Des islamistes attaquent un hôtel à Bamako, 27 morts

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ATTAQUE D'UN HÔTEL MEURTRIÈRE PAR DES ISLAMISTES À BAMAKO
ATTAQUE D'UN HÔTEL MEURTRIÈRE PAR DES ISLAMISTES À BAMAKO

par Tiemoko Diallo

BAMAKO (Reuters) - Une prise d'otages dans un grand hôtel de Bamako, la capitale malienne, a fait au moins 27 morts vendredi après l'assaut donné par les forces spéciales pour libérer 170 personnes, dont de nombreux ressortissants étrangers, détenues depuis l'aube par un groupe d'islamistes armés.

L'attaque a été revendiquée sur Twitter par le groupe djihadiste Al Mourabitoune de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, allié à Al Qaïda au Maghreb islamique et notamment connu pour la sanglante prise d'otages d'un complexe gazier dans le Sud algérien en janvier 2013.

La fin de la prise d'otages dans l'hôtel Radisson Blu a été annoncée par des responsables des services de sécurité plus de sept heures après l'irruption des assaillants dans l'établissement. Deux des assaillants sont morts mais une partie du commando continuait à résister aux forces spéciales dans les étages supérieurs de ce bâtiment de sept niveaux, a déclaré le ministère malien de la Sécurité intérieure.

"Les assaillants n'ont plus d'otages. Ils sont retranchés dans les étages supérieurs. Il n'y a plus qu'eux et les forces spéciales maliennes qui essaient de les déloger", a déclaré Amadou Sangho, porte-parole du ministère.

Des casques bleus sur place disent avoir vu 27 corps répartis sur deux étages, a dit à Reuters un représentant de l'Onu ayant requis l'anonymat.

Douze des corps se trouvaient au rez-de-chaussée et les 15 autres au deuxième étage, a-t-il précisé, ajoutant que les forces de l'Onu participent aux recherches.

La télévision publique a diffusé des images de militaires brandissant des fusils d'assaut kalachnikov dans le hall du Radisson Blu. A l'arrière-plan, un corps recouvert d'une couverture marron gisait en bas d'un escalier.

UNE ÉQUIPE DU GIGN ENVOYÉE À BAMAKO

La prise d'otages, une semaine jour pour jour après les attentats de Paris revendiqués par l'organisation Etat islamique (EI), vise un pays en première ligne dans les violences à caractère islamiste, où la France est intervenue en 2013.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré qu'"à [sa] connaissance", aucun Français ne figurait parmi les victimes de l'attaque.

Une équipe du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) est arrivée vendredi soir à Bamako pour "parer à toute éventualité", a ajouté Jean-Yves Le Drian.

D'après le Quai d'Orsay, 7.200 ressortissants français vivent au Mali, dont 6.200 dans la capitale.

Le commando islamiste a fait irruption à 07h00 (07h00 GMT) dans l'hôtel en criant "Allahou Akbar" ("Dieu est grand") et a progressé étage après étage dans l'établissement, prenant en otage 170 personnes - 130 clients et 40 employés, selon le groupe hôtelier Rezidor, qui gère l'établissement.

Au sein des services de sécurité, on indique que le commando comprenait au maximum dix hommes, mais, selon le groupe Rezidor, ils n'auraient été que deux.

Un otage libéré, le chanteur guinéen Sékouba 'Bambino' Diabate, a dit avoir entendu deux hommes parler en anglais alors qu'ils fouillaient la chambre à côté.

"Nous avons entendu des tirs venant de la réception. Je n'ai pas osé sortir de ma chambre parce que j'ai eu le sentiment qu'il ne s'agissait pas de simples pistolets, mais de tirs d'armes militaires", a déclaré le chanteur, joint par téléphone.

"Les assaillants sont entrés dans la chambre à côté de la mienne. Je suis resté tranquille, caché sous le lit, sans faire de bruit", a-t-il raconté. "Je les ai entendus dire en anglais : 'tu l'as chargé?', 'on y va'."

Certains otages ont réussi à s'échapper dans les premières heures de l'attaque. D'autres, en nombre indéterminé, ont été relâchés après avoir montré aux membres du commando qu'ils étaient capables de réciter des versets du Coran, a-t-on appris de source proche des services de sécurité.

"CE N'EST QUE LE COMMENCEMENT"

Douze salariés d'Air France, deux pilotes et dix membres d'équipage, ont été exfiltrés et conduits en lieu sûr, a annoncé la compagnie française, qui a annulé ses vols prévus vendredi entre Paris et Bamako.

Cinq des sept employés de la compagnie aérienne turque Turkish Airlines présents dans l'hôtel ont été libérés, ont fait savoir les autorités turques.

Le Pentagone a annoncé que 22 militaires et employés civils travaillant pour le département américain de la Défense avaient été récupérés.

Selon l'agence de presse Chine nouvelle, trois des dix ressortissants chinois qui étaient à l'intérieur de l'établissement ont été libérés.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a annulé un déplacement au Tchad, ont fait savoir ses services.

En mars dernier, cinq personnes, dont un Français, avaient été tuées dans l'attaque d'un restaurant de Bamako prisé des ressortissants étrangers. L'attaque avait été revendiquée par Al Mourabitoune.

Le même groupe a revendiqué l'attaque sanglante menée en août dernier contre un hôtel de Sévaré, à quelque 600 kilomètres au nord-est de la capitale, qui avait fait 17 morts.

Début septembre, les autorités maliennes ont annoncé avoir démantelé une cellule islamiste à Bamako.

La mort de Mokhtar Belmokhtar a plusieurs fois été annoncée avant d'être démentie, la dernière fois en juin dernier.

Après les attentats de Paris et Saint-Denis, un combattant djihadiste syrien avait déclaré à Reuters : "Ce n'est que le commencement. Nous n'avons pas non plus oublié ce qui s'est passé au Mali. "L'amertume provenant du Mali, l'arrogance des Français ne seront pas du tout oubliées".

(Avec Adama Diarra, Joe Bavier et Ed Cropley à Bamako et le bureau de Paris; Nicolas Delame, Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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  • albertm5 le vendredi 20 nov 2015 à 20:44

    c est des fouteurs