Des enquêteurs français de la tuerie d'Annecy à Londres

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OUVERTURE D'UNE INFORMATION JUDICIAIRE SUR LA TUERIE D'ANNECY
OUVERTURE D'UNE INFORMATION JUDICIAIRE SUR LA TUERIE D'ANNECY

par Catherine Lagrange

ANNECY, Haute-Savoie (Reuters) - L'enquête sur un quadruple meurtre commis mercredi près d'Annecy (Haute-Savoie) s'est étendue vendredi au Royaume-Uni, où des gendarmes devaient arriver à Londres avant la fin de la journée pour recueillir des éléments sur la famille de Saad al Hilli.

Quatre enquêteurs devront notamment vérifier la piste d'un différend familial financier entre le père de famille et son ou un de ses frères, qui s'est présenté spontanément à la police britannique, a déclaré le procureur Eric Maillaud.

Le témoignage de la plus jeune des deux fillettes rescapées a seulement permis de confirmer l'identification de deux des victimes, un Britannique de 50 ans né à Bagdad, Saad al Hilli, et son épouse, qui a le même âge.

Un doute subsiste toujours sur l'identité d'une femme plus âgée, de nationalité suédoise, retrouvée morte dans la voiture du couple et qui pourrait être une grand-mère ou une tante.

Le dernier mort est un cycliste français qui semble avoir été tué parce qu'il passait sur la scène du crime par hasard.

Une information judiciaire confiée à deux juges d'instruction d'Annecy a été ouverte par le procureur pour assassinats et tentative d'assassinats.

Un des deux enfants qui ont survécu au massacre, une fillette de quatre ans découverte indemne après avoir passé huit heures sous le cadavre de sa mère dans la voiture, a été interrogée par les gendarmes avec un traducteur britannique.

Elle a délivré un récit "poignant" mais n'a pas pu livrer d'élément véritablement utile à l'enquête, a dit le procureur. "Elle a tout entendu, mais elle n'a rien vu".

"LITIGE SUR FOND D'ARGENT"

Toutes les pistes sont examinées et les gendarmes vont s'attacher à vérifier la nature d'un différend "d'origine financière" entre Saad al Hilli et son frère, a ajouté Eric Maillaud.

"Nous avons reçu de la part des autorités britanniques l'information selon laquelle il y avait un litige sur fond d'argent entre deux frères de cette famille", a-t-il dit à Reuters.

Lors d'une conférence de presse, le magistrat a par la suite invité à la prudence : "Ce n'est pas parce qu'il y a un litige entre deux frères qu'il est le suspect N°1".

Le frère de Saad al Hilli s'est présenté spontanément à la police britannique et les gendarmes français vont prendre connaissance de ses déclarations, avant de demander le cas échéant à l'entendre comme témoin.

Les quatre personnes retrouvées mortes par un cycliste dans et près d'une voiture sur un parking isolé au bout de la route forestière de la Combe d'Ire, sur les hauteurs du lac d'Annecy, ont été atteintes de balles dans la tête.

Elles ont reçu chacune "au moins une balle dans la tête", a souligné Eric Maillaud, qui a néanmoins refusé de parler d'exécution, même si le ou les assassins "voulaient tuer de manière certaine".

Le magistrat s'est refusé à donner le moindre élément sur le type de pistolet automatique utilisé, invoquant le secret de l'enquête. Selon lui, il sera très difficile, voire impossible de savoir dans quel ordre les quatre personnes ont été tuées.

Vingt-cinq douilles, et non quinze comme l'avaient dit initialement les enquêteurs, ont été retrouvées sur les lieux.

La fillette de quatre ans cachée sous les jupes de sa mère et que les enquêteurs n'ont retrouvée que huit heures après les meurtres, n'a peut-être pas été vue par l'assassin.

La seconde, âgée de sept ans, a été blessée par un tir à l'épaule et son agresseur l'a sauvagement frappée à la tête. Prié de dire pourquoi elle n'a pas été achevée par balle comme les adultes, Eric Maillaud n'a pas exclu un manque de munitions.

La scène du crime a été ouverte vendredi aux journalistes après le passage d'une voiture balayeuse.

Le petit parking, où ne peuvent prendre place qu'une demi-douzaine de voitures, est situé au bout d'une petite route fermée par une barrière. On peut voir dans le talus les profondes traces laissées par les pneus arrière de la voiture, comme si le conducteur avait tenté de faire demi-tour.

Saad al Hilli est un Britannique d'origine irakienne qui résidait en Grande-Bretagne et travaillait comme ingénieur pour Surrey Satellite Technology (SSTL), une entreprise de satellites basée dans le Surrey, près de son domicile au sud de Londres devant lequel de nombreuses personnes ont déposé des fleurs.

"Je suis profondément choqué", a dit dans un communiqué Matt Perkins, l'un des responsables de SSTL, en décrivant un grand professionnel qui comptait beaucoup d'amis dans la société.

Interrogé sur une possible piste terroriste, Eric Maillaud a répondu que le père de famille était "totalement inconnu de tous les services spécialisés français et britanniques".

Les Hilli, qui aimaient la région d'Annecy, étaient déjà venus dans le passé dans le même camping où ils étaient arrivés il y a quelques jours avec une caravane.

La fillette de sept ans survivante était toujours plongée dans le coma vendredi mais ses jours ne sont plus en danger. Le procureur a dit qu'il pensait confier sa petite soeur à un membre de la famille.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a estimé qu'aucune faute n'avait été commise même si les gendarmes ont mis huit heures pour découvrir cette dernière prostrée dans la voiture.

La gendarmerie explique ne pas l'avoir vu pendant que la scène du crime était "gelée" dans l'attente des experts de police scientifique. Le ministre écarte tout problème.

"Je ne participerai pas de ce type de polémique inutile ou injustifiée. Il faut (que les enquêteurs et experts - NDLR) poursuivent leur travail et je pense qu'il n'y a eu aucune faute", a-t-il dit vendredi sur RTL.

Avec Antony Paone, Nicolas Bertin, Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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