Des achats d'actions par la BCE et la BoJ jugés crédibles

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    par Jamie McGeever 
    LONDRES, 11 mai (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) et la Banque du Japon (BoJ) pourraient bientôt consacrer à 
des achats d'actions des montants comparables à ceux alloués aux 
obligations si les moyens déjà déployés pour tenter de relancer 
la croissance et l'inflation continuent de décevoir. 
    La BoJ achète déjà des actions sur les marchés mais pour des 
montants limités; à la BCE, le vice-président, Vitor Constancio, 
interrogé cette semaine sur l'éventualité d'étendre la politique 
d'achats de titres aux marchés actions, a simplement répondu 
qu'aucune nouvelle mesure ne serait adoptée dans l'immédiat.  
    Une extension aux actions de la stratégie actuelle 
d'assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) ne 
ferait que confirmer que les politiques monétaires 
conventionnelles ne sont plus de mise et que même les mesures 
extraordinaires semblent avoir atteint leurs limites.  
    Le débat sur la prolongation de la politique actuelle s'est 
focalisé ces dernières semaines sur la "monnaie hélicoptère", 
c'est-à-dire la distribution de liquidités aux consommateurs, 
mais cette "arme nucléaire" de la politique monétaire est pour 
l'instant écartée, tout comme le financement direct des Etats.  
    Les professionnels de l'investissement estiment donc que, 
l'inflation restant très éloignée des objectifs, des achats 
d'actions à grande échelle constituent désormais un recours 
crédible.  
     
    UNE POLITIQUE RISQUÉE  
    Les critiques de cette option soulignent qu'elle exposerait 
les banques centrales à un risque excessif de dépréciation de 
leurs actifs et qu'elle ne serait pas très éloignée d'une 
politique de nationalisations. 
    Mais pour Joachim Fels, directeur exécutif du géant de la 
gestion obligataire Pimco, la BCE pourrait bien y recourir avant 
la fin de l'année. 
    "Des achats d'actions en Europe permettraient de soutenir le 
sentiment de marché et les cours, tout comme l'annonce par la 
BCE en mars d'achats d'obligations d'entreprise a conduit à un 
effondrement des spreads de crédit", dit-il. 
    La BCE et la BoJ sont devenues ces dernières années des 
acteurs de premier plan des marchés obligataires, comme en 
atteste le fait que la majeure partie des 8.000 milliards de 
dollars (7.000 milliards d'euros) d'obligations affichant des 
rendements négatifs sont libellées en euro ou en yen. 
    Une fois mis en oeuvre la totalité du plan d'achats 
d'obligations annoncé, la BCE pourrait détenir à elle seule 
jusqu'à 25% de l'encours d'emprunts d'Etat de la zone euro.  
    Mais ces programmes massifs, conjugués à des taux directeurs 
historiquement bas, n'ont pas empêché l'euro et le yen de 
s'apprécier face au dollar depuis le début de l'année, ni permis 
de rapprocher l'inflation de l'objectif du taux proche de 2% 
visé par les banques centrales, au risque de saper leur 
crédibilité. La Commission européenne a ainsi abaissé la semaine 
dernière sa prévision d'inflation 2016 à 0,2%.  
     
    LA BOJ EN ÉCLAIREUR EN JUIN OU JUILLET ? 
    De nouvelles mesures de soutien sont donc probables et les 
achats actions apparaissent comme un instrument facile à mettre 
en oeuvre, d'autant que, si l'on se réfère à l'impact positif 
des achats d'obligations sur les coûts des financement, on peut 
en attendre un effet appréciable.  
    Pour éviter de déséquilibrer les marchés concernés, de tels 
achats seraient sans doute réalisés par le biais de fonds 
indiciels (ETF).  
    Ceux-ci disposant d'un potentiel d'achats d'environ 6.000 
milliards d'euros sur les marchés actions en Europe, la 
liquidité ne serait pas un problème, note Nikolaos 
Panigirtzoglou chez JPMorgan.  
    Pour Joseph Gagnon, du Peterson Institute for International 
Economics à Washington et ancien économiste de la Réserve 
fédérale, la BoJ a besoin "d'initiatives audacieuses plutôt que 
d'une paralysie prolongée", ce qui pourrait la conduire à porter 
la part des actions à 10% du montant total de ses avoirs, soit 
environ 50.000 milliards de yens, contre 0,5% aujourd'hui.  
    Ce choix, a-t-il expliqué récemment sur un blog, 
contribuerait à "faire monter les cours des actions et à 
encourager la consommation et l'investissement par le biais de 
l'enrichissement des ménages et de la baisse du coût du 
capital".  
    Une initiative d'une telle ampleur ne semblant pas imminente 
en Europe, Tokyo pourrait jouer le rôle d'éclaireur.  
    "Si la BoJ augmente son plan d'achats d'ETF en juin ou en 
juillet, cela pourrait servir de déclencheur pour que la BCE 
étudie cela de près", dit Nikolaos Panigirtzoglou. 
    Des achats d'actions auraient aussi pour effet indirect de 
favoriser les banques, dont les résultats ont souffert ces 
derniers mois des taux bas ou négatifs et des turbulences sur 
les marchés.  
     
 
 (avec Vikram Subhedar; Marc Angrand pour le service français) 
 
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