Des milliers de Français candidats à l'évasion fiscale escroqués par «El Chapo»

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Le baron mexicain du narcotrafic, arrêté la semaine dernière, possédait des sociétés financières pour blanchir l'argent de la drogue et escroquait des petits épargnants du monde entier en leur proposant des placements au rendement fabuleux. 82.000 Français se seraient fait piéger.

«El Chapo», le baron de la drogue mexicain le plus recherché au monde arrêté la semaine dernière, avait des activités financières très lucratives. Pas moins de 82.000 Français l'ont appris à leurs dépens, lorsqu'ils ont réalisé qu'ils ne reverraient jamais la couleur de leur argent investi dans des sociétés financières douteuses leur promettant jusqu'à 20% de rendement. L'histoire est racontée dans une longue enquête de Rue 89, qui s'appuie notamment sur le témoignage d'une victime, Anne Gallecier. Après avoir perdu 25.000 euros dans cette escroquerie, elle a fondé l'association Recours Escroquerie International (ARCES International) pour regrouper les victimes à travers le monde, en vue de lancer une action judiciaire en France. Mais la tâche est loin d'être aisée, raconte-t-elle à Rue 89. Peu de victimes souhaitent se manifester, dans la mesure où la plupart d'entre elles cherchaient ainsi à échapper au fisc, quand d'autres craignent que leur responsabilité soit engagée après avoir conseillé ce placement frauduleux à des connaissances.

Impunité

Le système était bien rôdé: des petits investisseurs étaient appâtés par des sites web qui leur proposaient des investissements avec un rendement à en faire pâlir un client de Bernard Madoff, pouvant atteindre les 20%. Bien évidemment, comme pour l'escroquerie de l'ex-financier américain, le montage reposait sur une chaîne de Ponzi, où les intérêts étaient versés grâce aux fonds des investisseurs suivants. Le site en question, «Finanzas Forex» (FFX), a fait des victimes partout en Europe, en Amérique centrale, du sud et du nord, et même en Océanie. Derrière Finanzas Forex, on trouvait la société EMG, immatriculée à Panama, et la holding DWB qui en faisait la promotion. Pour les épargnants floués, les pertes se chiffrent à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Mais certains ont laissé jusqu'à un million de dollars.

Lorsque les enquêteurs américains mettent la main sur les avoirs de DWB en 2008, ils découvrent qu'elle est en réalité l'un des bras financiers du cartel mexicain de Sinaloa, l'une des organisations criminelles les plus puissantes au monde dirigée jusqu'à son arrestation par «El Chapo». Entre 2007 et 2009, ce montage financier aurait permis au cartel de blanchir plus de 150 millions d'euros, tout en escroquant des dizaines de milliers de petits investisseurs à travers le monde, rapporte Rue 89. Les comptes de ces sociétés étaient en réalité approvisionnés par le commerce de la drogue, les placements de petits investisseurs floués et des placements stériles dans le secteur des énergies renouvelables, qui servaient de couverture.

L'escroquerie a été mise à jour, mais l'indemnisation des victimes reste hypothétique. En effet, le principal dirigeant d'EMG, Germán Cardona, a été arrêté en 2011 mais relâché un an plus tard. Quant aux dirigeants de DWB, Rojo Filho et Benevides, ils sont tous les deux en liberté, alors que les avoirs de leur société ont été saisis par la justice américaine en octobre 2013. Sur la foi du témoignage de Francis Boyer, l'avocat américain de quatre victimes Française, Rue 89 évoque un possible «marchandage»: les États-Unis assureraient une forme d'impunité aux escrocs, en échange d'informations sur les filières de la drogue.

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