Des islamistes détruisent des mausolées de Tombouctou

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Des islamistes détruisent des mausolées de Tombouctou
Des islamistes détruisent des mausolées de Tombouctou

DAKAR (Reuters) - Des combattants d'Ansar Dine, mouvement islamiste lié à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ont détruit samedi plusieurs mausolées de Tombouctou, ville du nord du Mali classée cette semaine au Patrimoine mondial en péril de l'Unesco, rapportent des témoins.

Bamako avait fait la demande de classement après la prise en avril des deux tiers nord du pays par les séparatistes touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) alliés à des islamistes. Ces derniers jugent les mausolées soufis impies.

"Ils ont déjà complètement détruit le mausolée de Sidi Mahmoud (Ben Amar) et deux autres (Sidi el Moktar et Alfa Moya). Ils disent qu'il vont continuer toute la journée et détruire les 13 autres", a déclaré le journaliste malien Yeya Tandina, joint par téléphone, évoquant tous les tombeaux de saints qu'abrite la ville.

"Ils sont armés et ont encerclé les sites avec des pick-up. La population regarde impuissante", a-t-il ajouté.

"Il semble qu'il s'agisse d'une réaction directe à la décision de l'Unesco", a quant à lui indiqué le député local Sandy Haidara.

Le MNLA a profité de la confusion qui a suivi le coup d'Etat militaire du 22 mars à Bamako pour s'emparer des deux tiers du nord du Mali avec l'aide d'Ansar Dine, mais des dissensions sont ensuite apparues entre les deux mouvements.

Les séparatistes touaregs ont proclamé l'indépendance de la zone, mais les djihadistes ont récusé l'initiative et se sont engagés à poursuivre leur combat pour l'instauration de la "charia" (loi coranique) dans tout le pays. Mieux armés, ces derniers ont désormais pris le dessus.

"Le mausolée (de Sidi Mahmoud) n'existe plus et le cimetière est aussi nu qu'un terrain de football", a déploré un enseignant nommé Abdoulaye Boulahi.

"DES SCÈNES CHOQUANTES"

"Une trentaine d'entre eux démolissent tout avec des pioches et des houes. Ils ont leurs Kalachnikovs en bandoulière. C'est un spectacle très choquant pour la population de Tombouctou", a-t-il souligné.

Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, a parlé de nouvelles "extrêmement angoissantes".

"Il n'y a aucune justification à la destruction aveugle et j'appelle toutes les parties impliquées dans le conflit à mettre fin à ces actes terribles et irréversibles", dit-elle dans un communiqué.

Dénonçant des actes "intolérables", la France a également condamné "la violation systématique de ces lieux de recueillement et de prières, qui représentaient depuis des siècles une partie de l'âme de cette prestigieuse cité sahélienne", indique Bernard Valéro, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Située en bordure du désert à un millier de kilomètres au nord-est de Bamako, "la Cité des 333 saints" est inscrite au Patrimoine mondial par l'Unesco depuis 1988.

Haut lieu du commerce africain, où affluaient les caravanes de sel venues du Nord et les esclaves ou l'or du Sud, Tombouctou a connu son apogée au XVIe siècle. La ville est alors devenue un grand centre intellectuel de l'islam.

Ses trois grandes mosquées -Djingareyber, Sidi Yahiya et Sankoré- témoignent de cet âge d'or, tout comme les milliers de manuscrits, dont certains remontent à l'époque pré islamiques, qui sont conservés par les grandes familles locales.

Dans le communiqué annonçant le classement au Patrimoine mondial en péril, l'Unesco invite les pays voisins du Mali à "tout mettre en oeuvre pour prévenir le trafic d'objets culturels en provenance de ces sites".

L'Union africaine a invité début juin le Conseil de sécurité de l'Onu à autoriser une intervention militaire pour rétablir l'ordre dans le Nord, mais les Etats membres ont réclamé des précisions.

Le Nigeria, le Niger et le Sénégal se sont dits prêts à fournir l'essentiel de la force de 3.300 hommes qui pourrait y être déployée.

Mark John, Jean-Philippe Lefief pour le service français

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  • M3435004 le dimanche 1 juil 2012 à 10:10

    Mais non. Ce sont de vrais croyants. Il faut les comprendre. Ce sont des victimes. Du colonialisme, de l'impérialisme, du capitalisme, des grandes familles locales et de l'arrogance d'un occident impie et matérialiste. Ils ne font que mettre à bas les idoles et les symboles de la réligion dépravée -soufi-. La révolution africaine pour le véritable islam -salafiste- est au bout de la kalachnikov. Nous devrions les aider. Chercher l'erreur !

  • breco le dimanche 1 juil 2012 à 10:06

    Si on ne peux plus détruire tranquillement les mausolées , alors ou allons nous?,peut etre que nous pourrions leur envoyer une tarte à la rhubarbe et leur dire de ne pas recommencer