Des renforts syriens avancent vers Alep

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L'ARMÉE SYRIENNE ENVOIE DES RENFORTS À ALEP
L'ARMÉE SYRIENNE ENVOIE DES RENFORTS À ALEP

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - L'armée syrienne concentrait mercredi ses forces dans la bataille d'Alep, envoyant une colonne blindée vers la deuxième ville du pays et bombardant les rebelles à l'aide de ses hélicoptères d'attaque et de son artillerie, alors que les opposants ont annoncé les défections de deux ambassadeurs.

Des milliers de soldats à bord de chars d'assaut et de véhicules blindés sont partis de la province d'Idlib, près de la Turquie, pour rejoindre Alep, selon des militants de la région. L'un d'eux a affirmé que des insurgés avaient attaqué l'arrière du convoi.

Dans la ville même, des habitants ont rapporté mardi soir avoir vu des hélicoptères lancer des missiles contre des quartiers proches de la vieille ville, aux portes de laquelle les combats continuaient entre l'armée régulière, qui se livrait à des tirs de mortiers, et les insurgés, armés de fusils et de pistolets.

Certains habitants ont aussi vu des avions de combat, jusqu'ici peu utilisés par l'armée syrienne, survoler la ville mais les témoignages ne concordaient pas sur leur rôle effectif dans l'assaut.

La bataille souligne la nouvelle étape du conflit entamé par un soulèvement contre le président Bachar al Assad en mars 2011, et qui s'est déplacé de provinces reculées vers les deux principales villes du pays, Alep et la capitale Damas, où les rebelles ont lancé une offensive le 15 juillet.

Un député pro-Assad a annoncé mardi que les autorités avaient arrêté l'auteur de l'attentat qui a tué à Damas, il y a une semaine, quatre hauts responsables de la sécurité, dont le beau-frère du président et le ministre de la Défense.

ASSAUTS AUTOUR DE DAMAS

L'armée a repris le contrôle de la capitale depuis le début de la semaine, et les troupes pro-Assad se sont livrées mercredi à des tirs d'artillerie et de roquettes contre Al-Tel, une commune de 100.000 habitants située à huit kilomètres au nord de Damas, proche du QG du 216e bataillon mécanisé, selon des habitants et des membres de l'opposition.

Les forces gouvernementales menaient également un assaut avec des hélicoptères et des mitrailleuses contre Hadjar al Assouad, à la périphérie sud, qui a servi de point de passage à des rebelles pour rejoindre la capitale.

Des opposants ont, en outre, déclaré avoir découvert à Damas mercredi les corps de onze hommes exécutés par les forces loyalistes, dans le quartier de Kaboune.

Ailleurs dans le pays, des opposants ont déclaré qu'au moins dix civils, dont six enfants, étaient morts mardi dans des bombardements de l'armée sur la ville de Herak, et que, dans la région de Hama, des soldats syriens et des miliciens "chabiha" avaient tué une trentaine de personnes qui se rendaient à la mosquée.

A l'extérieur du pays, l'ambassadeur de Syrie aux Emirats arabes unis a fait défection et a rejoint les rangs de l'opposition, a-t-on appris mercredi auprès d'un porte-parole du Conseil national syrien (CNS), selon qui Abdelaziz al Dabbagh se trouve désormais au Qatar.

Le CNS a précisé qu'il s'agissait du mari de l'ambassadrice syrienne à Chypre, Lamai al Hariri, dont la défection a aussi été annoncée dans la matinée de mercredi.

L'ambassadeur syrien en Irak avait pour sa part fait défection le 11 juillet dernier.

FERMETURE DE LA FRONTIÈRE TURQUE

Bien que les départs de diplomates et de militaires aient peu d'effets concrets, les opposants comptent sur leur charge symbolique, tel le général sunnite Manaf Tlass, qui a fait défection au début du mois, et qui a appelé mardi les membres de l'armée régulière à dénoncer les crimes commis par les forces du président Bachar al Assad.

"Je m'adresse (...) aux fils de l'armée arabe syrienne qui rejettent le comportement criminel de ce régime corrompu" a-t-il dit dans une déclaration télévisée diffusée par la chaîne Al Arabiya. "Nulle personne honorable de l'armée ne devrait accepter ces crimes."

L'isolement de la Syrie a été accentué mercredi par la fermeture par la Turquie de tous ses postes-frontières avec son voisin, face à la dégradation des conditions de sécurité, alors que les rebelles affirment avoir pris le contrôle de plusieurs points de passage, Bab al Salam, Bab al Haoua et Djarablous.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la fermeture ne concerne que le transit commercial et la frontière reste ouverte aux réfugiés syriens, dont 300 sont passés en Turquie dans la seule nuit de mardi à mercredi. La question des armes chimiques syriennes continue de préoccuper la communauté internationale, deux jours après que Djihad Makdissi, le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, a reconnu que son pays possédait un arsenal et serait prêt à s'en servir en cas d'"agression extérieure".

La Russie a obtenu des "garanties solides" de la Syrie sur le fait que son arsenal chimique était entièrement en sécurité, a déclaré mercredi Guennadi Gatilov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, en réponse aux craintes occidentales et israéliennes d'une récupération des armes par des groupes militants, dont les islamistes chiites du Hezbollah libanais.

Julien Dury pour le service français

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