Des policiers en patrouille alors que le Raid poursuit son siège autour de l'immeuble de Mohamed Merah le 21 mars 2012 à Toulouse

le
0

Mohamed Merah résistait toujours mercredi à l'aube au travail de sape mené par les policiers du Raid qui l'encerclent depuis plus de 27 heures dans son logement, à Toulouse, pour obtenir la reddition, en vie, de celui qui dit être l'assassin au scooter.Cet ancien jeune délinquant multirécidiviste devenu à 23 ans l'auteur proclamé d'une série hors du commun de sept assassinats qui ont semé l'effroi dans le pays, semblait toujours se terrer dans son appartement d'un petit immeuble, dans une cité d'un quartier résidentiel de l'est toulousain.Après une alternance de tentatives d'approches policières repoussées par les coups de feu du suspect et de longs pourparlers par talkie-walkie, les policiers ont engagé une guerre d'usure devant l'apparent refus du jeune homme de se rendre.A intervalles réguliers au cours de la nuit, dont la dernière fois vers 06H40, alors que le jour se levait, ils ont fait détoner de puissantes charges auprès de ses fenêtres dans l'intention évidente de l'empêcher de dormir et d'ébranler sa résilience. Au même moment, un faisceau lumineux balayait la façade du bâtiment où la police a fait couper l'eau, le gaz et l'électricité."Il disait qu'il voulait se rendre, il a changé d'avis, on augmente la pression pour qu'il se rende", expliquait une source proche de l'enquête. "Nous espérons éviter l'assaut parce que nous souhaitons prendre M. Merah vivant afin qu'il puisse être jugé", disait mercredi soir le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, pour expliquer pourquoi les unités d'élite ne passaient pas à l'action alors que tout l'immeuble avait été évacué depuis longtemps.Le procureur de Paris, François Molins, qui dirige l'enquête disait aussi mercredi qu'on ignorait l'armement dont disposait Mohamed Merah.Ce jeune Français d'origine algérienne qui se serait radicalisé dans les milieux salafistes et à la faveur de deux séjours en Afghanistan et au Pakistan avait blessé deux hommes du Raid quand les policiers, après un gigantesque travail d'investigation, étaient venus le chercher la première fois mercredi. C'est après qu'il avait accepté de jeter par la fenêtre l'une de ses armes, un colt .45, en échange d'un talkie-walkie.Ce face-à-face est l'un des plus longs qu'aient connus les policiers du Raid après celui de la maternelle de Neuilly, en mai 1993. Les hommes du Raid avaient fini par donner l'assaut à l'école où un ancien militaire, Erick Schmitt, alias "Human Bomb", retenait en otages des enfants et une institutrice depuis 46 heures. Le preneur d'otages avait été tué. Il n'y avait pas eu d'autre victime. Mohamed Merah s'est beaucoup épanché auprès de ses interlocuteurs policiers. Il s'est vanté d'avoir été formé par Al-Qaïda, d'avoir accepté une mission pour le réseau en France, d'avoir "toujours agi seul" et d'avoir mis "la France à genoux". Il "n'exprime aucun regret", sinon de "ne pas avoir fait plus de victimes". S'il a froidement assassiné trois enfants et un père juifs lundi, c'est faute d'avoir trouvé pour cible un soldat, selon M. Guéant.Celui qui est capable de rester enfermé chez lui à regarder des scènes de décapitation explique les récentes tueries en évoquant sa sympathie pour le sort des Palestiniens, et son opposition à l'engagement militaire de la France en Afghanistan et à l'interdiction du port du voile intégral.Mohamed Merah s'apprêtait à nouveau à frapper et à tuer un soldat dès mercredi, puis deux chefs de services policiers toulousains, ont indiqué des sources proches de l'enquête.Si aucun élément n'a permis de le rattacher à une organisation quelconque en France, selon le procureur, les enquêteurs devraient beaucoup s'intéresser à ses fréquentations. Parmi les gardés à vue, son frère Abdelkader, 29 ans, avait été interrogé sur une filière d'acheminement de djihadistes en Irak, sans être mis en examen, a dit le procureur.En juin 2009, le tribunal correctionnel de Paris avait prononcé des peines de six mois à six ans de prison ferme contre des jeunes de la région toulousaine pour avoir mis en place une telle filière. Par ailleurs une controverse a commencé à poindre au sujet de la surveillance des réseaux islamistes radicaux par le renseignement français. Selon M. Guéant lui-même, Mohamed Merah était suivi depuis des années. En novembre 2011, il avait été convoqué par le renseignement intérieur à Toulouse pour s'expliquer sur ses séjours en Afghanistan et au Pakistan.Mais rien n'avait indiqué jusqu'alors qu'il pouvait passer à l'action radicale, a assuré M. Guéant.Après l'assassinat des trois parachutistes, les policiers ont recoupé leurs listes d'individus à surveiller avec des renseignements recueillis au cours de l'enquête. Mais les enquêteurs n'ont pu l'identifier et le localiser avec certitude que mardi, a dit le procureur.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant