Départ du DG d'Alcatel-Lucent après une perte en 2012

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LE DIRECTEUR GÉNÉRAL D'ALCATEL-LUCENT SUR LE DÉPART
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL D'ALCATEL-LUCENT SUR LE DÉPART

par Catherine Monin et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Alcatel-Lucent a annoncé jeudi le départ de son directeur général, après une perte nette de près de 1,4 milliard d'euros en 2012 liée à d'importantes dépréciations d'actifs et au ralentissement de l'activité de l'équipementier télécoms en Europe et en Chine.

Ben Verwaayen, qui disait à son arrivée en 2008 vouloir transformer Alcatel en une entreprise "normale", c'est-à-dire en croissance, profitable et qui génère du cash, a perdu son pari.

"Je ne demanderai pas à ce que mon mandat de directeur général soit renouvelé. C'est évidemment une décision douloureuse mais qui est certainement bonne pour le groupe", a-t-il déclaré lors d'une conférence téléphonique.

Le groupe a précisé qu'il chercherait un candidat interne ou externe et que Ben Verwaayen restera à son poste jusqu'à la nomination de son successeur.

Le groupe franco-américain présente depuis longtemps des fragilités structurelles, étant plus petit que ses principaux concurrents Ericsson, Huawei , et Nokia-Siemens Networks , avec une gamme de produits trop large et une consommation de cash trop rapide.

Depuis l'arrivée de Ben Verwaayen en 2008 à la tête du groupe, le titre a chuté d'environ 70% - alors que l'indice sectoriel européen est resté stable sur cette période - faisant fondre la capitalisation boursière de sept milliards d'euros et entraînant la sortie du titre du CAC 40 en décembre 2012.

A l'annonce de ce départ, le titre a bondi de plus de 9% avant de rétrocéder une partie de ses gains. Vers 14h45, l'action gagnait encore 4% à 1,346 euro, tandis que le SBF 120 avançait au même moment de 0,13%.

"Quand on regarde les cinq ans de Verwaayen chez Alcatel, le bilan est au mieux mitigé", estime Alexandre Peterc, analyste d'Exane BNP Paribas.

"Le groupe est de nouveau en perte annuelle, son chiffre d'affaires et le cours de l'action sont beaucoup plus bas qu'à son arrivée. L'actionnaire peut seulement saluer son départ et espérer que le prochain directeur général secouera un peu plus la marmite", souligne-t-il.

Depuis son arrivée à la tête du groupe, Ben Verwaayen, d'origine néerlandaise et ancien patron de l'opérateur BT, a réduit la gamme de produits et les coûts d'exploitation, permettant même au groupe de renouer avec les bénéfices en 2011, pour la première fois depuis la fusion entre le français Alcatel et l'américain Lucent en 2006.

Mais l'année 2012 a été marquée par un ralentissement des investissements des opérateurs télécoms, fragilisant l'activité de l'équipementier. Dans ce contexte, Alcatel a lancé l'an dernier un plan de restructuration impliquant la suppression d'environ 5.500 emplois, suscitant notamment l'inquiétude du gouvernement français.

Grâce à un accord de refinancement de deux milliards d'euros conclu en janvier avec des banques, l'action a toutefois regagné plus de 34% depuis le début de l'année, portant la capitalisation boursière du groupe à plus de trois milliards d'euros.

"Cet accord de refinancement conjugué à la mise en oeuvre de notre plan de restructuration assurera un terrain solide au successeur qui sera nommé par le conseil d'administration", a estimé Ben Verwaayen.

Alexandre Peterc d'Exane BNP Paribas rappelle que son concurrent Nokia a entrepris un plan de restructuration qui "porte ses fruits", le groupe ayant renoué avec les bénéfices.

"C'est la preuve qu'une restructuration est possible, même chez Alcatel", estime-t-il. "Si le prochain dirigeant est quelqu'un de connu pour ce genre d'opérations, l'actionnaire peut espérer que ça aille mieux."

CONSOMMATION DE CASH TOUJOURS ÉLEVÉE

Pour l'ensemble de l'exercice, l'équipementier télécoms a dégagé un chiffre d'affaires en baisse de 5,7% à 14,446 milliards d'euros et une perte nette de 1,374 milliard d'euros, bien supérieure aux estimations du consensus qui prévoyait une perte nette de 474,8 million d'euros.

Alcatel-Lucent, qui n'a pas donné de perspective précise pour l'exercice 2013, a passé une charge de 1,4 milliard d'euros, qui correspond à des dépréciations de goodwill et d'immobilisations (900 millions) et à leur impact sur les impôts différés (500 millions).

"C'est une perte très importante", a reconnu le directeur financier Paul Tufano, qui a attribué cette charge à la dépréciation des activités optiques et sans fil du groupe.

La marge d'exploitation ajustée s'est établie à 2,9%, soit bien en dessous de l'objectif annoncé en début d'année de dégager en 2012 une marge supérieure à celle de 2011, soit 3,9%.

L'entreprise, régulièrement pointée du doigt pour sa consommation de trésorerie, a par ailleurs brûlé cette année 679 millions d'euros de cash.

Pour le quatrième trimestre, le chiffre d'affaires s'est établi à 4,096 milliards d'euros, en recul de 1,3% par rapport à l'année précédente, la croissance de 13,7% observée sur le marché américain n'ayant pas suffi à compenser la faiblesse des marchés européens et asiatiques.

Selon Ben Verwaayen, cette année sera légèrement meilleure pour le marché des télécoms que 2012, notamment grâce au rebond attendu des investissements effectués par les opérateurs chinois.

"Nous allons observer une amélioration du marché chinois cette année grâce à des décisions clés qui seront prises dans la technologie 4G dite LTE, tandis que le marché américain devrait également rester solide", a-t-il soutenu.

Le conseil d'administration a par ailleurs recommandé de ne pas verser de dividende au titre de l'exercice 2012.

Edité par Jean-Michel Bélot

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