Des migrants rescapés arrivés en Sicile racontent leur calvaire

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    par Crispian Balmer 
    ROME, 22 juillet (Reuters) - Les corps de 22 migrants morts 
dans un naufrage en Méditerranée ont été ramenés en Sicile 
vendredi tandis que les rescapés ont décrit les scènes de 
panique et de violence qui se sont emparés de leur groupe quand 
l'eau a commencé à envahir leur canot pneumatique.  
    Certains survivants portaient des traces de morsure, 
témoignage de leur lutte désespérée pour échapper à la mort.  
    Le bateau en perdition a été repéré flottant au large de la 
Libye mercredi par Médecins sans frontières (MSF), qui a sauvé 
104 personnes avant de découvrir les cadavres défigurés. 
    Les passagers du canot pneumatique ont expliqué à MSF que 
les passeurs en Libye avaient forcé trop de migrants à monter à 
bord et que le fond du bateau avait cédé, se transformant en 
piège mortel pour les jeunes femmes assises dans la partie 
centrale de l'embarcation.  
    "Je n'arrêtais pas de demander de l'aide. Personne ne 
m'aidait. Ils grimpaient sur moi pour rester hors de l'eau. J'ai 
cru que j'allais mourir", a déclaré Mary, une Nigériane âgée de 
24 ans, à l'organisation humanitaire.  
    "J'ai dû mordre pour pouvoir respirer. La femme que j'ai 
mordue s'est levée. Des hommes étaient debout au-dessus de moi. 
Une femme a marché sur mon visage (...). Une femme enceinte est 
morte. Nous étions toutes les deux ensemble sous l'eau." 
    Erna Rijnierse, une femme-médecin de MSF qui était à bord de 
l'Aquarius, navire de l'ONG qui secourt les migrants en 
Méditerranée, a déclaré que le silence régnait lorsque MSF s'est 
approché du canot et qu'il était évident qu'il y avait eu une 
lutte à bord.  
    "On pouvait le voir avec les traces d'ongles sur les bras et 
les jambes des passagers mais nous avions aussi dix personnes 
portant des traces de morsures humaines sur les bras, le dos, et 
aussi le bas du dos et les chevilles", a-t-elle dit.  
    Près de 3.000 migrants et réfugiés sont morts depuis le 
début de l'année en Méditerranée en essayant de rallier 
l'Europe, les trois quarts entre l'Afrique du Nord et l'Italie, 
a déclaré l'Organisation internationale pour les migrations 
(OIM) vendredi.   
    Mary, la réfugiée nigériane, a déclaré à MSF qu'elle avait 
été emprisonnée pendant deux mois en Libye avant de trouver une 
place sur le canot.  
    "Ils violent là-bas. Ils cherchent des jeunes femmes, on ne 
peut pas dire non, ils ont des armes, ils crient, ils parlent 
dans leur langue", a-t-elle ajouté, décrivant le chaos régnant 
dans la prison dont elle a réussi à s'évader avant de retrouver 
son mari.  
    Un autre rescapé, un Nigérian de 30 ans appelé David, a 
appelé les candidats à l'exil à ne pas effectuer la traversée. 
    "C'est très dangereux de prendre le bateau. C'est la vérité. 
Je me sens mal en pensant à ces femmes qui sont mortes. Cela 
n'était pas censé arriver." 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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