Des ministres de l'UE prudents sur la fin des visas pour les Turcs

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    par Tom Körkemeier et Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 10 mars (Reuters) - Plusieurs ministres de 
l'Intérieur de l'UE réunis jeudi à Bruxelles ont exprimé des 
réserves sur la suppression des visas pour les citoyens turcs, 
un des éléments clefs du projet d'accord entre l'Union et la 
Turquie sur les migrants. 
    Les 28 pays de l'Union ont annoncé qu'ils prendraient une 
décision d'ici le prochain sommet réunissant leurs chefs d'Etat 
et de gouvernement, prévu les 17 et 18 mars, mais le projet fait 
douter certains dirigeants, en raison notamment du raidissement 
d'Ankara vis-à-vis de son opposition. 
    La justice turque a ordonné vendredi la désignation d'un 
administrateur pour diriger le quotidien Zaman et sa version 
anglophone, Today's Zaman, dans le cadre d'une enquête sur 
Fethullah Gülen, opposant et prédicateur qui vit en exil aux 
Etats-Unis.   
    Cette décision a été dénoncée par des organisations de 
défense des droits de l'homme et des responsables européens, qui 
y voient la preuve d'une volonté du pouvoir turc de réduire 
l'opposition au silence. 
    Des responsables européens soulignent en outre que la 
Turquie ne remplit qu'environ la moitié des 72 critères définis 
par l'Union européenne pour une libéralisation des visas. 
         
    NOUVELLES ROUTES 
    "Il est hautement contestable que la Turquie, qui prend le 
contrôle d'un journal qui critique son gouvernement, puisse 
présenter trois jours plus tard une liste de souhaits et qu'elle 
soit récompensée par des discussions portant sur une 
libéralisation des visas", a souligné la ministre autrichienne 
de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner. 
    "Je me demande si l'Union européenne n'est pas en train de 
jeter ses valeurs par-dessus bord", a-t-elle ajouté à son 
arrivée à Bruxelles, ajoutant qu'elle allait plaider en faveur 
de l'inclusion d'une clause d'annulation dans le texte final. 
    Des ministres ont également fait part de leur doutes 
vis-à-vis d'autres éléments du projet d'accord, expliquant que 
les migrants pourraient tenter d'emprunter de nouvelles routes 
pour entrer dans l'Union. Le texte, en l'état, prévoit en effet 
de "renvoyer tous les migrants en situation irrégulière qui 
partent de la Turquie pour gagner les îles grecques" et, en 
échange, de "procéder, pour chaque Syrien réadmis par la Turquie 
au départ des îles grecques, à la réinstallation d'un autre 
Syrien de la Turquie vers les États membres de l'UE". 
    L'Italie pourrait ainsi se retrouver de nouveau confrontée à 
un flux de migrants tentant d'entrer dans l'Union en traversant 
la mer Adriatique depuis l'Albanie. "Nous mettons tout en oeuvre 
pour éviter cela", a déclaré le ministre italien de l'Intérieur, 
Angelino Alfano. 
    Selon les termes du projet d'accord de lundi, la Turquie 
propose de reprendre tous les migrants arrivés en Europe via son 
territoire et qui ne sont pas susceptibles d'obtenir l'asile 
mais aussi tous ceux qui sont protégés par les conventions 
internationales parce qu'ils fuient des zones de conflit et qui 
ont été récupérés en mer sans avoir atteint les côtes 
européennes. 
    Ces rapatriements massifs vers la Turquie restent toutefois 
difficiles à mettre en oeuvre, de nombreux candidats à l'exil 
préférant sans doute risquer leur vie pour effectuer des voyages 
coûteux et tenter d'arriver en Europe en premier lieu. 
    Pour certains responsables européens, au contraire, quelques 
retours en Turquie devraient suffire à convaincre les migrants 
qu'ils n'ont aucune chance d'être autorisés à demeurer en 
Europe. 
    "Ils ne cesseront pas d'eux même de venir, nous devons donc 
montrer que recourir aux passeurs pour entrer illégalement en 
Europe ne suffit pas", a déclaré Klaas Dijkhoff, ministre 
néerlandais aux Migrations. 
    Les ministres de l'Intérieur discuteront en outre du projet 
de création d'une garde-frontières et d'une garde-côtes 
européenne que le bloc espère pouvoir déployer à la fin de l'été 
pour améliorer la protection de ses frontières extérieures. 
     
    VOIR AUSSI 
    Le texte de la déclaration de Bruxelles: 
    http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/03/07-eu-turkey-meeting-statement/ 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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