Des épargnants français victimes de la hausse du franc suisse

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Crédit agricole et BNP Paribas ont vendu des prêts immobiliers indexés sur la devise helvétique. Avec la hausse des cours, des centaines de particuliers se retrouvent floués.

La hausse du franc suisse ne pénalise pas seulement les habitants de la confédération helvétique. Elle fait aussi des ravages parmi les clients des banques. L'Association française des usagers des banques (Afub) a déjà reçu près de cent cinquante plaintes de particuliers ayant souscrit des prêts immobiliers indexés sur la devise suisse. «Mais d'après nos estimations, quinze mille personnes au minimum seraient concernées sur toute la France», évalue Serge Maître, délégué général de l'association. Des produits financiers intéressants de prime abord, mais qui se sont révélés extrêmement coûteux depuis l'envolée du franc.

La quasi totalité des prêts dont l'Afub a pris connaissance ont été contractés en 2008 ou 2009 auprès du Crédit agricole et de BNP Paribas. Dans un tiers des cas, ces emprunts visaient à financer l'achat d'une résidence principale, les autres ayant été souscrits dans le cadre d'un investissement locatif. «C'est BNP Paribas qui s'est montrée la plus offensive. 70% des prêts que nous avons étudiés ont d'ailleurs été contractés auprès d'elle. Ces banques faisaient miroiter à leurs clients des taux plus intéressants, tout en leur assurant que le franc demeurerait stable», explique Serge Maître.

Une loi en Hongrie

Cette analyse s'est avérée erronée. Valeur refuge dans la crise, le franc suisse s'est apprécié de près de 25% entre le début du mois de janvier et la fin de l'été, engendrant un surcoût de même ampleur pour les souscripteurs. Avec des sommes empruntées de l'ordre de 200.000 euros à 300.000 euros, l'écart s'avère non négligeable.

Si les mensualités n'ont pas varié, la durée des prêts comme la somme restant à rembourser ont drastiquement grimpé. Sur un forum, un client de BNP Paribas se plaint par exemple d'avoir vu son capital restant dû passer de 133.000 euros à 162.000 euros en l'espace d'un an et demi.

Des solutions semblent cependant envisageables au cas par cas. «Pour trois dossiers, les banques ont accepté de passer un accord avec leur client. Ceux-ci ont pu échanger leur prêt indexé sur le franc contre un prêt en euros. Mais tout l'enjeu des négociations est de savoir qui prend en charge le surcoût lié à la hausse de la devise suisse. Les banques ont parfois accepté d'en prendre la moitié à leur charge», précise Serge Maître.

En Hongrie, où le phénomène a pris une autre ampleur - les deux tiers des prêts y sont actuellement libellés en franc suisse -, le gouvernement a pris des mesures radicales. Une loi récemment votée contraint les banques à échanger ces prêts contre des prêts en forints, à un taux fixe préférentiel de 25% inférieur au taux actuel du marché. Pour les banques, cette mesure aura un coût. Les établissements autrichiens, très implantés en Hongrie, pourraient notamment y perdre de l'ordre de 6 milliards d'euros. Furieux, le secteur a saisi la cour constitutionnelle hongroise, sans succès. Mais l'Union européenne pourrait déclarer le mécanisme illégal.

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  • norber44 le mercredi 5 oct 2011 à 22:01

    Au credit de BNP Paribas ils ont absolument refusé de me faire un credit en CHF pour du locatif alors que je travaille en Suisse... Désolé pour les épargnants qui ont enregistré des pertes, mais pourquoi ont-ils signés alors?

  • gepadtun le mercredi 5 oct 2011 à 20:02

    Je spécule sur le change. Si ça marche, je suis un winner et je me gausse des timorés. Si je perds, j'ai été trompé et spolié par la faute de ma banque et j'exige que la collectivité rembourse ma c0nnerie.

  • hamelito le mercredi 5 oct 2011 à 17:50

    l'appât du gain . Ce qui leur arrive avait déjà eu lieu il y a 25 à 30 ans avec une banque flamande rachetée depuis par AXA: ANHYP. Cette banque avait créé une oficine à Versailles qui proposait des prêts en CHF profitant des taux bas suisses et d'une parité correcte FF/CHF et les pigeons étaient des chefs d'entreprise grosses PME ou gros patrimoines... Les particuliers sont coupables au même titre que les collectivités, lesquelles ont souvent opté à la suite d'un appel d'offres.