Défection d'un ambassadeur syrien, poursuite des violences

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UN DIPLOMATE SYRIEN FAIT DÉFECTION
UN DIPLOMATE SYRIEN FAIT DÉFECTION

par Mariam Karouny et Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - L'ambassadeur de Syrie à Bagdad a fait défection pour dénoncer la répression sanglante du soulèvement contre le président Bachar al Assad dont les forces de sécurité ont pour la première fois tiré jeudi des obus de mortier sur un faubourg de la capitale Damas.

Naouaf al Fares, qui était étroitement lié à l'appareil de sécurité syrien, est le premier diplomate de haut rang à faire défection depuis le début des manifestations antigouvernementales en Syrie mi-mars 2011.

Dans une vidéo diffusée sur le réseau social Facebook, il déclare "rejoindre les rangs de la révolution" et appelle les membres de l'armée à "tourner leurs armes" contre les "criminels" au pouvoir à Damas.

Selon le ministre irakien des Affaires étrangères Hochiar Zebari, en visite à Paris, le diplomate syrien se trouve désormais au Qatar, dont les autorités appellent ouvertement au départ de Bachar al Assad du pouvoir.

"Nous sommes surpris par sa défection parce qu'il était un membre loyal au régime", a dit le ministre irakien aux journalistes, à Paris.

La Syrie a pris acte jeudi de la défection du diplomate, qui survient une semaine après la fuite du général Manaf Tlas, ami proche du président syrien. Selon Laurent Fabius, il serait en contact avec l'opposition syrienne. Le chef de la diplomatie française s'est dit en revanche dans l'incapacité de confirmer sa présence sur le sol français.

Dignitaire de la tribu sunnite Ogeïdat alliée de longue date de la minorité alaouite dont Assad est issu, Naouaf al Fares est originaire de Daïr az Zour, grande ville de l'Est syrien qui a essuyé de violents assauts des forces gouvernementales.

PREMIERS BOMBARDEMENTS

Sur le terrain, l'armée syrienne a poursuivi son offensive jeudi contre les forces de l'opposition, bombardant pour la première fois un faubourg de Damas.

Selon les opposants au régime, des tirs de mortiers ont touché des vergers dans la commune de Kfar Sousseh, qui borde la rocade sud de la capitale syrienne, pour tenter d'en déloger des rebelles qui y auraient trouvé refuge.

Des opposants ont rapporté que des chars avaient ensuite fait mouvement vers la localité dans la matinée et tiraient en provenance des environs de la mosquée Hadi, située à l'est des champs, et de l'aérodrome militaire d'Al Mazzeh, situé à l'ouest.

Selon plusieurs membres de l'opposition, l'armée a dressé des barrages routiers sur la plupart des axes du quartier, les renforçant aux principaux carrefours par des véhicules blindés et des chars. Plusieurs personnes ont été arrêtées.

Lina, une opposante habitant Damas, a déclaré que les bombardements avaient commencé à 09h45. "C'est la première fois qu'ils bombardent Kfar Sousseh, même s'ils ont déjà essayé d'y pénétrer", a-t-elle dit.

Un autre opposant, Hazem al Akad, joint dans la matinée au téléphone par Reuters, avait raconté avoir vu dans un premier temps des hélicoptères survoler la zone.

Selon cet opposant, des combats se déroulaient également à Artouz, à environ 15 km à l'extérieur de la capitale.

DIVISIONS PERSISTANTES

Alors que les violences politiques en Syrie ont fait en seize mois plus de 10.000 morts selon l'Onu, 17.000 selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le dossier syrien est toujours dans l'impasse à l'Onu.

L'émissaire international pour la Syrie Kofi Annan a invité mercredi le Conseil de sécurité à expliquer "clairement" à Damas et à l'opposition qu'ils s'exposeraient à des "conséquences" s'ils n'appliquent pas son plan de sortie de crise.

Mais le Conseil de sécurité, où deux projets de résolution sont en circulation, l'un à l'initiative de la Russie, l'autre proposé par la France et la Grande-Bretagne avec l'appui des Etats-Unis et de l'Allemagne, diverge sur la nature de ces "conséquences".

Les Occidentaux insistent pour que le régime de Bachar al Assad soit menacé de sanctions tandis que Moscou souligne qu'elles ne devraient être évoquées qu'"en dernier recours".

La Grande-Bretagne a fait circuler mercredi soir son propre projet de résolution qui placerait le plan de Kofi Annan sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, autorisant tous les moyens, y compris militaires, pour faire appliquer ce processus de sortie de crise élaboré par l'ancien secrétaire général des Nations unies.

Le projet britannique préparé avec l'appui de la France menace notamment le gouvernement syrien de sanctions si, dans les dix jours suivant l'adoption de la résolution, il ne met pas un terme à l'emploi d'armes lourdes et ne retire pas ses troupes des villes.

Ce projet de résolution est en concurrence avec le texte que les Russes ont présenté mardi et qui ne renvoie pas au chapitre VII de la Charte. A deux reprises, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à des projets de résolution visant à condamner la répression menée par le pouvoir syrien.

Avec Michelle Nichols aux Nations unies et John Irish à Paris; Jean-Stéphane Brosse et Marine Pennetier pour le service français

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