Dell dispose de 15 milliards à investir 

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INTERVIEW - Michael Dell, PDG de l'ex-numéro un mondial des PC, explique son virage pour fournir des «solutions complètes aux entreprises».

LE FIGARO. - Quel est l'équilibre entre vos activités grand public et entreprises ?

Michael DELL. - Notre activité entreprises (serveurs, stockage et services) représente un tiers du chiffre d'affaires du groupe. Mais elle compte déjà pour plus de la moitié de la marge brute. Cet ensemble a crû d'environ 50 % au dernier trimestre. C'est là que réside la croissance du groupe.

Pourquoi Dell mène-t-il sa transformation vers les services ?

Les entreprises clientes s'intéressent de plus en plus aux solutions complètes que nous proposons plutôt qu'aux serveurs ayant d'importantes puissances de calcul. Elles nous demandent de connaître leurs métiers de l'assurance, de la finance, de la distribution, de la santé... Depuis l'acquisition de Perot Systems, nous réalisons 8 milliards de dollars par an dans les services. Nous créons des solutions pour protéger, stocker et restituer les données de nos clients de manière sûre et fiable. Nous créons la nouvelle génération de serveurs informatiques pour la virtualisation de données (cloud computing) et pour permettre aux salariés en mobilité d'accéder à distance aux données. Nous sommes en passe d'effectuer de 6 à 10 acquisitions par an et de plus en plus dans les logiciels ou les sociétés hybrides qui développent logiciel et matériel.

HP vous a soufflé 3PAR. Pourquoi de telles enchères ?

Le stockage est le domaine qui enregistre la plus forte croissance chez Dell. Mais à propos de l'acquisition de 3PAR, le comble est que HP ait surenchéri sur lui-même en proposant 30 puis 33 dollars ! À la fin de l'opération, HP a payé 1,5 milliard de plus que notre première offre. Et nous avons récupéré 72 millions de dollars payés par HP, en paiement de rupture de la transaction. Cette somme est déjà encaissée, merci... D'autre part, je suis fier que notre entreprise n'ait pas pris une décision émotionnelle, qui financièrement aurait été mauvaise.

Quel est le montant consacré à vos acquisitions ?

Nous avons environ 15 milliards de dollars de cash disponible. Cette année, nous avons déjà acheté Kace, Scalent Systems, Ocarina Networks et Exanet et nous travaillons sur d'autres projets d'acquisitions. Depuis un an, nous avons consacré un peu plus de 4 milliards de dollars aux achats de sociétés.

Les pays émergents sont-ils l'avenir ?

Le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine constituent une formidable opportunité de développement, avec une croissance supérieure à 50 % par an. En Chine, il y a dix ans, notre chiffre d'affaires était de 300 millions de dollars. Il sera de 4,8 milliards cette année. Au Brésil, les revenus s'approchent de 2 milliards. En Inde, notre chiffre d'affaires est d'environ 1,5 milliard.

Dell va-t-il investir 100 milliards de dollars en Chine sur dix ans ?

La Chine représente déjà le deuxième pays de débouché pour Dell après les États-Unis, où nous réalisons environ 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Malgré son poids croissant, je ne suis pas sûr, même dans dix ans, que la Chine devienne notre premier marché. Déjà 60 % des entreprises de l'Internet en Chine, comme Baidu ou Alibaba, utilisent des équipements Dell. Toutes nos activités y sont représentées avec la recherche et le développement, la production, les ventes et les services. Les marges ne sont donc pas faibles en Chine par rapport aux autres pays. Je pense même que le chiffre de 100 milliards de dollars d'investissements en Chine en dix ans est une estimation conservatrice.

Dell a-t-il repris la place de numéro 2 mondial, comme l'affirme iSuppli ?

Quand vous nous comparez avec le numéro 3, nous sommes très près en nombre d'unités vendues, mais largement devant en termes de chiffre d'affaires et de profits. Récemment, en Chine, nous sommes devenus le numéro 2 du marché des PC, à la place de HP. Même si Lenovo y reste le numéro un, notre rentabilité est meilleure que la leur en Chine. Globalement, en termes de profits dans les PC, nous sommes le numéro deux mondial.

Les tablettes et les smartphones sont-ils des relais de croissance ?

Nous proposerons différentes tailles de tablettes ayant une diagonale de 12,7, 17,8 et 25 cm. Et nous les vendrons en direct ou à travers notre réseau de partenaires. L'avenir des tablettes est un sujet de débat. Il pourrait s'en vendre une dizaine de millions cette année. En comparaison, je vous rappelle que 380 millions de PC seront vendus cette année dans le monde. Ce n'est pas du même ordre de grandeur, même si la demande pour les tablettes va croître en 2011. Par ailleurs, il y a environ 5 milliards de téléphones mobiles en usage et 1,5 milliard de PC en service. Entre les deux, il y a les smartphones et les tablettes qui se développent très vite. Nous participons à ce développement de plusieurs manières. En outre, le développement des smartphones et des tablettes fait croître le nombre de données sur les serveurs, ce qui est bon pour nous qui sommes présents dans la fourniture de services et de solutions sécurisées pour les entreprises.

Vos tablettes sont-elles pour les particuliers ou les entreprises ?

Nos produits sont destinés à tous les publics. Mais nous allons prêter une grande attention aux smartphones et aux tablettes pour les entreprises. Nous voulons répondre à la préoccupation des entreprises qui voient leurs employés détenir des informations confidentielles dans leurs smartphones et s'en aller avec. Elles nous demandent donc de créer des équipements mobiles qui permettent d'accéder de manière sûre et fiable à leurs données.

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