Dernier meeting, dernier bain de foule pour Nicolas Sarkozy

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Dernier meeting, dernier bain de foule pour Nicolas Sarkozy
Dernier meeting, dernier bain de foule pour Nicolas Sarkozy

par Emmanuel Jarry

LES-SABLES-D'OLONNE, Vendée (Reuters) - Nicolas Sarkozy a tenu vendredi en Vendée son dernier meeting et pris son dernier bain de foule de la campagne présidentielle dans un climat déjà empreint de nostalgie, avant une ultime émission de télévision pour tenter de forcer le destin.

A l'avant-veille du scrutin, les sondages continuent de prédire une large victoire du socialiste, François Hollande, même si l'écart se resserre, et pour nombre de participants, le meeting aux Sables-d'Olonne a un goût d'adieux à leur champion.

Marine, étudiante de 21 ans, est venue soutenir le président sortant "jusqu'au bout". "Les sondages sont très mauvais et M. Hollande est un très bon candidat", admet-elle cependant. "J'y crois pour la forme mais c'est quand même mal parti."

D'autres se disent très déçus des déclarations du président du MoDem, François Bayrou, qui a annoncé qu'il voterait pour le candidat socialiste, et inquiets de l'effet de cette annonce.

Mais dehors, Nicolas Sarkozy demande à des journalistes d'"imaginer la colère des électeurs de François Bayrou" - "Il a suffi d'ailleurs qu'il fasse ses déclarations pour que les écarts se resserrent. Alors, qu'il continue !" dit-il.

Dans le palais des congrès, en vedette américaine, le sénateur centriste Jean Arthuis déclenche des huées et des sifflets quand il avoue avoir voté François Bayrou au premier tour, puis des acclamations quand il lance : "J'ai décidé au second tour de voter comme vous pour Nicolas Sarkozy."

Le "jingle" annonçant l'arrivée du président-candidat dans la salle retentit pour la dernière fois - "J'ai des frissons, ça y est !" crie Jocelyne, 45 ans, une inconditionnelle.

A la tribune, Nicolas Sarkozy remercie ses partisans de leur soutien, redit que l'élection de dimanche est "historique" et que l'avenir de la France en dépend.

"Dimanche, vous n'imaginez pas à quel point les choses vont se jouer sur le fil du rasoir", lance-t-il. Il redit qu'il sent monter une mobilisation sans précédent et conclura une heure plus tard par un nouvel appel au "sursaut national".

Son conseiller Patrick Buisson, inspirateur de sa campagne "toute à droite", la tête pensante de son programme, Emmanuelle Mignon, rescapée de 2007, et son directeur de campagne Guillaume Lambert, sont là. Mais pas sa "plume", Henri Guaino.

Aujourd'hui, c'est improvisation. Et comme à chaque fois qu'il improvise, Nicolas Sarkozy s'adresse plus aux 6,5 millions d'électeurs qui ont voté pour la candidate du Front national Marine Le Pen qu'à ceux de François Bayrou.

RACINES ET FRONTIÈRES

Il passe une dernière fois en revue les thèmes de ses dernières semaines de campagne, de l'immigration aux racines chrétiennes de la France et à la défense d'une Europe des nations - "Sans nation il n'y pas de projet collectif", "La nation ce n'est pas le contraire de l'Europe" - en passant par sa vision de "frontières entre ce qui se fait et ne se fait pas" et d'un "islam de France" qui n'est pas un "islam en France".

Et de brandir le spectre d'une poussée encore plus forte du FN lors des prochaines élections "si les républicains ne s'emparent pas des vrais problèmes des Français".

C'est aussi une dernière occasion de cogner sur François Hollande et son programme et de régler quelques comptes avec un "système politico-médiatique" accusé de partialité, de manipulation de l'opinion, et coupable de "pensée unique".

"Le peuple de France ne s'est jamais senti autant comme ces dernières semaines injurié, acculé, manipulé. Jamais comme ces dernières semaines le peuple de France n'a eu le sentiment aussi fortement qu'on lui manquait de respect (...) et qu'on voulait lui imposer une décision dont il ne voulait pas", lance-t-il.

Et de dénoncer les "six mois d'intense bourrage des crânes" qui ont accompagné selon lui les primaires socialistes et le "torrent de calomnie et d'outrances" dont il se dit victime.

Il s'interrompt pour interpeller un journaliste de télévision. "Si notre ami qui fait un direct en me tournant le dos pouvait bien s'arrêter, ça m'arrangerait !" dit-il, déclenchant sifflets et huées de la foule à l'adresse du journaliste. "La politesse est une question d'éducation et s'il y a eu quelques manquements, nous y porterons remède."

Avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy, la foule avait déjà scandé "Les médias en Corrèze !" - Le département dont François Hollande est l'élu.

A l'issue de la réunion le chef de l'Etat a quelques mots d'excuses pour des journalistes de BFM-TV malmenés la veille par certains de ses partisans en marge de son meeting de Toulon.

"Simplement, comprenez aussi qu'il y a une exaspération des gens très, très forte, qui ont eu le sentiment, peut-être à tort, qu'il y avait un peu de partialité d'un système", ajoute-t-il.

Il n'en donne pas moins rendez-vous aux journalistes présents - "Prenez des forces, parce que pour cinq ans vous allez vraiment devoir travailler !"

Il refuse cependant d'aller plus loin dans l'évocation de l'après-élection. "En tout cas c'est la campagne que je voulais faire", assure Nicolas Sarkozy. "Et dimanche soir, je vous dirai ce qu'il en sera."

Et d'ici là ? Encore une apparition vendredi soir à la télévision, "pour tous ceux qui voudraient me voir une dernière fois. Et puis samedi, on reste tranquillement à attendre avec ma femme et mes enfants. Et puis dimanche on ira voter et dimanche soir, vous me regarderez et moi je vous regarderai."

Edité par Patrick Vignal

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