Dégradée par Moody's, l'Italie réussit le test du marché

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LES NOTES SOUVERAINES
LES NOTES SOUVERAINES

par Valentina Za et Lisa Jucca

MILAN (Reuters) - Quelques heures seulement après la décision surprise de l'agence Moody's d'abaisser sa note souveraine, l'Italie est parvenue vendredi à emprunter sur les marchés à un taux en baisse mais toujours relativement élevé.

Le Trésor a émis pour 3,5 milliards d'euros d'obligations à trois ans à un rendement de 4,65%, contre 5,30% lors de la précédente adjudication de même échéance.

Il s'agit du rendement le plus bas pour une adjudication à trois ans depuis mai, alors que l'approche des élections législatives grecques exacerbait les tensions sur les marchés.

La demande de titres a dépassé 6,0 milliards d'euros vendredi, soit plus de 1,7 fois le montant alloué.

"L'adjudication était déjà suffisamment périlleuse sans la dégradation, ce qui rend le résultat d'autant plus impressionnant", a commenté Nicholas Spiro, directeur de Spiro Sovereign Strategy, à Londres, tout en soulignant que les coûts de financement de l'Italie restent "lourds".

Dans la nuit, Moody's avait ramené la note souveraine de l'Italie de A3 à Baa2, soit deux échelons seulement au-dessus de la catégorie spéculative ("junk"). L'annonce a fait reculer l'euro, revenu non loin de ses plus bas niveaux depuis deux ans face au dollar américain, tout près de 1,22 dollar.

La Bourse de Milan, elle, progressait de 1% dans l'après-midi.

Tout en saluant la détermination du président du conseil, Mario Monti, en matière de réformes budgétaires et structurelles, l'agence avertit qu'elle pourrait encore abaisser la note de Rome si le prochain gouvernement italien ne parvenait pas à poursuivre ces réformes.

Mario Monti a d'ores et déjà annoncé qu'il ne s'engagerait pas lors des élections législatives prévues l'année prochaine alors que son prédécesseur, Silvio Berlusconi, devrait conduire la campagne de la droite.

Le "Cavaliere" a adopté ces derniers mois un ton de plus en plus anti-européen et très critique envers le gouvernement Monti, allant jusqu'à poser ouvertement la question de l'opportunité du maintien de l'Italie dans la zone euro.

Pour Moody's, "la note de la dette italienne pourrait être encore abaissée dans le cas d'une nouvelle détérioration des perspectives économiques ou de difficultés dans la mise en oeuvre des réformes".

MOODY'S CRITIQUÉE À ROME ET À BRUXELLES

La note attribuée à Rome par l'agence est inférieure à celles de Standard & Poor's et de Fitch Ratings.

La décision et les commentaires de Moody's ont été vivement critiqués par des responsables politiques et économiques italiens vendredi, le ministre de l'Industrie, l'ex-banquier Corrado Passera, la jugeant "à la fois injustifiée et trompeuse".

Les grandes fédérations bancaires et patronales italiennes, dont la Confindustria et l'ABI bancaire, ont jugé la décision de Moody's "irresponsable".

Elles estiment que la nature commerciale des agences de notation devraient leur interdire de faire office de référence pour les dettes souveraines.

De son côté, la Commission européenne s'est interrogée sur le moment choisi par l'agence pour annoncer sa décision, tout en saluant les effort de réformes de Rome.

La justice italienne mène actuellement des investigations sur les pratiques des trois grandes agences internationales de notation.

Troisième économie de la zone euro, l'Italie est handicapée par une dette de près de 2.000 milliards d'euros qui l'obligent à emprunter quelque 415 milliards d'euros par an sur les marchés financiers, l'équivalent du quart de son produit intérieur brut (PIB). Elle devrait en outre subir une récession de 2% cette année

Mais les réformes budgétaires et économiques engagées ces derniers mois par le gouvernement Monti ont été saluées par ses partenaires, y compris la très rigoureuse Allemagne.

Dans un entretien publié vendredi, Peter Bofinger, conseiller économique de la chancelière Angela Merkel, loue ainsi l'action de Mario Monti en jugeant "déraisonnablement élevés" les coûts de financement à long terme de Rome au vu de la faiblesse des déficits et de la situation d'équilibre structurel des finances publiques.

"Il faut du temps pour réduire la dette. L'élément clé actuellement, c'est le déficit", ajoute-t-il.

Le rendement des obligations italiennes à 10 ans s'affichait juste en dessous du seuil de 6% à la mi-journée vendredi, en légère hausse par rapport à la veille. Début janvier, il avait dépassé 7%.

L'écart de rendements entre les dettes italienne et allemande ressort actuellement à 480 points de base, un niveau "insoutenable" selon Federico Ghizzoni, le directeur général d'UniCredit, la première banque du pays.

Jean-Philippe Lefief et Marc Angrand, pour le service français, édité par Nicolas Delame

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  • abacchia le vendredi 13 juil 2012 à 14:13

    C'était la meilleure réponse à apporter à Moody's. De plus en plus, les gérants se portent sur d'autres "convictions" que celles des agences de notation. Il faut continuer comme ça, jusqu'à ce que ces agences meurent de leur belle mort, faute de clients...

  • wanda6 le vendredi 13 juil 2012 à 14:01

    le marché de la dette c'est la BCE, elle achète 90% de la dette ; 88% des remboursements d'emprunts que doit effectuer la Grèce d'ici fin 2012 concernent des titres détenus par la BCE

  • dchatene le vendredi 13 juil 2012 à 12:22

    c'est la 3eme fois que les agences sont contredites ds leurs analyses ,,,, il était temps

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