Des "indignés" à Cuba:
La chute du mur de Berlin et l'implosion de l'Union soviétique ont précipité la crise du socialisme cubain. La faillite du modèle économique s'est doublée d'un marasme idéologique, qui favorise l'émergence d'attitudes hétérodoxes, voire de nouvelles utopies.
La jeunesse cubaine ne partage plus les idées des générations précédentes. La pensée unique du castrisme a débouché sur un dédoublement langagier. A côté de la double monnaie en circulation et de la double morale destinée à tromper le régime, il y a désormais deux langues différentes dans l'île. Bien sûr, tous parlent l'espagnol aux accents caribéens, mais jeunes et vieux n'emploient pas les mêmes mots ni les mêmes concepts. La nouvelle génération n'a que faire des précautions oratoires et de la langue de bois. Et quand il lui arrive de reprendre la notion de révolution, c'est pour procéder à une resignification.
Contester à Cuba, la passionnante thèse de doctorat de Marie-Laure Geoffray, s'attache à analyser la trajectoire de trois collectifs indépendants de jeunes artistes et intellectuels : les rappeurs, Omni Zona Franca et la Chaire Haydée Santamaria. Par leurs paroles, spectacles, performances, expositions, happenings, colloques, écrits, manifestations et insertion dans des quartiers populaires, ils sont parvenus à élargir les espaces de liberté, négociant ou biaisant avec les institutions et la répression.
Dans un premier moment, ils se situaient aux marges des activités culturelles ou universitaires, tout en cherchant un impact social. Ensuite, l'apparition des nouvelles technologies de communication et le surgissement d'une blogosphère critique, distincte de la dissidence traditionnelle, ont modifié la donne. Malgré le blocage d'Internet par La Havane, cela a provoqué une politisation des collectifs.
Ainsi, la Chaire Haydée Santamaria (sans lien avec l'université) a suscité ...
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