Des observateurs de l'Onu quittent la Syrie

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par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - La plupart des observateurs militaires de l'Onu ont quitté le territoire syrien au terme d'une mission de quatre mois qui s'est révélée totalement inefficace.

Chargés de veiller au cessez-le-feu conclu sous l'égide de l'ex-médiateur international Kofi Annan et censé entrer en vigueur le 12 avril, ils ont été réduits au rôle de spectateurs impuissants de l'aggravation du conflit.

Sept véhicules de l'Onu ont quitté un hôtel de Damas lundi, emportant quelques-uns des derniers membres de cette mission, qui comptait 300 hommes au plus fort de son déploiement.

Leurs opérations ont été suspendues en juin lorsqu'un groupe d'observateurs a été pris pour cible et la plupart avaient déjà quitté le pays. Après le départ des derniers, qui doit avoir lieu d'ici vendredi, seul restera un modeste "bureau de liaison" à Damas, dans le cas où une solution politique pour le moment hypothétique viendrait à se dessiner.

"Notre mission a échoué parce que les deux parties n'ont pas respecté leurs engagements", a déploré l'un des observateurs ayant requis l'anonymat, interrogé à l'hôtel.

Le mandat de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (Misnus) a expiré dimanche à minuit. Le Conseil de sécurité de l'Onu a jugé que les conditions n'étaient pas réunies pour la prolonger.

Après une brève accalmie, les violences se sont multipliées malgré la présence des observateurs. Depuis leur arrivée en Syrie, 9.000 personnes y ont été tuées. Au total, le soulèvement populaire contre le régime de Bachar al Assad et les opérations de répression ont fait en près de dix-huit mois 18.000 morts et 170.000 réfugiés, dont 70.000 se trouvent en Turquie.

"ZONES DE SÉCURITÉ"

Ankara, qui dit approcher rapidement de la limite de ses capacités, a suggéré lundi la création de "zones de sécurité" en territoire syrien.

"Si le nombre de réfugiés dépasse les 100.000, nous allons manquer de place pour les loger. On devrait pouvoir les abriter en Syrie. Les Nations unies pourraient construire des camps dans une zone sécurisée à l'intérieur de la Syrie", a déclaré le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, dont les propos sont rapportés par le quotidien Hurriyet.

Les insurgés se sont emparés le mois dernier de plusieurs quartiers de Damas et d'Alep, deuxième ville de Syrie, ainsi que de postes-frontières et de secteurs du nord du pays.

Les forces gouvernementales ont depuis lancé de grandes contre-offensives dans les deux villes. Lundi, elles ont tenté de rependre Mouadamiya, dans les faubourgs sud-ouest de la capitale, où des tirs de chars ont fait trois morts et une vingtaine de blessés, selon l'opposition.

"L'offensive a commencé à 06h00 (03h00 GMT). Des chars (...) encerclent désormais pratiquement Mouadamiya", a dit une activiste, Haya, jointe par téléphone.

L'armée était déjà entrée dans Mouadamiya fin juillet après deux jours d'offensive qui firent 120 morts, selon des habitants et l'opposition. Les rebelles ont profité du départ de l'armée régulière sur d'autres fronts pour reprendre le contrôle de la ville.

Selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, il est de plus en plus évident que des armes occidentales "sont livrées en masse" aux insurgés.

La Russie, qui s'est comme la Chine opposée à l'adoption de résolutions de l'Onu menaçant Damas de sanctions, s'efforce de faire porter la responsabilité de l'échec du plan Annan sur les puissances occidentales et les pays arabes.

De leur côté, ceux-ci accusent Moscou d'avoir fourni pour un milliard de dollars d'armement à la Syrie l'an dernier et d'entretenir la répression en soutenant Assad sur le plan diplomatique.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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