Delphine Batho succède à Nicole Bricq à la tête du ministère de l'Écologie

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Delphine Batho succède à Nicole Bricq à la tête du ministère de l'Écologie
Delphine Batho succède à Nicole Bricq à la tête du ministère de l'Écologie
Le gouvernement Ayrault II compte quatre maroquins de plus que son prédécesseur. Il exclut aussi Nicole Bricq du jeu décisionnaire.



Elle aura tenu à peine un mois. Le temps de premiers contacts qui semblaient plutôt encourageants avec les associations de protection de l'environnement, d'annoncer une réforme du Code Minier, de confirmer la tenue d'un grand débat national sur l'énergie, l'opposition de la nouvelle majorité aux OGM et d'une étrange affaire qui pourrait laisser des traces. Les observateurs sont en tout cas unanimes : elle a mis un terme prématuré au passage de Mme Bricq, pourtant proche de François Hollande, à la tête de l'Hôtel de Roquelaure.

Sur la base a priori solide de l'insuffisance d'éléments en termes d'impacts environnementaux, la désormais ex-ministre avait annoncé mi-juin le blocage des permis accordés à Shell dans les eaux territoriales guyanaises. « Finalement, le pétrole au large de la Guyane attendra », titrions-nous le 14, soulagés pour une biodiversité déjà fragilisée et qui n'a de toute façon pas besoin dans un contexte écologique aussi défavorable qu'un groupe pétrolier vienne en plus mettre son grain de sel. Il est toutefois rapidement apparu que Mme Bricq est allée trop vite en besogne, « oubliant de prévenir Shell de sa décision et forçant visiblement la main, en tout cas en partie, à son collègue Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif », avance Le Monde. Peut-être a-t-elle aussi pris ses désirs pour des réalités, toujours est-il que, « trois jours plus tard, le déblocage (est intervenu) après intervention du ministre de l'Industrie et après renégociation de la répartition de la manne pétrolière entre l'État, les collectivités locales et l'exploitant... Sans bien évidemment que rien ne soit changé sur le plan de la connaissance des impacts », relate l'eurodéputée Corinne Lepage sur la version française du Huffington Post.

Et la présidente de Cap21 d'ironiser sur le remplacement de la ministre par Delphine Batho, il est vrai peu réputée pour sa connaissance des dossiers environnementaux : « Sur le plan des symboles, le remplacement soudain de Mme Bricq par Mme Batho, qui sera peut-être une excellente ministre, mais que rien ne prédispose particulièrement à ce poste et dont le poids politique est moindre, traduit le peu de valeur que confèrent le Président de la République et le Premier ministre à ce ministère dont il convient quand même de rappeler qu'il fut ministère d'État, numéro deux dans l'ordre protocolaire en 2007 ». « Si c'était en raison de sa position sur l'affaire guyanaise que Mme Bricq avait été remerciée, cette décision serait encore plus lourde de conséquences », a-t-elle ajouté, alors même que les observateurs dans leur ensemble ne voient aucune autre raison à cette éviction brutale et qui a surpris le sénateur EELV (Europe Écologie-Les Verts) Jean-Vincent Placé, lequel a évoqué un « drôle de message » et a ouvertement souhaité connaître « les tenants et les aboutissants ».



Mme Bricq défendait « les positions des écologistes, notamment sur les gaz de schiste »



Nommée jeudi au Commerce extérieur, ce qu'elle considèrerait être une « promotion » selon Cécile Duflot, Mme Bricq défendait « les positions des écologistes, notamment sur les gaz de schiste », a-t-il rappelé, cité par nos confrères de l'AFP. Certainement inquiet, nonobstant l'accord signé avec le PS fin 2011, que l'influence de son parti puisse être réduite durant la prochaine législature, M. Placé a par ailleurs relevé qu'il s'agit du « seul portefeuille qui a changé » et a rappelé (sans pour autant remettre en cause les compétences de sa successeure) que chacun « sait que Mme Bricq connaît très, très bien les dossiers économiques et écologiques ».

« On (ne) s'y attendait pas du tout. J'avais déjà entendu Mme Bricq sur ses nouvelles fonctions. Elle était très motivée. Elle avait d'ailleurs un discours très intéressant, notamment sur la transformation du modèle de développement. Manifestement, il s'est passé quelque chose [...] Je ne voudrais pas que le ministère de l'Écologie soit la variable d'ajustement des déplacements de personnes [...] L'écologie mérite mieux. Déjà qu'elle a reculé dans le rang des ministères, ça serait bien maintenant de la remettre en selle de manière un peu plus forte », a pour sa part commenté Pascal Durand sur le plateau d'iTélé. Tout nouveau Secrétaire national d'EELV, ce dernier et la totalité des responsables de son parti avec lui seront vigilants.

« Le PS sous-traite l'écologie [?] Le gouvernement a licencié la ministre sur l'injonction d'un lobby [?] Les forages pétroliers en Guyane peuvent être interdis, comme (l'ancienne majorité) l'a fait avec le gaz de schiste », a de son côté estimé l'ancienne ministre de l'Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet ce matin dans l'émission de Jean-Jacques Bourdin diffusée simultanément sur BFM TV et RMC. Une analyse partagée par la fédération France Nature Environnement (FNE), pour qui « il est difficile de ne pas voir l'éviction de Mme Bricq comme la conséquence possible d'un lobby efficace mené par l'industrie pétrolière ». Jean-Marc Ayrault, lui, n'en dira probablement pas plus, quand bien même M. Placé a demandé des explications.

Réélue députée des Deux-Sèvres, déléguée à la Justice qui vivait semble-t-il mal la tutelle de Christiane Taubira, Mme Batho se sait attendue au tournant. La refonte du Code Minier a d'ores et déjà été confirmée et serait même une « priorité » de la nouvelle locataire de l'Hôtel de Roquelaure. La mobilisation de la population, globalement attachée à la poursuite des forages précités pour des raisons économiques [NDLR : « Selon les chiffres de Shell, l'exploitation du bassin pétrolier guyanais, à six mille mètres de profondeur, pourrait produire trois cents millions de barils [?] Le coût du projet, de l'exploration à l'exploitation, a été évalué entre cinq et dix milliards de dollars (de quatre à huit milliards d'euros). Et en cas d'exploitation, si les premiers sondages révèlent un gisement de bonne qualité, les retombées pour le DOM ne sont guère négligeables : plus de mille emplois et une taxe de 12 % sur la production répartie à part égale entre la région et l'État, votée fin 2011 par l'Assemblée nationale », détaille Le Monde], et ? surtout ? - les protestations de Shell, de Total (membre du consortium dirigé par le groupe anglo-néerlandais) et de l'Union française des industries pétrolières (UFIP) n'en ont pas moins fait une victime de marque.

Et on voit bien mal Mme Batho suivre l'exemple de sa devancière...
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