Démonstration de force d'Erdogan à Istanbul

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RASSEMBLEMENT DE PARTISANS DU PREMIER MINISTRE TURC À ISTANBUL
RASSEMBLEMENT DE PARTISANS DU PREMIER MINISTRE TURC À ISTANBUL

par Ayla Jean Yackley et Daren Butler

ISTANBUL (Reuters) - Recep Tayyip Erdogan a rassemblé dimanche des milliers de partisans lors d'un grand rassemblement à Istanbul au moment où les forces de l'ordre usaient de grenades lacrymogènes pour disperser dans le centre-ville des manifestants antigouvernementaux.

Le Premier ministre turc a déclaré devant une marée de supporters agitant des drapeaux que le mouvement de contestation de ces deux dernières semaines avait été manipulé par des "terroristes". Il a rejeté les accusations selon lesquels il se comporterait comme un "dictateur", un refrain de ses détracteurs.

La police anti-émeutes a tiré des gaz lacrymogènes dans les rues adjacentes de la place Taksim au moment de son discours pour tenter d'empêcher les manifestants, éjectés samedi soir par la force, de se regrouper dans le parc Gezi, qui borde la place emblématique du "Mai-turc".

"Ils affirment que je suis trop dur, ils me traitent de 'dictateur'. Mais quelle sorte de dictateur reçoit les occupants de Gezi et des défenseurs de l'environnement sincères? Est-ce bien le même dictateur?", s'est-il interrogé, applaudi frénétiquement par la foule.

Il a estimé que ce mouvement était un prétexte de la part d'une minorité "pour dominer la majorité". "(...) Il n'est pas question de le tolérer et nous ne le permettrons pas", a-t-il martelé.

Confronté depuis fin mai à un mouvement de contestation inédit depuis son accession au pouvoir en 2002, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) du Premier ministre a ainsi montré ses forces à quelques kilomètres seulement de Taksim et de Gezi, où campaient des centaines de protestataires depuis fin mai.

"Nous sommes la majorité silencieuse, pas cette racaille qui essaie de nous faire peur", a dit une participante, Ruveyda Alkan, interrogée parmi la foule de partisans de l'AKP, issu de la mouvance islamiste.

Avant ce grand rassemblement, les autorités turques avaient entrepris de nettoyer la place Taksim et ses abords au lendemain de l'intervention des forces de l'ordre pour déloger les manifestants campant dans le parc voisin de Gezi, dans le centre d'Istanbul.

Entouré d'un imposant dispositif policier, des bulldozers ont démantelé les barricades tandis que des employés municipaux nettoyaient les rues du quartier, bouclé par les forces de l'ordre.

APPEL À LA GRÈVE GÉNÉRALE LUNDI

Samedi soir, la police anti-émeutes a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les manifestants rassemblés depuis plus de deux semaines dans le parc Gezi, qui jouxte la place. Quelques heures plus tôt, le chef du gouvernement avait exigé la levée de ce campement sous peine d'une évacuation de force par la police.

Après cette soudaine intervention policière, des milliers de Turcs sont descendus dans les rues de plusieurs quartiers d'Istanbul pour ériger des barricades à l'aide de barrières métalliques, de pavés et de panneaux publicitaires, tout en allumant des feux. Certains scandaient "Tayyip, démission".

Le calme est progressivement revenu en fin de nuit et les rues d'Istanbul étaient en grande partie paisibles dimanche matin, même si quelques groupes de manifestants continuaient de défier la police.

Des heurts ont toutefois éclaté dimanche dans des quartiers stambouliotes jusqu'ici en grande partie épargnés par les violences. Des manifestants ont ainsi allumé des feux et dépavé un secteur proche du pont de Galata qui mène au quartier historique de Sultanahmet, très prisé des touristes.

A Ankara, les forces de l'ordre ont tiré dimanche des grenades lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants bloquant les rues du quartier de Kizilay, a rapporté un journaliste de Reuters.

Le gouvernement affirme que les contestataires sont manipulés par des organisations clandestines désireuses de semer le chaos en Turquie.

Deux syndicats, la Confédération syndicale des salariés du secteur public (Kesk) et la Confédération des syndicats révolutionnaires (Disk), ont décrété une journée de grève générale lundi en réaction à l'intervention de la police dans le parc Gezi.

Trois autres organisations représentant des médecins, des ingénieurs et des dentistes vont participer à ce mouvement, ont annoncé ces deux syndicats.

Les manifestants s'opposaient initialement à la construction dans le parc Gezi d'un ensemble immobilier imitant des casernes de l'époque ottomane. A la suite d'une intervention policière le 31 mai sur la place Taksim, leur mouvement s'est transformé en contestation généralisée du gouvernement, accusé de remettre en cause les fondements laïques de la Turquie et de vouloir imposer un carcan religieux à la société.

Ces troubles ont terni l'image d'une Turquie démocratique et ouverte à l'économie de marché que l'AKP s'emploie à donner au monde depuis une décennie. Ils ont fait quatre morts et environ 5.000 blessés, selon l'Association médicale de Turquie.

Avec les bureaux de Reuters à Istanbul et Ankara; Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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  • Fenix007 le dimanche 16 juin 2013 à 23:44

    il a rassemblé plus de 1 millions de personnes, aucun leader n'a réussi a faire mieux

  • gueulett le dimanche 16 juin 2013 à 21:41

    Et c'est un tel pays que certains voudraient voir entrer dans l'UE ?!