Des militants cachent des demandeurs d'asile deboutes

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par Mourad Guichard

ORLEANS (Reuters) - Depuis le milieu de l'ete, des militants associatifs orchestrent l'entree dans la clandestinite de familles deboutees de leur demande d'asile en France et menacees d'expulsion ou de separation, au risque d'etre envoyes en prison.

A Chateauroux (Indre), la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) organise celle des Gevorgyan, parents de jumeaux en bas age et membres d'une famille de neuf personnes en partie expulsees vers l'Armenie, leur pays d'origine.

"Ils avaient ete places en centre de retention a Toulouse, puis liberes", explique Ghislaine Millot, presidente de la LDH de l'Indre. "A leur retour a Chateauroux, ils sont tombes sous le coup d'une assignation a residence, mesure rarissime. Lorsque nous avons appris qu'ils devaient etre expulses, a plusieurs associations, nous avons reagi et decide de les cacher."

A Paris, c'est une famille originaire de Georgie qui est hebergee dans un lieu tenu secret.

En provenance de Blois (Loir-et-Cher), qu'ils avaient quitte le 15 septembre apres avoir epuise tous les recours administratifs, les Gogitidze (le pere, la mere, deux enfants de cinq et six ans et deux jumeaux de trois ans) ont ete pris en charge par l'association SOS Soutien o Sans Papiers.

"Des travailleurs sociaux de l'hopital ou la famille Gogitidze s'etait refugiee nous ont alertes", raconte Rodolphe Nettier, le president de l'association. "Nous les avons aussitot pris en charge et diriges vers une famille d'accueil volontaire. Nous ne pouvions pas laisser une famille errer dans les rues de Paris avec quatre enfants."

CINQ ANS DE PRISON

Ces militants, tout comme les familles d'accueil, savent qu'ils risquent de lourdes amendes et des peines de prison.

"La loi est claire: toute personne qui aide au sejour irregulier d'un etranger en France risque une peine d'emprisonnement de cinq annees et une amende de 30.000 euros", dit Bruno Vinay, avocat specialise en droit des etrangers.

Ghislaine Millot reconnait que la LDH "a une fonction juridique et doit, normalement, respecter la loi".

"Mais, face a de telles situations de detresse, nous, simples citoyens, ne pouvons fermer les yeux. Comme a une autre epoque ou d'autres citoyens prenaient des risques importants, nous agissons a notre niveau", dit-elle.

Pour Ghislaine Millot, la situation de ces familles se trouve degradee par plusieurs facteurs concomitants.

"D'un cote, les consignes gouvernementales sont de plus en plus strictes quant au nombre de reconduites a la frontiere, de l'autre, les moyens pour les associations qui gerent l'hebergement, se trouvent fortement diminues", dit-elle.

"Par consequent, nous nous trouvons face a ces familles demunies avec, souvent, des enfants en bas age. Que peut-on faire d'autre que de les secourir par tous les moyens?"

Les militants predisent une amplification du phenomene du fait de l'augmentation du nombre de reconduites a la frontiere.

"Il y a de plus en plus de gens opposes a ces situations scandaleuses et qui sont prets a prendre des risques personnels", estime Rodolphe Nettier, qui cite des exemples similaires a Tours, Rennes ou Calais.

La prefecture du Loir-et-Cher n'a pas souhaite commenter la situation de la famille Gogitidze. Celle de l'Indre dit maintenir sa proposition d'une aide au retour.

Selon l'Office francais de protection des refugies et apatrides (Ofpra), il y a eu 52.762 demandes d'asile en France en 2010 et 10.340 de ces demandeurs ont obtenu leur sesame.

Edite par Yves Clarisse

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