Des retombées économiques et politiques limitées pour l'Euro

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L'EURO DE FOOTBALL OFFRIRA UNE EMBELLIE DE COURTE DE DURÉE
L'EURO DE FOOTBALL OFFRIRA UNE EMBELLIE DE COURTE DE DURÉE

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - A supposer que l'Euro de football se déroule sans incident majeur et que l'équipe de France ne sombre pas dès le premier tour, la compétition peut offrir une embellie à l'économie et à François Hollande. Mais de courte de durée.

Le tournoi débute vendredi après plusieurs semaines de mauvais temps pour l'exécutif, marquées par la contestation persistante contre le projet de réforme du Code du travail et par les trombes d'eau sur le nord-ouest de la France.

Dans ces conditions, le ministre des Sports voit dans l'Euro 2016 la possibilité d'un nouvel "élan" pour l'économie.

"L'Euro peut être un catalyseur du 'ça va mieux'", a récemment dit à Reuters Patrick Kanner, faisant allusion à la formule dont François Hollande, rasséréné par les chiffres du chômage et de la croissance, fait son credo depuis deux mois.

Mais l'Euro ne jouera pas un rôle de locomotive pour l'économie, selon une étude commandée par l'UEFA, l'Union européenne du football, et réalisée fin 2014 par le Centre de droit et d'économie du sport de Limoges (CDES).

En additionnant l'apport financier des acteurs étrangers, le CDES parvient à une estimation de 1,266 milliard d'euros de retombées - soit le même ordre de grandeur que le coût des inondations de ces dernières semaines, selon le calcul de l'Association française de l'assurance.

Le CDES table également sur 180 millions d'euros de recettes fiscales supplémentaires.

"DETTES"

"Il y a des retombées mais elles restent limitées d'un point de vue macroéconomique. L'Euro ne relancera pas l'économie. Il peut simplement contribuer à soutenir momentanément certains secteurs", juge Christophe Lepetit, économiste au CDES.

D'après lui, l'activité générée par l'Euro représentera au mieux un "frémissement" sur un trimestre, guère plus.

Paul Chollet, responsable des études sectorielles et défaillances chez Coface, s'attend quant à lui à "un effet pas aussi élevé que ce qu'on espère. Et puis ça génère quand même pas mal de dettes."

Les dépenses d'investissement effectuées ces dernières années dans la plupart des dix stades accueillant le tournoi s'élèvent à 1,7 milliard d'euros, dont 775 millions peuvent être directement attribués à l'accueil de l'Euro 2016.

"Au Brésil par exemple, la consommation s'est écroulée juste après le Mondial (de football en 2014, NDLR)", dit Paul Chollet.

Le précédent événement du même genre organisé en France, la Coupe du monde de rugby 2007, avait généré 540 millions d'euros de retombées, selon un rapport du même CDES, dont une grande partie a profité au secteur du tourisme.

"L'Euro 2016 est une vraie occasion de remplir les caisses, mais aussi de conforter l'image d'un territoire en vendant aux visiteurs la beauté d'un site, d'un accueil", anticipe aujourd'hui le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille-Provence, Jacques Pfister.

Selon Christophe Lepetit, il faut toutefois prendre en compte un possible effet d'éviction, soit le risque de voir certains touristes traditionnels reporter ou annuler leur venue en France cet été, difficile à évaluer à ce stade.

"UN VOILE PENDANT QUELQUES SEMAINES"

Mais, aux yeux du gouvernement et de François Hollande qui compte assister au moins aux trois premiers matches des Bleus, l'Euro a le mérite d'ouvrir une parenthèse dans l'actualité sociale chargée.

Lui-même amateur de football, le chef de l'Etat compte sur le championnat d'Europe et l'équipe de France pour contribuer à doper la confiance des Français et, par ricochet, tirer davantage la croissance.

Dimanche dernier, il a rendu visite à l'heure du dîner aux joueurs de Didier Deschamps à Clairefontaine, leur camp de base, pour les inciter à faire au mieux - la teneur exacte discours qu'il leur a tenu n'a pas été rendu publique.

"Ça peut apaiser. Je l'espère, parce qu'on en a besoin en ce moment. Il faut qu'on descende de plusieurs crans dans la violence", diagnostique une ministre.

Frédéric Dabi, directeur adjoint d'Ifop France, met l'exécutif en garde contre la tentation de voir en l'Euro un remède durable à tous les maux et un moyen de stimuler une popularité en berne.

"Au mieux, ça peut être un voile qui va cacher un peu les critiques pendant quelques semaines, mais les tensions sont trop fortes pour que l’Euro y change vraiment quelque chose", estime-t-il, en prenant pour exemple la victoire des Bleus à l'Euro 1984, disputé en France.

"François Mitterrand était très impopulaire et ça n’a rien changé, même si la France a eu un parcours étincelant et que Platini a marqué neuf buts", rappelle-t-il.

De même, Jacques Chirac avait vu sa courbe de popularité grimper de près de 15 points durant l'été 1998, celui de la "France black-blanc-beur" victorieuse contre le Brésil. Mais elle avait à nouveau plongé les mois suivants.

Et en 2006, lorsque la France de Zinédine Zidane a atteint la finale de la Coupe du monde en Allemagne, la cote de Jacques Chirac avait gagné cinq points, sans toutefois rendre au président vieillissant sa popularité - de 16% à 21%.

Avant le coup d'envoi de l'Euro 2016, celle de l'actuel président se situe à un niveau encore plus bas, à 13%, selon le baromètre TNS Sofres-OnePoint du Figaro Magazine publié il y a une semaine.

(Avec Michel Rose, Myriam Rivet et Jean-François Rosnoblet à Marseille, édité par Yves Clarisse)

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  • janaliz il y a 6 mois

    Il y a plus à craindre des dégradations par des supporteurs avinés que d'espérer d'hypothétiques retombées économiques.