Des semences paysannes pour se libérer de l'agro-industrie

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par Claude Canellas

PERIGUEUX, Dordogne (Reuters) - Les coopératives de semences paysannes se multiplient en France, comme partout dans le monde, à l'initiative d'agriculteurs désireux de cultiver la biodiversité et de se libérer des droits de propriété imposés par l'industrie semencière.

Des paysans du Brésil mais aussi d'Autriche, d'Asie ou d'Afrique, ont décidé par nécessité ou par conviction de rechercher des semences anciennes, non brevetées, pour, à force de croisements, retrouver les meilleures semences reproductibles annuellement, une habitude peu à peu perdue.

Bertrand Lassaigne, agriculteur à La Change, près de Périgueux, a été le pionnier d'un mouvement qui s'intensifie.

Installé en 1990, cet homme de 51 ans n'avait pas vocation à devenir un militant. Mais il a pris conscience du danger qu'il y avait à laisser l'agriculture être dépendante de l'industrie semencière en se convertissant à l'agriculture biologique.

Depuis cette époque, le mouvement s'est développé au point qu'en septembre dernier les premières rencontres internationales des Maisons de semences paysannes ont réuni à Boulazac, près de Périgueux, 300 représentants d'une quinzaine de pays pour partager leurs expériences.

Ces maisons, dont la première en France fut créée en Périgord, se sont fédérées et peu à peu s'étendent sur le territoire. Elles sont aujourd'hui une soixantaine.

Tout est venu de la volonté de Bertrand Lassaigne, un des rares agriculteurs bio de Dordogne à l'époque, de produire une farine de blé correspondant à la demande des boulangers biologiques de Dordogne qui se fournissaient jusque-là ailleurs.

SEMENCES DU GUATEMALA

"Parmi les apporteurs de semences, certains avaient des variétés venant de leurs aïeux qui étaient meilleures pour le pain. J'ai démarré avec et je les ai reproduites moi-même. C'est comme ça que j'ai appris à faire mes semences, une habitude perdue par les paysans", souligne Bertrand Lassaigne.

Après le blé, il se lance dans le seigle, le soja, les plantes fourragères et ne restait plus que le maïs cultivé à partir des semences hybrides de l'industrie.

"L'élément déclencheur de mon militantisme, c'est en 1999, quand on appris qu'une société avait vendu dans le Sud-Ouest des semences polluées en OGM sans savoir ni quelle marque ni quelle variété. Le secret était bien gardé", lâche-t-il.

Pour être sûr de respecter son cahier des charges bio, cet ancien routard retourne en Amérique centrale.

En 2000, du Guatemala, berceau du maïs, il ramène des semences anciennes qui auront du mal à s'adapter.

Mais sa démarche attire l'attention et peu à peu des paysans signalent avoir retrouvé dans les fermes des semences anciennes.

"Il restait à retrouver les savoir-faire", souligne Bertrand Lassaigne.

PARTAGE DE SAVOIR-FAIRE

En 2001, la première plate-forme d'expérimentation et d'observation était créée avec des variétés guatémaltèques. Et dès 2002, avec des agriculteurs de l'association AgroBio Périgord, il crée sur ses terres la Maison des semences.

"En tout, on a une centaine de variétés de maïs dont 13 sont cultivées par Bertrand Lassaigne lui-même et une dizaine de tournesols. L'objectif c'est l'acquisition de données. C'est aussi un lieu pédagogique et de partage de savoir-faire", assure Elodie Gras, technicienne-animatrice d'AgroBio Périgord.

La plate-forme, qui s'étend selon les années entre un demi-hectare et un hectare, se décline en quatre blocs: les variétés connues, celles qui sont expérimentales, celles qui sont expérimentées avec des instituts comme l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) et enfin le dernier bloc concernant les protocole des croisement de semences de maïs.

Au-delà de cette vitrine, "les variétés sont cultivées dans les champs des agriculteurs. Elles sont multipliées sur leurs terres, pas sur la plate-forme, c'est la meilleure garantie de les voir perdurer", ajoute Elodie Gras.

La Maison des semences, modèle d'organisation ramené du Brésil, garde des graines pour éviter de perdre les variétés mais il ne s'agit pas à proprement parler d'une banque ou d'un entrepôt de stockage.

La démarche n'est pas commerciale. L'agriculteur intéressé y emprunte un lot de semences au moment des semis et prend l'engagement de retourner un volume supérieur de semences après la récolte accompagné de notations de suivi de culture.

Le projet de Bertrand Lassaigne se structure mais le chemin est encore long.

"Il faut récupérer toutes les semences qui sont dans les banques de gènes et les remettre aux paysans qui en feront bon usage", conclut-il.

Edité par Yves Clarisse

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