Des entreprises européennes dans la ligne de mire des activistes

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DES ENTREPRISES EUROPÉENNES DANS LA LIGNE DE MIRE DES ACTIVISTES
DES ENTREPRISES EUROPÉENNES DANS LA LIGNE DE MIRE DES ACTIVISTES

par Blaise Robinson

PARIS (Reuters) - Les fonds activistes s'impatientent face à l'accumulation d'importants trésors de guerre de la part de groupes européens qui ne définissent pas pour autant de stratégies claires pour utiliser ces abondantes liquidités.

Les activistes, qui ont pour habitude de prendre des participations avant de réclamer des changements de management, de stratégie ou d'allocation du capital, sortent de plus en plus de leur silence en Europe pour réclamer des entreprises qu'elles se restructurent et qu'elles augmentent les dividendes versés aux actionnaires.

"Les actionnaires sont de plus en plus frustrés envers certaines équipes dirigeantes et réclament des changements", explique Joseph Oughourlian, le co-fondateur et directeur général du fonds britannique Amber Capital qui gère 1,5 milliard de dollars d'actifs.

"Les dirigeants ne peuvent plus se contenter de justifier la sous-performance de leurs cours de Bourse par l'environnement de marasme économique."

Le fonds Amber Capital, qui voit dans le remaniement des états-majors un bon moyen de redresser la performance des entreprises, a été l'an dernier à la manoeuvre pour exiger des changements au sein des équipes du fabricant de câbles Nexans, après deux années de sous-performance boursière face à son grand rival italien Prysmian.

Mi-février, Arnaud Poupart-Lafarge, le nouveau directeur général de Nexans, a indiqué que le groupe s'était fixé comme objectif de poursuivre sa transformation et ses réductions de coûts pour redresser durablement sa rentabilité.

Amber Capital fait partie de la douzaine de grands fonds activistes européens parmi lesquels on compte également GO Investment Partners, Cevian Capital, Elliott Associates ou encore Knight Vinke.

D'IMPORTANTES RÉSERVES DE TRÉSORERIE

Les fonds s'attaquent aussi aux entreprises européennes dont les bilans regorgent d'importantes trésoreries et qui ont taillé dans leurs investissements dans le contexte de marasme économique. Ils leur demandent de procéder à des rachats d'actions et d'augmenter les dividendes.

Selon les données Thomson Reuters, les entreprises de la zone euro disposent de quelque 1.400 milliards d'euros de trésorerie. Si on exclut le secteur bancaire, on estime à environ 900 milliards d'euros leur trésor de guerre.

Volkswagen, Siemens, Airbus et Telefonica font partie des entreprises ayant les plus importantes réserves, d'après Thomson Reuters.

Les analystes d'UBS estiment par exemple qu'Airbus, qui a augmenté le mois dernier son dividende, pourrait potentiellement reverser à ses actionnaires entre 4 et 5 milliards d'euros supplémentaires.

Les entreprises européennes commencent tout juste à reverser du cash à leurs actionnaires, emboîtant ainsi le pas à leurs homologues américaines qui ont reversé à leurs actionnaires 2.000 milliards de dollars entre 2009 et 2014 par l'intermédiaire de rachat d'actions.

"Il y a beaucoup d'argent dans les bilans en Europe. Si les entreprises rechignent à faire travailler cet argent, elles prennent alors le risque de devoir affronter des activistes leur demandant de lancer des programmes de rachat d'actions", souligne Ricardo Designori, analyste chez Brown Editore à Milan.

"Il y a aussi un gros potentiel de restructuration et de fusions et les fonds activistes commencent à faire bouger les choses et à accélérer les processus."

UN THÈME D'INVESTISSEMENT

En début d'année, l'activiste et milliardaire Bill Ackman a dit à Bloomberg TV qu'il envisageait d'investir dans le numéro un britannique de la grande distribution Tesco qui bataille pour enrayer la baisse de ses bénéfices.

Sous la pression du fonds suédois Cevian Capital, le groupe allemand d'ingénierie Bilfinger, qui est engagé dans un plan de recentrage de ses activités, a annoncé le mois dernier un dividende plus élevé que prévu.

"Les activistes comme nous travaillent à améliorer la compétitivité à long terme des entreprises", estime Harlan Zimmerman, associé senior de Cevian Capital.

En raison de la fragmentation de la structure actionariale au cours des vingt dernières années, beaucoup d'entreprises ne bénéficient plus d'un socle d'actionnaires solide lorsque des décisions stratégiques doivent être prises.

"Les activités comblent ce vide", observe Harlan Zimmerman.

Mais cet activisme n'est toutefois pas du goût de tous les managements. Le président de ThysssenKrupp, dont Cevian détient 15% du capital, a récemment reproché aux activistes d'avoir les yeux rivés sur les cours de Bourse au détriment de la valeur à long terme.

Pour autant, les encours gérés par les fonds a

par Blaise Robinson

PARIS (Reuters) - Les fonds activistes s'impatientent face à l'accumulation d'importants trésors de guerre de la part de groupes européens qui ne définissent pas pour autant de stratégies claires pour utiliser ces abondantes liquidités.

Les activistes, qui ont pour habitude de prendre des participations avant de réclamer des changements de management, de stratégie ou d'allocation du capital, sortent de plus en plus de leur silence en Europe pour réclamer des entreprises qu'elles se restructurent et qu'elles augmentent les dividendes versés aux actionnaires.

"Les actionnaires sont de plus en plus frustrés envers certaines équipes dirigeantes et réclament des changements", explique Joseph Oughourlian, le co-fondateur et directeur général du fonds britannique Amber Capital qui gère 1,5 milliard de dollars d'actifs.

"Les dirigeants ne peuvent plus se contenter de justifier la sous-performance de leurs cours de Bourse par l'environnement de marasme économique."

Le fonds Amber Capital, qui voit dans le remaniement des états-majors un bon moyen de redresser la performance des entreprises, a été l'an dernier à la manoeuvre pour exiger des changements au sein des équipes du fabricant de câbles Nexans, après deux années de sous-performance boursière face à son grand rival italien Prysmian.

Mi-février, Arnaud Poupart-Lafarge, le nouveau directeur général de Nexans, a indiqué que le groupe s'était fixé comme objectif de poursuivre sa transformation et ses réductions de coûts pour redresser durablement sa rentabilité.

Amber Capital fait partie de la douzaine de grands fonds activistes européens parmi lesquels on compte également GO Investment Partners, Cevian Capital, Elliott Associates ou encore Knight Vinke.

D'IMPORTANTES RÉSERVES DE TRÉSORERIE

Les fonds s'attaquent aussi aux entreprises européennes dont les bilans regorgent d'importantes trésoreries et qui ont taillé dans leurs investissements dans le contexte de marasme économique. Ils leur demandent de procéder à des rachats d'actions et d'augmenter les dividendes.

Selon les données Thomson Reuters, les entreprises de la zone euro disposent de quelque 1.400 milliards d'euros de trésorerie. Si on exclut le secteur bancaire, on estime à environ 900 milliards d'euros leur trésor de guerre.

Volkswagen, Siemens, Airbus et Telefonica font partie des entreprises ayant les plus importantes réserves, d'après Thomson Reuters.

Les analystes d'UBS estiment par exemple qu'Airbus, qui a augmenté le mois dernier son dividende, pourrait potentiellement reverser à ses actionnaires entre 4 et 5 milliards d'euros supplémentaires.

Les entreprises européennes commencent tout juste à reverser du cash à leurs actionnaires, emboîtant ainsi le pas à leurs homologues américaines qui ont reversé à leurs actionnaires 2.000 milliards de dollars entre 2009 et 2014 par l'intermédiaire de rachat d'actions.

"Il y a beaucoup d'argent dans les bilans en Europe. Si les entreprises rechignent à faire travailler cet argent, elles prennent alors le risque de devoir affronter des activistes leur demandant de lancer des programmes de rachat d'actions", souligne Ricardo Designori, analyste chez Brown Editore à Milan.

"Il y a aussi un gros potentiel de restructuration et de fusions et les fonds activistes commencent à faire bouger les choses et à accélérer les processus."

UN THÈME D'INVESTISSEMENT

En début d'année, l'activiste et milliardaire Bill Ackman a dit à Bloomberg TV qu'il envisageait d'investir dans le numéro un britannique de la grande distribution Tesco qui bataille pour enrayer la baisse de ses bénéfices.

Sous la pression du fonds suédois Cevian Capital, le groupe allemand d'ingénierie Bilfinger, qui est engagé dans un plan de recentrage de ses activités, a annoncé le mois dernier un dividende plus élevé que prévu.

"Les activistes comme nous travaillent à améliorer la compétitivité à long terme des entreprises", estime Harlan Zimmerman, associé senior de Cevian Capital.

En raison de la fragmentation de la structure actionariale au cours des vingt dernières années, beaucoup d'entreprises ne bénéficient plus d'un socle d'actionnaires solide lorsque des décisions stratégiques doivent être prises.

"Les activités comblent ce vide", observe Harlan Zimmerman.

Mais cet activisme n'est toutefois pas du goût de tous les managements. Le président de ThysssenKrupp, dont Cevian détient 15% du capital, a récemment reproché aux activistes d'avoir les yeux rivés sur les cours de Bourse au détriment de la valeur à long terme.

Pour autant, les encours gérés par les fonds activistes ont été multipliés par six au cours des dix dernières années et atteignent maintenant 120 milliards de dollars, selon l'Alternative Investment Management Association.

"Ces fonds ont très bien performé en tant que classe d'actifs, ce qui a conduit à des flux de capitaux plus élevés et une plus grande puissance de feu", souligne Pierre Hudry, co-directeur de la banque d'affaires de Goldman Sachs pour la France, la Belgique et le Luxembourg. Selon lui, les fonds devraient ainsi accroître cette année la pression sur les entreprises européennes.

(Avec Leigh Thomas, Matthieu Protard pour la version française, édité par Jean-Michel Bélot)

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  • uran le lundi 9 mar 2015 à 20:11

    Les activistes ont généralement besoin du soutien des petits porteurs, mais ceux-ci se font généralement avoir. Ils agissent comme les sauterelles. Ils s'abattent sur une société, empochent des dividendes, revendent juste après la hausse et avant la baisse et vont recommencer ailleurs. A méditer.Les entreprises en pleine restructuration ont généralement besoin de cet excès de cash pour les aider à passer une période difficile.