Delcourt : « On a les mains dans le cambouis »

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Delcourt : « On a les mains dans le cambouis »
Delcourt : « On a les mains dans le cambouis »

A 49 ans, Olivier Delcourt est un homme discret. Depuis une semaine, son nom est pourtant entré dans l’actualité avec le retour en Ligue 1 de Dijon. Président du DFCO depuis 2012, ce chef d’entreprise veut transmettre son goût de l’effort et de la réussite à ses joueurs. Sans être un passionné, comme il le dit lui-même, mais avec un vrai plaisir.

Olivier Delcourt, qu’est-ce qui est le plus dur entre la gestion d’un club de foot professionnel et d’une entreprise ? Déjà, ce n’est pas une grosse entreprise, c’est une PME avec une centaine de salariés. Il n’y a rien de dur. Ce qu’il faut, c’est faire les choses avec conviction et après, ça se passe plutôt bien. Le plus important, c’est d’être bien entouré. Et j’ai la chance d’être bien entouré, que ce soit dans mon entreprise ou au club, ce qui fait que je peux alterner les deux fonctions. Est-ce vrai qu’on ne gagne pas un centime en investissant dans un club de foot ? On n’investit pas dans un club de foot obligatoirement pour gagner de l’argent mais pas non plus pour en perdre. Je suis chef d’entreprise d’une PME, pas d’une grosse entreprise, donc je n’ai pas des moyens énormes. Ce qu’il faut, c’est gérer au mieux les intérêts du club, pour ne pas avoir à rajouter trop d’argent et équilibrer les comptes. Ce qui est maintenant le cas depuis trois ans. Il faut aussi avoir une certaine passion, non ? J’aime beaucoup le sport, presque tous les sports. La passion de réussir les choses, oui… Pour moi, l’objectif est de ramener le DFCO au plus haut niveau. Le ramener en Ligue 1, c’était ma première mission. Maintenant, il faut le stabiliser et continuer à le faire évoluer.

« Le soir de la montée, j’étais très ému »

D’où vous vient cette passion pour le sport ? J’étais moi-même sportif à un petit niveau de tennis. Sinon, j’avais mon grand-père qui était dans le foot. Il était joueur « professionnel » à Valenciennes, parce que je suis originaire du Nord. Il était mineur la journée et joueur de foot à Valenciennes le soir. Quand il a fini sa carrière, il a été embauché dans une entreprise de travaux de voies ferrées, ce qui a amené toute la famille dans ce milieu puisque moi j’y suis encore. Je dirais que c’est aussi ce clin d’œil, et puis aussi des rencontres à Dijon. Je ne suis pas originaire de Dijon mais ça fait 24 ans que je vis ici et j’ai rencontré des personnes qui ont fait qu’il y a tout un engouement qui est né autour de ce club. Ce n’était pas prévu que je reprenne ce club aussi vite. Mais quand le club est redescendu en 2012, le président a souhaité arrêter et j’ai repris le flambeau. Quand on décide de reprendre la présidence d’un club, on se doit de s’en occuper et de tout mettre en œuvre pour réussir. Justement cette réussite s’est matérialisée la semaine dernière avec le retour en Ligue 1. Que ressent-on quand on est président à ce moment-là… J’étais très ému, très heureux pour tout le public, pour tous nos supporters. Je suis content pour tous les gens du club, pour les bénévoles, les sponsors. Tous les gens qui s’investissent au quotidien pour le club, pour la ville de Dijon. Comme je l’ai toujours dit, la ville de Dijon se doit d’avoir un club qui joue en Ligue 1, et puis le maire (ndlr : François Rebsamen) est quelqu’un qui fait beaucoup pour le club et c’est aussi une juste récompense pour tous les Dijonnais d’avoir le DFCO au plus haut niveau la saison prochaine.

« Il faut savoir faire confiance à son coach »

Depuis une semaine, vous et Jacques Rousselot à Nancy êtes salués pour votre fidélité à vos entraîneurs respectifs… C’est ce qui me rapproche de l’entreprise. Dans mon entreprise, j’ai des cadres qui sont là depuis très longtemps et pour moi, on ne peut pas construire quelque chose sans construire sur la durée. Cette saison est assez originale puisqu’on a vu beaucoup de mouvements chez les entraîneurs de Ligue 1 et de Ligue 2. Je peux comprendre l’importance des enjeux financiers, mais il faut savoir faire confiance à son coach. Moi, j’ai été nommé président en même qu’Olivier Dall’Oglio a pris la tête de l’équipe. Cela fait quatre ans qu’on vit l’un à côté de l’autre, ça se passe vraiment bien, on se fait confiance mutuellement. La réussite est collective, c’est cet état d’esprit qui règne depuis le début au DFCO. C’est aussi cette force qu’on a su inculquer aux salariés et aux joueurs, fédérer les gens et les faire adhérer à un projet. Et un projet, c’est sur la durée. Quand je suis arrivé, je n’ai pas dit qu’on allait remonter en Ligue 1 l’année d’après ! Bien sûr qu’on avait envie de remonter mais vous voyez, ça fait quatre ans que je suis président et le temps est passé très vite. A chaque fois, on a franchi un palier. Il faut savoir être patient et parfois vendre. L’année dernière, quand j’ai vendu Romain Philippoteaux à Lorient, tout le monde me disait que je vendais le meilleur joueur. Mais on est à une taille où, pour équilibrer les comptes, on se doit de vendre des joueurs parfois. Dijon a un palmarès vierge donc forcément, l’objectif de cette fin de saison, c’est le titre… L’objectif, c’est de tout faire pour remporter ce titre. Maintenant, comme je l’ai dit aux joueurs, il ne viendra pas tout seul. Il faut aller le chercher, il faut le mériter. Moi, j’aime quand on mérite les choses. On mérite cette montée en Ligue 1 et maintenant, il faut mériter ce titre. Vous êtes un président discret. Est-ce par manque d’exposition ou est-ce une volonté de votre part ? La lumière, ce n’est pas ce qu’on cherche le plus. C’est plutôt une volonté. On travaille et la lumière vient toute seule quand vous êtes au plus haut niveau. Ce qui compte, ce sont les résultats sur le terrain. Vous allez changer de monde en Ligue 1, vous allez côtoyer de grands présidents. Avez-vous un modèle ? J’aime bien Jean-Michel Aulas, j’aime bien Nasser Al-Khelaïfi. Je les côtoie quand même. J’en ai rencontré plusieurs au travers des réunions syndicales. La plupart des présidents de Ligue 1, je les côtoie et il y en a quelques-uns que j’apprécie beaucoup. Mon mentor, puisque j’’habitais à Montpellier quand j’étais jeune, c’est Loulou Nicollin. J’ai aimé le foot grâce à Montpellier et c’est vrai que Loulou Nicollin, c’est un personnage.

« Je ne suis pas passionné »

Loulou Nicollin est là depuis des années, vous vous voyez rester longtemps à la présidence de Dijon ? Je resterai le temps qu’il faudra, le temps que je souhaiterai je l’espère. Je n’ai pas du tout envie d’arrêter, j’ai envie de continuer. Ça me prend beaucoup de temps, il faut aussi être bien entouré. J’ai la chance d’avoir une stabilité familiale et c’est très important. Je partage cette passion avec ma femme, c’est bien pour moi, ça me permet aussi d’être équilibré parce que sinon, entre le club et mon entreprise, il me reste parfois peu de temps pour ma femme et mes enfants. C’est important de pouvoir se retrouver par moment. Le foot rend-il fou parfois ? Non, non, je ne suis pas fou. Je suis quelqu’un de raisonnable. Je ne suis pas passionné. J’aime le sport, j’ai le goût de la réussite, le goût de la victoire. Maintenant, je ne mettrai pas en péril le club, mes finances personnelles ou les finances de mes actionnaires pour le foot. Ma santé ? La santé, vous savez ce que c’est… Je ne vis plus les matchs comme quand j’étais sponsor du club (ndlr : avant d’être président, Olivier Delcourt fut sponsor du DFCO dès sa création en 1998). Ce n’est plus pareil. Quand voit tous les enjeux qu’il y a derrière, quand on vit un match comme celui à Clermont (ndlr : victoire 2-3 de Dijon) cette année, il y a beaucoup d’émotions. Cette saison, j’ai eu beaucoup d’émotions positives, ça fait plaisir, c’est la récompense pour les joueurs mais aussi pour moi. Et puis faire plaisir aux supporters, c’est important, c’est le nerf de la guerre. Le fait de valider aussi tôt votre montée vous permet aussi de préparer rapidement la saison prochaine… Oui, de toute façon, il faut toujours essayer d’anticiper. Je ne vais pas vous mentir, cela fait déjà quelques semaines voire quelques mois qu’on y travaille car sans être prétentieux, cela faisait quand même un moment qu’on était en tête du championnat. Cela nous permet d’anticiper beaucoup de choses, que ce soit au niveau du recrutement, au niveau commercial, au niveau des travaux. Avec cette montée en Ligue 1, on va pouvoir continuer à investir pour améliorer les infrastructures, que ce soit au stade ou au niveau de la formation. Tout ça c’est bien, c’est important, mais on sait que le plus dur nous attend. On va tout faire pour rester en Ligue 1, on va aussi prendre quelques jours de repos à la fin de la saison pour se reposer un peu parce que ça ne s’arrête jamais… Pour un président, pour un entraîneur, il n’y a jamais de temps creux. Il y a tout le temps des choses à faire, il faut tout le temps anticiper. Chacun a son style mais Dijon, c’est un petit club donc on est au boulot, on a les mains dans le cambouis.
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