« Déflation ou désinflation : comment faire la différence ? » par André Cartapanis

le
8

Pour André Cartapanis, "tout doit être fait pour sortir de la déflation"
Pour André Cartapanis, "tout doit être fait pour sortir de la déflation"

Les mots ont leur importance, en économie comme dans toute autre matière. Il convient de ne pas confondre. Révision sémantique avec le Professeur André Cartapanis à l'heure du débat sur l'évolution des prix à la consommation et à la production.

Le taux d'inflation de la zone euro est désormais négatif : -0,3% en février et -0,6% en janvier, en taux annuels. Et ce ne sont pas seulement les prix à la consommation qui baissent, en réponse à l'atonie de la demande globale et à la chute des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux, mais aussi les prix à la production industrielle, en recul d'environ 1% en janvier et en décembre.

Doit-on s'en féliciter ? Après tout, les banques centrales ont tout fait, depuis l'inflation à deux chiffres des années 1980, aux Etats-Unis comme en Europe, pour faire baisser l'inflation, en menant ce que l'on appelait alors des politiques de désinflation compétitive. Mais ce serait confondre le phénomène de désinflation, et donc le ralentissement de la hausse des prix, qui peut apporter un surcroît de compétitivité vis-à-vis de l'étranger en ramenant l'inflation autour de 1 à 2% par an, par exemple, et le phénomène de déflation, c'est-à-dire la baisse persistante du niveau général des prix, qui conduit à des situations d'une extrême gravité, surtout, comme aujourd'hui, en phase de désendettement faisant suite à la crise financière.

Car plus rien ne fonctionne comme avant dans une telle configuration. Chez certains agents économiques, le désendettement réduit mécaniquement la dépense, ce qui contribue à la baisse des prix et accentue le poids réel de la dette résiduelle, surtout si l'on tient compte des incertitudes sur les revenus futurs.

Chez d'autres, l'opacité de l'avenir et l'aversion au risque augmentent le taux d'épargne et inhibent la demande de crédit, malgré des taux d'intérêt proches de zéro, et l'anticipation de nouvelles baisses des prix conduit à un report des décisions d'investissement, typiquement dans le domaine immobilier.

Et si une politique de l'offre réussit, en présence de gains de productivité ou par le jeu d'une flexibilité accrue des salaires, cela conduit à une nouvelle baisse des prix qui alimente le scénario infernal de la déflation, dans lequel s'est retrouvé le Japon tout au long des années 1990.

Tout doit donc être fait pour sortir de la déflation des prix et relancer l'inflation. Tel est l'objectif de la BCE dont la politique monétaire non-conventionnelle d'injection massive de liquidités par rachats de titres a justement pour objectif de revenir à des taux d'inflation proches de 2%. Mais rien ne garantit la réussite de cette politique. Tout dépend de l'utilisation que feront les agents économiques de cette liquidité accrue.

Si elle se déverse principalement sur les marchés d'actifs financiers européens, plutôt que dans l'économie réelle, l'effet sur l'inflation sera négligeable. Si elle se reporte sur des placements à l'étranger, sur des actifs en dollars, alors la poursuite de la baisse de l'euro contribuera à un surcroît d'inflation importée. La déflation aura alors alimenté la guerre des monnaies. Comme dans les années 1930 !

André Cartapanis

 

André Cartapanis est professeur à Sciences Po Aix, chercheur au GREDEG (CNRS et Université de Nice-Sophia Antipolis) et au CHERPA (Sciences Po Aix). Il est également expert auprès de l'Agence nationale de la recherche et de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur. Il a été Doyen de la Faculté des Sciences Economiques d'Aix-Marseille et Président de l'Association Française de Science Economique.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • launor le jeudi 19 mar 2015 à 12:48

    La déflation permet aux salariés, chômeurs et retraités de voir leur pouvoir d'achat augmenter même si leurs salaires ,indemnités et pensions sont bloqués, voila pourquoi les politiques et les employeurs n'en veulent pas et la diabolisent dans les médias qu'ils financent. Elle permet un rééquilibrage de l'endettement par la faillite qui est moins néfaste que l'inflation pour la foule de ceux qui ne possèdent pas grand chose à part leur salaire ou retraite.

  • GR207 le lundi 16 mar 2015 à 23:38

    Et ça continue encore et encore, tout ce discours biaisé visant à diaboliser la déflation. Ces gens ne cherchent qu'à refaire partir l'inflation pour essayer de masquer ou absorber les dettes qu'ils ont créées. Le jour où ils réussiront, ce ne sera pas du 2%, mais du 20%, voir du 200% puis le Zimbabwe....

  • launor le lundi 16 mar 2015 à 18:07

    Quand à prêter cet argent , c'est le taux d'intérêt qui constitue la rentabilité de l'opération comme il tend vers zéro il n'y a individuellement rien à gagner non plus.L'investissement est problématique vu la faiblesse et l'orientation des revenus des consommateurs potentiels comparée au niveau des patrimoines des investisseurs.ne reste que la spéculation.

  • launor le lundi 16 mar 2015 à 17:58

    Comme le nouvel argent créé est prêté aux agents économiques, il serait irresponsable de leur part de l'utiliser pour consommer car leur situation financière serait encore plus dégradée (la consommation ne leur apporte individuellement aucun revenu supplémentaire).

  • M7876977 le lundi 16 mar 2015 à 15:54

    C'est comme une récession, ce n'est pas grave car ce n'est jamais qu'une non-croissance. Au pays des bisounours il n'y a jamais de problème.

  • lorant21 le lundi 16 mar 2015 à 15:12

    @mlemonn4. Et pourtant, c'est évident. la baise des prix aujourd'hui, c'est surtout la baisse de l'énergie. Rien d'affolant, que du bon!

  • mlemonn4 le lundi 16 mar 2015 à 12:55

    J'adore, après que notre élite poliyico économici finanière ait orchesté le déni de déflation, ils sont entrain de pipoter ou d'ergoter sur un de mots entre désinflation et déflation! On croit vraiment rêver!!

  • papysoft le lundi 16 mar 2015 à 12:16

    il ne faut pas non plus confondre pouvoir d'achat et capacité à dépenser !un millionaire et un smicar ont le meme pouvoir d'achat , mais pas la meme capacité de dépense !une personne gagnant par exemple 3000 euros par mois en france a un certain pouvoir d'achat pour une capacté de dépense de 3000 euros s'il va en grèce avec cette meme capacité de dépense , il aura un pouvoir d'achat supérieur !!!