Dénouement judiciaire, 11 ans après l'explosion d'AZF

le
0
LES VICTIMES DE LA CATASTROPHE AZF ATTENDENT LE JUGEMENT DE LA COUR D'APPEL
LES VICTIMES DE LA CATASTROPHE AZF ATTENDENT LE JUGEMENT DE LA COUR D'APPEL

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Les victimes de la catastrophe AZF, qui ont commémoré vendredi à Toulouse le 11e anniversaire de l'explosion de l'usine chimique, attendent du jugement de la cour d'appel de Toulouse qu'il établisse ce lundi la vérité sur le désastre qui a coûté la vie à 31 personnes en septembre 2001.

Le drame, un des plus graves dans l'industrie en France depuis la Seconde Guerre mondiale, avait fait en outre quelque 20.000 blessés, des milliers de sinistrés et des milliards d'euros de dégâts.

Relaxés en première instance, l'ex-directeur de l'usine Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, propriétaire du site et filiale de Total, sont poursuivis pour "homicides et blessures involontaires". L'arrêt de la cour d'appel est attendu lundi à 14h00.

Associations de victimes, anciens employés de Grande Paroisse, représentants de Total et élus locaux ont assisté vendredi matin à une cérémonie sur l'ancien site de l'usine chimique à Toulouse, où un mémorial a été édifié.

A 10h17, heure de l'explosion le 21 septembre 2001, une sirène a retenti, avant que soient lus les noms des 31 victimes de la catastrophe. Des gerbes ont été déposées devant le mémorial, un alignement de près de 400 mâts métalliques disposés en cercles concentriques pour figurer un cratère.

"Ce que nous aimerions, c'est qu'on nous dise la vérité, si on veut bien nous la dire", a déclaré à la presse Guy Fourest, président du Comité de défense des victimes d'AZF. Il a dit ne pas s'attendre à obtenir "grand-chose de plus qu'en première instance".

"RECHERCHE DE VÉRITÉ"

Selon l'explication avancée par les experts judiciaires, la catastrophe serait due au stockage imprudent dans le même hangar de matières chlorées et nitratées, explosives lorsqu'elles sont combinées.

Mais en première instance, en novembre 2009, le tribunal correctionnel de Toulouse avait jugé cette hypothèse trop fragile et relaxé les prévenus.

Jacques Mignard, président de l'association AZF-Mémoire et solidarité, qui rassemble des anciens salariés du site, a déclaré vendredi n'attendre qu'une chose: "la réouverture de l'enquête, un complément d'information", estimant que "l'explication fournie (par l'accusation) ne correspond pas à la réalité".

"Notre recherche de vérité est sans limite dans son temps et ne s'arrête pas au temps judiciaire", a-t-il dit.

Le doute sur le scénario de l'explosion a été alimenté ces dernières semaines par la publication dans une revue spécialisée d'une contre-enquête qui remet en cause la thèse officielle. Des parties civiles ont fait part de leur scepticisme concernant ce document.

"Ce que j'espère, c'est que la justice donne un coupable, sinon ça tournera difficilement une page", a déclaré le maire de Toulouse Pierre Cohen en marge de la commémoration. La municipalité est partie civile dans ce dossier.

Me Stella Bisseuil, avocate de l'Association des familles endeuillées, déclare croire à la thèse retenue par l'accusation et espère que la décision de la cour d'appel coupera court aux "rumeurs" et aux fantasmes.

"Nous attendons évidemment une condamnation, qui permette de donner une explication de l'explosion et de faire taire les rumeurs extravagantes qui ne cessent de surgir", a-t-elle déclaré à Reuters.

TOTAL ATTEND UNE RELAXE

La défense, qui a allégué au cours du procès en appel que la piste criminelle n'avait pas été suffisamment explorée, s'est appuyée pendant l'été sur l'affaire Merah pour relancer l'hypothèse d'un acte intentionnel.

Serge Biechlin, ancien directeur de l'usine aujourd'hui sur le banc des prévenus, a lui aussi assisté aux commémorations vendredi, disant attendre le jugement de la cour d'appel "avec sérénité".

"Je pense que le verdict sera le même que le précédent, je ne crois pas qu'il y ait des éléments nouveaux (...) Quelle que soit la réponse, elle ne satisfera pas tout le monde", a-t-il souligné.

Même sentiment pour Patrick Timbart, directeur délégué de Total chargé du dossier AZF, qui dit ne pas voir de nouvelles preuves d'une responsabilité du groupe pétrolier, dont Grande Paroisse est filiale à 100%.

"Ça fait 11 ans que je m'occupe de ce dossier et je n'ai au cours du deuxième procès pas vu et entendu plus de preuves qu'au cours du premier concernant la culpabilité de Grande Paroisse ou venant prouver l'hypothèse judiciaire", a-t-il estimé.

"Par conséquent, je serais extrêmement surpris s'il n'y avait pas de confirmation de la relaxe."

Lors du procès en appel, dont les débats se sont achevés en mars, l'avocat général a réclamé comme en première instance une amende de 225.000 euros à l'encontre de Grande Paroisse, soit la peine maximale prévue par la loi.

Il a en revanche réduit la réquisition contre Serge Biechlin à 18 mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende. En première instance, la peine réclamée contre lui était de trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende.

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant