Démission du président allemand, un revers pour Angela Merkel

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LE PRÉSIDENT ALLEMAND CHRISTIAN WULFF DÉMISSIONNE
LE PRÉSIDENT ALLEMAND CHRISTIAN WULFF DÉMISSIONNE

par Madeline Chambers et Andreas Rinke

BERLIN (Reuters) - Le président allemand, Christian Wulff, impliqué dans diverses affaires où il est soupçonné d'avoir profité de faveurs indues, a présenté sa démission vendredi.

Il est le deuxième président à démissionner en moins de deux ans en Allemagne, après le retrait de Horst Köhler, qui avait renoncé à sa fonction à la suite de propos controversés sur la mission des forces allemandes en Afghanistan.

Le départ de Christian Wulff porte un coup, en pleine crise de l'euro, à la chancelière Angela Merkel, qui avait personnellement appuyé sa candidature en 2010.

Même si la chancelière jouit d'un regain de popularité pour sa gestion de la crise financière, des questions ne manqueront pas de se poser sur son jugement politique, puisqu'elle a soutenu Christian Wulff face à Joachim Gauck, candidat présenté par l'opposition qui avait la faveur de l'opinion publique.

"Cela ne sera pas sans conséquence pour Merkel, sa réputation en pâtira", estime Gerd Langguth, politologue à l'université de Bonn.

Dans une déclaration qui n'a pas duré plus de cinq minutes, Christian Wulff a reconnu avoir commis des erreurs.

"Les événements de ces derniers jours et de ces dernières semaines ont montré que la confiance (du peuple allemand), et de ce fait l'efficacité de mon action, avaient été sérieusement entamées", a-t-il expliqué au château de Bellevue, le siège de la présidence à Berlin. "Pour cette raison, il ne m'est plus possible d'exercer la fonction de président, en Allemagne comme à l'étranger", a-t-il ajouté.

Intervenant peu après la démission du président, Angela Merkel a dit regretter son départ et indiqué que les partis de la coalition conservatrice allaient rechercher avec l'opposition de gauche un candidat de consensus pour lui succéder.

MERKEL ANNULE UN DÉPLACEMENT À ROME

Parmi les candidats possibles figurent Joachim Gauck, militant des droits de l'homme dans l'ex-RDA qui avait donc été candidat face à Christian Wulff en 2010. Le ministre de la Défense, Thomas de Maiziere, la ministre du Travail, Ursula von der Leyen, ou encore le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, pourraient aussi prétendre au château de Bellevue.

L'élection du nouveau chef de l'Etat doit intervenir dans un délai d'un mois, soit au plus tard le 18 mars. Il sera élu au suffrage indirect, par l'Assemblée fédérale, collège électoral composé des députés du Bundestag et d'un nombre équivalent de représentants des 16 Länder.

En raison de la démission de Wulff, la chancelière a annulé en dernière minute un déplacement prévu vendredi à Rome, où elle devait rencontrer le président du Conseil italien, Mario Monti.

L'annonce de la démission de Christian Wulff a suivi de quelques heures la demande de levée de l'immunité présidentielle présentée par le parquet de Hanovre, qui disait avoir "un début de soupçon" dans les affaires où le président était impliqué.

C'est la première fois que des procureurs déclaraient vouloir enquêter sur un chef de l'Etat allemand, et leur démarche avait relancé les appels de l'opposition en faveur d'une démission de Wulff.

Les ennuis du président avaient commencé en décembre dernier avec la publication d'un article du journal Bild sur un prêt immobilier à taux préférentiel, d'un montant de 500.000 euros, que lui avait accordé l'épouse d'un homme d'affaires de ses amis alors qu'il était ministre-président du Land de Basse-Saxe.

Il était apparu quelques jours plus tard que Wulff avait laissé un message furieux sur la boîte vocale du rédacteur en chef de Bild, dans lequel il le menaçait d'une "guerre" au cas où l'article en question serait publié.

Il est également reproché à Christian Wulff et à son épouse Bettina de s'être fait payer un séjour sur l'île de Sylt par un producteur de cinéma, David Grönewold, et d'avoir séjourné gratuitement chez des hommes d'affaires. Wulff s'était excusé tardivement d'avoir d'autre part induit en erreur le parlement de Basse-Saxe à propos du prêt immobilier à taux préférentiel.

ÉLECTIONS RÉGIONALES EN PERSPECTIVE

Sa position devenait de plus en plus intenable ces dernières semaines, car, en plus d'appels à la démission émanant de l'opposition, s'ajoutait la grogne dans le camp conservateur. Le président du Bundestag, Norbert Lammert, avait jugé ainsi qu'il existait "une grande perte de confiance" vis-à-vis de Wulff.

Le chef de l'Etat a une fonction essentiellement honorifique en Allemagne, mais il représente une autorité morale et la conscience de la nation. Il est à ce titre celui qui défend la "Loi fondamentale" - la Constitution -, et donc la liberté de la presse.

Pour Gero Neugebauer, politologue à l'Université libre de Berlin, Christian Wulff avait perdu toute autorité et son honnêteté aurait constamment été mise en doute s'il était resté en fonctions.

"Les Allemands attendent de leur président qu'il soit honnête et droit. Pour l'opinion publique, Wulff n'est ni l'un ni l'autre. Il a bénéficié d'un traitement de faveur et ne l'admet toujours pas. Wulff est un fardeau pour la CDU et risquait d'amoindrir ses chances aux deux élections prévues cette année", estime Gero Neugebauer.

Le comportement de Wulff était devenu un sujet de débat dans les talk-shows télévisés et la cible des humoristes. Un invité d'une émission avait évoqué l'apparition d'un nouveau verbe dans la langue allemande, "wulffen", signifiant "obtenir quelque chose sans le payer". Samedi dernier, plus de 400 manifestants avaient brandi des chaussures en direction de la résidence de Wulff en réclamant sa démission.

La CDU, qui a été battue au fil de plusieurs élections régionales l'an dernier, notamment dans le Bade-Wurtemberg, va tenter cette année de conserver les Etats-régions de Schleswig-Holstein et de Sarre.

Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • klein44 le vendredi 17 fév 2012 à 17:25

    c est ce que sarko aurait du faire le LENDEMAIN de son election