Des cartes Visa et MasterCard vendues chez les buralistes

le
0
Si les deux réseaux mettent en avant la fonction sociale des ces nouveaux moyens de paiement, leur utilisation ne va pas sans poser quelques questions, notamment en ce qui concerne le blanchiment d'argent.

Acheter une carte de paiement internationale dans un bureau de tabac ou une station service est désormais possible. Ces moyens de paiement estampillés Visa ou MasterCard, et déconnectés de tout compte bancaire sont les derniers nés parmi les cartes prépayées. Ces cartes fonctionnent sur le même principe que les cartes téléphoniques ou Moneo. Concrètement il s'agit d'acheter un support plastique, facturé entre 7 et 15 euros, et de le recharger en payant en espèce, par chèque, virement internet ou carte bancaire. Une commission allant de 2 à 7% du montant crédité sur la carte est en outre prélevée lors du chargement. si aucun justificatif d'identité n'est nécessaire, la somme que l'on peut créditer est plafonnée à 1000 euros pour les cartes actuellement en service; le plafond est poussé à 6000 euros pour des cartes dites «premium» sur présentation de pièces d'identité. Une fois la somme épuisée, le propriétaire de la carte peut la créditer à nouveau et la durée de vie du support varie de deux à trois ans.

Risques de blanchiment

Pour activer la carte, il suffit d'adresser sa référence par SMS. Elle peut ensuite être utilisée pour retirer de l'argent dans les distributeurs, payer chez les commerçants ou sur Internet ou encore transférer des sommes en cédant tout simplement le support crédité à une autre personne... et ceci partout dans le monde. des facilités qui ne sont pas au goût de tout le monde et notamment des banques. «Rien n'empêche d'utiliser ces cartes de manière illicite, d'autant plus qu'aucun contrôle n'est effectué en dessous d'un montant de 1000 euros», prévient Bernard Dutreuil, directeur système et moyen de paiement à la Fédération bancaire française (FBF). L'Autorité de contrôle prudentielle (ACP) de la Banque de France, chargée de délivrer les agréments se veut rassurante. «Le risque de blanchiment est faible. Les textes prévoient qu'on ne peut faire plus de 2500 euros d'opérations par année civile avec les cartes rechargeables classiques», affirme l'ACP qui reconnaît cependant que rien n'empêche d'acheter plusieurs cartes.

Très chères cartes

Banques et associations mettent un autre bémol. Dans leur argumentaire, les réseaux MasterCard et Visa présentent les nouvelles cartes comme un moyen alternatif de paiement destinés en priotité à une clientèle fragile financièrement. «Notre cible prioritaire, ce sont les personnes interdit bancaire, et celles à qui la banque a retiré leur carte bancaire», explique Emmanuel Robert, directeur marketing chez Visa. «Plutôt que de transporter de l'argent liquide, elles peuvent placer des sommes sur une carte sécurisée par une puce électronique et un code secret». Chez MasterCard on précise également que l'utilisation de ces cartes peut aider à maîtriser son budget en évitant les découverts, la carte ne fonctionnant plus quand le crédit est épuisé. Une vocation sociale sur laquelle Serge Maître , secrétaire général de l'Association française des usagers de banques (AFUB) a quelques doutes. «Il faut payer la carte, puis une commission sur la recharge ce qui rend le produit trop cher pour être utile socialement. C'est également cher payé par rapport à la technologie déployée et au coût de fabrication d'une carte de paiement». A la FBF, bernard Dutreuil souligne de son côté que les consommateurs fragiles peuvent bénéficier de conditions préférentielles auprès des banques, dont les tarifs sont très inférieurs à ceux pratiqués par les émetteurs de cartes prépayées.

Un échec à la Moneo?

Serge Maître leur reconnaît néanmoins quelques avantages. Elles peuvent selon lui séduire les personnes qui ne souhaitent pas avoir de compte bancaire. il estime également qu'elles peuvent s'avérer utiles pour permettre aux personnes qui rechignet à laisser leurs coordonnées bancaires sur Internet, d'acheter en ligne. Le secrétaire général de l'Afub convient aussi, comme l'avancent Visa et MasterCard, que le produit est sécurisant pour les vacances, notamment à l'étranger. Il suffit alors de placer l'argent nécessaire au sur la carte prépayée et ainsi de ne pas emporter ses moyens de paiement habituels.

L'ouverture à la concurrence des jeux en ligne n'ayant pas engendré en France l'engouement espéré, Serge Maître ne croit pas que les paris seront un débouché suffisant pour assurer le succès des cartes de paiement prépayées: «au final, ce que l'on peut attendre de ces cartes, c'est soit un échec similaire à celui de Moneo qui n'a pas convaincu , soit une stimulation de la concurrence. Les établissements bancaires disposent en effet déjà de ce type de cartes prépayées ; Les nouvelles offres les pousseront peut-être à baisser leurs tarifs pour les rendre plus attractifs». MasterCard évalue quant à lui le marché français à 20 millions de clients potentiels.

Les nouvelles cartes prépayées sont prévues par une directive européenne qui ouvre et encadre l'arrivée de nouveaux moyens de paiement dans les différents pays de la zone euro. L'autorité prudentielle de la Banque de France est chargée de délivrer en France les agréments aux établissements venant d'un pays hors de l'union européenne et qui souhaite émettre des cartes en France. Deux établissements proposent des cartes prépayées depuis début 2011. Le premier a déjà pu tester son produit en Corse à a fin de l'année 2010. Il s'agit de la société Créacard et de sa carte PCS MasterCard. Une seconde carte, qui porte aussi le logo MasterCard, est émise par Central Telecom : la carte Toneo First MasterCard. Le réseau Visa doit lancer prochainement d'autres offres.

LIRE AUSSI :

» La carte Moneo prend son envol

» Moneo vendu à un fonds d'investissement

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant