Degroof Petercam envisage l'hypothèse d'un objectif d'inflation des banques centrales de 4%

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(AOF) - Depuis plusieurs mois, des courants d'idées se développent au sujet de la gestion monétaire des banques centrales, indique Bruno Colmant, chef économiste de la Banque Degroof Petercam. On le sait, ces institutions ont adopté un rôle massif dans l'économie, en procédant à des injections gigantesques de monnaie destinées à stimuler l'inflation et la croissance.

Mais ce n'est pas tout : depuis plus d'un an, certains avaient évoqué l'idée d'un hélicoptère de monnaie consistant à imprimer de la monnaie ex-nihilo, ou avec la garantie d'obligations d'Etat émises sur le marché primaire. D'autres s'interrogent ouvertement sur le caractère opératif de taux d'intérêt négatifs, scénario singulier dont les autorités monétaires réfutent le bien-fondé, souligne le chef économiste.

Lorsqu'on fait la synthèse de décisions et pistes de réflexion, on en arrive à un constat irréfutable : les assouplissements monétaires et leurs corollaires ont, certes, pour objectif de susciter de l'inflation, mais sans que cette dernière soit reflétée dans les taux d'intérêt. Or le taux d'intérêt est la somme de deux composantes : le taux d'intérêt réel et le taux d'inflation anticipé. En bonne logique, le retour de l'inflation devrait se traduire par une augmentation correspondante des taux d'intérêt, à tout le moins à long terme, note Bruno Colmant.

Malheureusement ajoute-t-il, toute augmentation de taux d'intérêt pulvériserait les efforts de refinancement des dettes publiques, tel qu'il est actuellement effectué, à un taux d'intérêt modique. C'est pour cela que les banques centrales, aidées par les gouvernements dont elles dépendent, vont tenter de garder les taux d'intérêt très bas malgré une résurgence espérée de l'inflation. Il en résulterait un taux d'intérêt réel (c'est-à-dire après déduction de l'inflation) négatif, situation favorable aux emprunteurs (tels les Etats), mais beaucoup moins pour les créanciers. Incidemment, un taux d'intérêt réel négatif relève de ce qu'on qualifie de répression financière, c'est-à-dire un contexte d'interventionnisme étatique et de canalisation forcée de l'épargne vers le financement des dettes d'Etat assortie d'un taux d'intérêt très faible.

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, certains évoquent l'idée de remonter les objectifs d'inflation, complète l'économiste. Statutairement ou de manière coutumière, les banques centrales visent un objectif d'inflation de 2 %. C'est maintenant un taux de 4 % qui est cité, ce qui conduirait, si cet objectif est atteint et non reflété dans les taux d'intérêt, à un taux réel de – 4 %. A nouveau, ceci serait mis en œuvre pour absorber l'endettement public. Est-ce plausible ? Bruno Colmant le crois. C'était d'ailleurs l'idée d'un précédent économiste en chef du FMI.

Ceci étant, un taux d'une telle négativité pourrait être évité par une politique budgétaire plus souple, idée qui est d'ailleurs adoptée par beaucoup. Mais quand bien même un objectif d'inflation ne serait pas postulé, il est certain que les banques centrales vont tenter de conserver des taux d'intérêts réels aussi longtemps que possible, tout en sachant qu'il faudra s'éloigner, à un certain moment, de la politique de taux d'intérêt nul pour redonner à la politique monétaire ses leviers traditionnels.

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