Des élus locaux tentent de repeupler les déserts médicaux

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par Mourad Guichard

ORLEANS (Reuters) - Confrontées à une désertification médicale qui touche désormais aussi les grandes agglomérations, et plus seulement les zones rurales, des collectivités locales françaises tentent par tous les moyens d'attirer les médecins libéraux.

Avec 0,85 médecin généraliste libéral pour 1.000 habitants, contre 1,11 au niveau national (contre 3,06 pour tous les médecins, toutes disciplines confondues, selon leur Ordre national), le Centre est la région la plus mal lotie de France.

Les études réalisées par la Direction de la recherche des études, de l'évaluation et des statistiques (DRESS) indiquent que cette situation pourrait s'aggraver d'ici 2030.

Le Parlement français a supprimé en juillet 2011 les mesures contraignantes visant à lutter contre les déserts médicaux.

Plusieurs facteurs, dont le vieillissement de la population, la féminisation des professions médicales et la préférence pour le salariat au détriment du libéral sont mis en cause par différentes enquêtes menées par la région Centre.

"A l'évidence, les modalités de mise en oeuvre du numerus clausus et le principe de la totale liberté dans l'installation ont conduit à une situation aujourd'hui inacceptable", estime François Bonneau, président socialiste de l'exécutif régional.

"Notre région est déterminée à actionner tous les leviers permettant de faire face à cette situation."

La région Centre vient ainsi de se doter d'un Plan urgence santé. Il a pour ambition de fixer la densité médicale à 1 médecin généraliste libéral pour 1.000 habitants, notamment par le co-financement d'une centaine de maisons de santé pluridisciplinaires, par l'instauration de bourses étudiantes et le financement d'une résidence pour internes.

LES AGGLOMÉRATIONS NE SONT PAS ÉPARGNÉES

Si des territoires ruraux comme le Berry sont particulièrement touchés par cette désertification, le phénomène atteint désormais les grandes agglomérations.

"Notre ville compte onze médecins libéraux pour 20.000 habitants et si nous ne faisons rien, c'est plus de la moitié d'entre eux qui pourraient partir en retraite d'ici cinq ans sans être forcément renouvelés", explique Philippe Belouet, premier adjoint au maire d'Olivet (Loiret).

Dans cette commune aisée, limitrophe d'Orléans, les élus multiplient les rencontres "pour tenter de trouver les clefs permettant d'attirer les jeunes médecins".

"Ils veulent exercer à plusieurs afin d'éviter les horaires démentiels", rapporte Philippe Belouet. "Ils préfèrent, dans un premier temps, la location d'un cabinet pour ne pas s'endetter."

L'élu, qui tente de recenser les étudiants en médecine de sa commune, se dit opposé à des mesures législatives.

"Je trouverais dommage d'obliger les jeunes médecins à un lieu d'installation. Pour améliorer la situation, il y a sans doute à voir au niveau du numerus clausus", dit-il.

Philippe Belouet juge également "inopérantes" les incitations financières directes.

"Dans une commune voisine, on proposait 68.000 euros pour toute installation. Résultat, les trois quarts d'entre eux avaient quitté le territoire au bout de deux ans".

En juillet 2011, le Parlement français avait supprimé les mesures contraignantes visant à lutter contre les déserts médicaux dans la loi hôpital, patients, santé et territoire (HPST), qui prévoyait initialement une amende de 3.000 euros pour les médecins qui, installés en zone surmédicalisée, refuseraient d'aider des confrères des zones sous-médicalisées.

Le président de la CSMF, principal syndicat de médecins libéraux, Michel Chassang, avait salué cette décision, estimant que la loi HPST était "dangereuse pour l'exercice libéral" et que plusieurs de ses mesures étaient "vexatoires".

La gauche avait voté contre l'affadissement du texte, dénonçant une attitude "électoraliste et corporatiste", la majorité cherchant selon elle à reconquérir le vote des médecins libéraux avant la présidentielle.

En 2011, les deux régions les mieux dotées médicalement étaient Provence-Alpes-Côte d'Azur et Ile-de-France avec, respectivement, 3,70 et 3,66 praticiens pour 1.000 habitants, contre 2,42 pour la région Centre et 2,39 pour la Picardie, dernière du tableau.

Edité par Yves Clarisse

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