Des milliers d'opposants à l'état d'urgence manifestent en France

le , mis à jour à 19:39
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    * Rassemblements dans plusieurs dizaines de villes en France 
    * Deux collectifs réclament la levée immédiate de l'état 
d'urgence 
    * La prolongation examinée mercredi en conseil des ministres 
 
 (Actualisé avec sondage) 
    PARIS, 30 janvier (Reuters) - Plusieurs milliers d'opposants 
à la prolongation de l'état d'urgence et à son inscription dans 
la Constitution ont manifesté samedi à Paris et dans plusieurs 
dizaines de villes de France, à quelques jours de l'examen du 
projet de loi en conseil des ministres. 
    A Paris, la manifestation a réuni 5.500 personnes, selon la 
préfecture de police. D'autres rassemblements à l'appel des 
collectifs "Nous ne céderons pas" et "Stop état d'urgence" se 
sont également tenus dans quelque 70 villes dont Lyon, Toulouse, 
Lille, Marseille et Strasbourg.  
    Décrété par François Hollande dans la foulée des attentats 
du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, l'état d'urgence a été 
prolongé une première fois de trois mois et l'exécutif a annoncé 
son intention de le proroger une nouvelle fois au-delà du 26 
février. 
    Un projet de loi en ce sens doit être présenté mercredi en 
conseil des ministres avant d'être examiné en séance publique 
par les sénateurs le 9 février puis par les députés le 16 
février.  
    Ce dispositif, prévu à l'origine par une loi de 1955, permet 
notamment de mener des perquisitions administratives ou de 
prononcer des assignations à résidence sans accord préalable 
d'un magistrat, des mesures jugées dangereuses par des 
associations de défense des droits de l'homme.   
    "L'état d'urgence conduit à des décisions arbitraires, des 
dérives autoritaires", écrit le collectif "Nous ne céderons pas" 
dans un communiqué.  
    "Depuis novembre 2015, plus de trois mille perquisitions 
sont intervenues. Tout comme les assignations à résidence, elles 
ont donné lieu à de nombreux dérapages, à un accroissement des 
discriminations à l'égard de populations déjà stigmatisées en 
raison de leur origine et/ou leur religion supposée ou réelle." 
     
    PRÉOCCUPATION 
    Face à ce constat, les deux collectifs, qui réunissent 
syndicats, associations et organisations de défense des droits 
de l'homme, réclament la levée immédiate de l'état d'urgence et 
l'abandon de la réforme constitutionnelle.    
    "Non seulement la menace terroriste ne justifie pas l'état 
d'urgence mais c'est l'inverse", a dit à Reuters TV le 
co-fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, présent 
dans la manifestation parisienne. "C'est précisément parce qu'il 
y a des terroristes qu'il faut que notre réponse soit une 
démocratie plus vivante que jamais". 
    Dans le cortège, de nombreux manifestants ont mis en doute 
l'efficacité des mesures mises en place après les attentats.  
    "Je pense que c'est très dangereux de prolonger l'état 
d'urgence", a dit Alexandra. "Ça a déjà servi pendant la COP21 à 
enfermer des manifestants qui n'avaient rien à voir avec le 
terrorisme, donc je me dis à quoi ça va leur servir ? Dans tous 
les cas, ça n'empêchera pas le terrorisme".      
    Selon un sondage Ifop pour Atlantico publié samedi, 79% des 
Français interrogés se disent favorables à la prolongation de 
trois mois de l'état d'urgence à partir du 26 février (34% 
"très" et 45% "assez") contre 21% qui s'y disent opposés (7% 
"très" et 14% "assez").  
    Dans le détail, cette potentielle prolongation est bien 
accueillie par 85% des sympathisants du FN, 87% des 
sympathisants des Républicains, 83% des sympathisants du PS et 
65% des sympathisants du Front de gauche.  
    Saisi en référé par le Ligue des droits de l'homme, le 
Conseil d'Etat a refusé mercredi de suspendre l'état d'urgence, 
estimant notamment que le péril imminent justifiant sa mise en 
oeuvre n'avait pas disparu. 
    L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe s'est 
déclarée préoccupée par la prolongation du dispositif en France, 
relayant les alertes déjà lancées par le commissaire aux droits 
de l'Homme et le secrétaire général de l'organisation. 
 
 (Marine Pennetier, avec Hortense de Roffignac, édité par Guy 
Kerivel) 
 
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