Des médecins dénoncent le rationnement des soins

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Plus d'une centaine de médecins ont signé un manifeste pour critiquer les économies de la Sécurité sociale qui se font au détriment des patients moins pris en charge et du travail des médecins.

C'est à la fois une dénonciation, et un soutien. Quelque 120 médecins, généralistes, psychiatres et praticiens hospitaliers exerçant dans toute la France ont rendu public mardi à l'Assemblée nationale, leur «manifeste des médecins solidaires». La pétition dénonce une restriction de l'accès aux soins et une privatisation de la sécurité sociale. Elle est aussi une prise de position en faveur du docteur Didier Poupardin, fer de lance du mouvement.

Désobéissance

Ce médecin généraliste se bât contre l'assurance maladie et les ordonnances bizones. Ces documents ont pour effet de différencier les prescriptions de médicaments ou d'examens (analyses, radiographies...) directement liées à l'une des trente affections de longue durée (ALD) (cancer, sida, sclérose en plaque... de celles qui ont pour but de soigner une pathologie courante (angine, grippe..). Les premières doivent être inscrites par le praticien dans la zone supérieure de l'ordonnance et sont remboursées à 100% par la sécurité sociale, les secondes dans la partie inférieure se voient appliquer le barème normal de la sécurité sociale. Or selon le docteur Poupardin - et les 120 signataires du manifeste - ce document est l'illustration d'un accès aux soins à deux vitesses. Comme il l'affirmait au mois d'octobre sur France Inter, il soigne des personnes et non seulement certains morceaux du patient. Pour lui «une angine chez une personne déjà affaiblie par une maladie est beaucoup plus grave que chez quelqu'un d'ordinaire».

Il a donc décidé de ne remplir que la première partie de l'ordonnance permettant ainsi à ses patients atteints d'une ALD d'être toujours remboursés à 100% même pour une pathologie annexe.

En procès avec la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne depuis juillet 2010, le tribunal administratif de sécurité sociale lui a cependant accordé un répit au mois d'octobre dernier.

Matraquage idéologique

Parallèlement il a rallié à son combat, d'autres médecins qui condamnent également ce «rationnement des soins». Tous refusent d'être mis à contribution par l'Etat qui leur demande de faire le tri entre les soins qui seront plus ou moins bien couverts par la Sécurité sociale et de devenir des acteurs du déremboursement dont les premières victimes seront les plus modestes.

Didier Poupardin affirme que certaines personnes renoncent à la partie du traitement qui n'est pas totalement prise en charge, avec des conséquences grave pour leur santé. Les signataires dénoncent enfin le «matraquage idéologique» sur la maîtrise des dépenses de santé et la culpabilisation des patients et des médecins pour limiter le déficit de la Sécurité sociale. Pour eux le «trou» de la Sécu n'est pas dû aux abus des patients mais au système de financement de l'organisme qui n'est basé que sur la masse salariale, laquelle a tendance à se réduire en période de chômage... tandis que la productivité augmente comme les profits des sociétés du CAC 40.

Un discours qui n'est pas sans rappeler celui de certains partis politiques ancrés à gauche. Interrogée, la direction de la Sécurité sociale n'a pas répondu à nos appels.

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