Des services fédéraux grippés aux Etats-Unis, un Congrès malade

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BARACK OBAMA ESTIME QUE LA FERMETURE DES SERVICES FÉDÉRAUX ÉTAIT ÉVITABLE
BARACK OBAMA ESTIME QUE LA FERMETURE DES SERVICES FÉDÉRAUX ÉTAIT ÉVITABLE

par John Whitesides

WASHINGTON (Reuters) - Les services fédéraux américains ont connu mardi leur première fermeture partielle depuis dix-sept ans, conséquence du bras de fer engagé entre le président Barack Obama et les élus républicains de la Chambre des représentants autour du budget.

Tractations, menaces, vraies et fausses ouvertures se sont succédé lundi avant les douze coups de minuit, heure limite pour un accord qui n'est pas venu, et un blocage qui illustre les dysfonctionnements du Capitole, embourbé dans les querelles idéologiques.

"Il y a là-dedans du grand guignol politique. Cela a peu à voir avec les vraies questions. On se positionne surtout par rapport aux électeurs de sa circonscription", juge Julian Zelizer, historien et enseignant à Princeton.

"Cette fermeture était totalement évitable. Cela n'aurait pas dû arriver", a déclaré mardi Barack Obama en imputant la responsabilité du blocage aux élus républicains de la Chambre.

Dans une lettre mise en ligne sur le site internet du département de l'Energie, il salue les employés fédéraux qui travaillent, dit-il, "dans un climat politique qui a trop souvent fait de vous des souffre-douleur ces dernières années".

Le chef de la Maison blanche s'est engagé à tout faire pour que le Congrès permette dès que possible une reprise de l'activité. En attendant, de nombreuses administrations fédérales n'ont pas ouvert mardi, laissant leurs employés au chômage technique sans salaire.

MUSÉES ET PARCS NATIONAUX FERMÉS

De nombreux musées étaient fermés, ainsi que les parcs nationaux. A Washington, les touristes ont trouvé porte close devant les monuments, entourés de barrières installées par la police.

"Je trouve ça honteux. Ces gars-là ont été élus pour aider les gens, pas pour leur nuire", s'est exclamé Ronald Jackson, un employé du Département du Trésor ayant fait plus de 80 km pour venir au bureau, pour rien. "Si on n'est pas payé, eux non plus ne devraient rien toucher", a-t-il ajouté.

Le principal organisme de la statistique du département du Travail a confirmé qu'il ne publierait pas d'indicateurs économiques durant la période de fermeture des administrations.

La prolongation de la crise n'a eu cependant que peu d'effet immédiat sur les marchés financiers, qui l'avaient anticipée.

"Les investisseurs s'attendent à ce que (ces fermetures) soient d'assez courte durée et que leur impact soit minime avec un peu de chance, mais plus elles se prolongeront et plus Washington sera sous pression", note Robert Pavlik, responsable de la stratégie chez Banyan Partners LLC à New York.

Certains observateurs estiment en outre qu'il est préférable que le blocage entre parlementaires ait lieu autour du budget, plutôt qu'autour du plafond de la dette.

Le Congrès doit trouver avant la mi-octobre un accord avec le gouvernement sur le relèvement du plafond de la dette, fixé actuellement à 16.700 milliards de dollars (12.325 milliards d'euros).

LE RISQUE DE MARCHÉS FINANCIERS EN VRILLE

Faute d'un compromis, "le Trésor pourrait ne pas pouvoir honorer techniquement ses engagements, ce qui ferait partir en vrille les marchés financiers", souligne Tom Levinson, analyste chez ING.

Poussés par leur aile droite, les républicains insistaient pour inclure dans la loi de finances une clause retardant la mise en oeuvre de la réforme de l'assurance-maladie, l'emblématique "Obamacare" intouchable aux yeux du président et des démocrates.

Toute la journée de lundi, ils ont continué de renvoyer au Sénat un texte de financement amendé incluant le report de l'application de la réforme de la santé avant de proposer, peu avant l'heure-butoir, la création d'une commission de négociation bipartite.

Mais le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a rejeté cette proposition, refusant de négocier avec "un pistolet sur la tempe". Et le Sénat l'a suivi mardi, en repoussant la suggestion de la Chambre par 54 voix contre 46.

Pressentant une issue négative, Barack Obama avait d'avance dénoncé lundi l'attitude du camp républicain piégé selon lui par "sa droite extrême", allusion au mouvement ultraconservateur du Tea Party qui fait campagne depuis trois ans contre le président, sa réforme de l'assurance-santé et le gouvernement fédéral.

L'enjeu politique est particulièrement important pour le Parti républicain qui tentera l'an prochain de reprendre le contrôle du Sénat. "Il y aura un gagnant et un perdant", prédit le sondeur Peter Brown. "Obama et les démocrates ont un léger avantage."

Un sondage CNN publié lundi avant la fermeture montre que 46% des Américains rejetteraient la faute sur les républicains, et 36% sur Barack Obama.

Cette étude précise qu'aux yeux de deux tiers des sondés, il est plus important de maintenir en activité les services fédéraux que de bloquer le projet de réforme du système de santé, dit Obamacare.

Avant le 'shutdown', Barack Obama a voulu rassurer la population en déclarant que le courrier serait toujours distribué, les prestations sociales, aux pauvres et personnes âgées notamment, continueraient d'être versées mais il a souligné qu'une fermeture des services gouvernementaux aura un "impact économique très réel sur les gens".

Comme le président américain s'y était engagé, le gouvernement a lancé mardi sa grande réforme du système de santé en ouvrant des plates-formes d'assurance-maladie dans 50 Etats pour des millions d'Américains ne bénéficiant d'aucune assurance.

Avec Elvina Nawaguna et Roberta Rampton; Jean-Stéphane Brosse et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • nayara10 le mardi 1 oct 2013 à 18:50

    Une bonne idée pour la FRANCE................

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