Défilés islamistes sous haute surveillance en Egypte

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par Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - Ignorant les mises en garde des autorités, des milliers de personnes ont défilé vendredi au Caire et dans plusieurs villes d'Egypte pour réclamer le retour au pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi, évincé par l'armée le 3 juillet.

Ce sont les manifestations pro-Morsi les plus importantes depuis les sanglants affrontements qui ont fait des centaines de morts à la mi-août.

Elles ont fait au total six morts et une cinquantaine de blessés, apprend-on au sein des services de sécurité. Plus de 20 personnes ont été arrêtées, ajoute-t-on.

Les nouvelles autorités mises en place par l'armée ont arrêté ces dernières semaines la plupart des dirigeants des Frères musulmans, mouvement dont est issu Mohamed Morsi.

Mais le visage de retour à la normalité que veut présenter le nouveau pouvoir a été battu en brèche par les images diffusées par les télévisions montrant la police lançant des gaz lacrymogènes sur les manifestants, notamment dans le quartier de Mohandisine au Caire, et des pneus en train de brûler dans les rues de la capitale.

Après le couvre-feu, le gouvernement a émis un communiqué prévenant que ceux qui ne le respecteraient pas devraient en supporter les conséquences juridiques.

Vendredi, les pro-Morsi avaient apparemment choisi de multiplier les lieux de rassemblement en évitant les grandes places de la capitale où les forces de sécurité appuyées par des blindés étaient déployées en nombre.

A Port-Saïd, sur le canal de Suez, des heurts entre partisans et adversaires du président déchu ont fait un mort et une vingtaine de blessés, selon le ministère.

Juste après la prière du vendredi, 500 manifestants ont quitté la mosquée Sahib Roumi, dans le centre du Caire, en scandant "L'armée doit partir!", "l'Egypte est islamique, pas laïque!" et en dénonçant les "voyous" du ministère de l'Intérieur.

COUVRE-FEU

En milieu d'après-midi, des milliers de personnes défilaient dans d'autres quartiers du Caire et dans les faubourgs.

Des militaires et des policiers en tenue anti-émeute gardaient les principaux carrefours de la ville et bloquaient les accès à l'un des ponts sur le Nil.

Des cortèges réunissant au total plus de 10.000 personnes se sont également formés à Alexandrie, et on manifestait aussi dans d'autres villes du delta du Nil comme Tanta et Fayoum, de même que dans trois villes du canal -Suez, Ismaïlia, Port-Saïd-, ou encore Assiout dans le sud du pays.

Vendredi matin, à Doha, au Qatar, le cheikh Youssef al Karadaoui, un important dignitaire sunnite d'origine égyptienne, a appelé les Egyptiens à redescendre dans la rue pour défier les militaires et ramener Morsi au pouvoir.

"Egyptiens, sortez tous de chez vous, hommes, mères, filles et enfants! C'est un devoir religieux pour tous les Egyptiens!", a lancé lors de son prêche le président de l'Union internationale des savants musulmans (oulémas).

Jeudi, les forces de sécurité avaient déclaré qu'elles n'hésiteraient pas à ouvrir le feu sur les manifestants en cas de débordements.

Les autorités ont imposé le couvre-feu le 14 août, jour où les forces de l'ordre ont démantelé les campements mis en place par les Frères musulmans au Caire, faisant au moins 600 morts.

Avec Sami Aboudi à Dubai; Guy Kerivel, Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français

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