplissent pas leur politique de manière beaucoup plus agressive, ils resteront englués avec des taux zéro ou négatifs pendant des années."

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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