Défauts de gouvernance et d'information dans l'affaire Uramin

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L'AUDIT RÉALISÉ PAR AREVA CONCLUT À DES DÉFAUTS DE GOUVERNANCE ET D'INFORMATION DANS L'AFFAIRE URAMIN
L'AUDIT RÉALISÉ PAR AREVA CONCLUT À DES DÉFAUTS DE GOUVERNANCE ET D'INFORMATION DANS L'AFFAIRE URAMIN

par Benjamin Mallet et Caroline Jacobs

PARIS, 14 février - L'audit interne réalisé par Areva sur l'acquisition controversée de la société minière Uramin a conclu à un défaut de gouvernance et d'information mais n'a pas révélé d'éléments accréditant les rumeurs de fraude, a annoncé mardi le spécialiste public du nucléaire.

L'acquisition d'Uramin en 2007 pour 2,5 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros) a contraint Areva à inscrire dans ses comptes en 2010 et 2011 des provisions d'un montant total proche de 1,9 milliard d'euros pour tenir compte de la dévalorisation des actifs de la société, consécutive à une baisse des cours de l'uranium et de ses réserves estimées.

Le groupe avait annoncé fin 2011 la constitution d'un comité composé de trois membres indépendants du conseil de surveillance "afin d'examiner les conditions d'acquisition et d'exploitation d'Uramin et d'en tirer des enseignements pour le groupe", qui avait acquis cette société sous la présidence d'Anne Lauvergeon, remplacée en juin par Luc Oursel.

Le comité ad hoc indique dans ses conclusions dévoilées mardi dans un communiqué que "si certaines rumeurs laissent entendre qu'Areva aurait été victime de manoeuvres frauduleuses, (il) n'a eu connaissance pour sa part d'aucun élément venant accréditer la réalité de ces thèses".

Il souligne cependant que l'opération s'est faite "au prix fort" dans "un climat de volontarisme, alimenté par la hausse rapide des cours de l'Uranium et par un mouvement de consolidation du marché qui s'est accéléré sur le premier semestre 2007 (...) et qui a conduit la direction générale de l'entreprise et les équipes en charge à sous-estimer les risques".

INVESTISSEMENTS DISCUTABLES EN NAMIBIE

"Celles-ci se sont en effet montrées certaines de leur capacité à faire entrer rapidement au capital des partenaires chinois pour partager le fardeau. Elles ont en outre tablé sur un calendrier très volontariste pour la mise en exploitation des trois gisements, alors même que les caractéristiques de ceux-ci (...) entraînaient de réelles contraintes opérationnelles", ajoute le comité.

"Les différentes présentations faites à l'APE (Agence des participations de l'Etat) et au conseil de surveillance font insuffisamment ressortir les incertitudes que peuvent exprimer en interne les équipes techniques dans la période précédant l'acquisition."

Le comité souligne également que ni le directoire ni le conseil de surveillance n'ont été associés à la décision en mars 2007 de prendre une participation de 5,5% dans Uramin alors qu'il "aurait été opportun qu'ils soient consultés, même si les statuts d'Areva ne l'imposaient pas".

Il évoque en outre des investissements coûteux dans les gisements namibiens de Trekkopje, décidés alors même que les nouvelles analyses de rentabilité du projet indiquaient "une forte dégradation par rapport aux hypothèses de 2008", et estime qu'Areva "aurait pu être conduite à constater des dépréciations d'actifs plus importantes dès 2009 ou 2010".

Le comité rappelle enfin que "les événements de Fukushima ont fortement modifié l'appréciation que l'on peut porter aujourd'hui sur les perspectives de développement du nucléaire".

"Ceci rend plus délicat un jugement a posteriori sur les choix de gestion faits dans ce secteur avant février 2011."

CONFLIT OUVERT AVEC LAUVERGEON

Au vu du rapport, le conseil de surveillance indique avoir constaté "que la sincérité et la régularité des comptes des exercices antérieurs n'étaient pas remises en cause".

Il ajoute cependant que, "compte tenu des dysfonctionnements relevés, (...) il convient de revoir en profondeur la gouvernance d'Areva afin de s'assurer que des décisions touchant à des acquisitions ou à des investissements importants soient à l'avenir instruites et validées dans des conditions garantissant une meilleure sécurité juridique et financière et permettant un dialogue plus transparent (avec) le management".

Le conseil de surveillance demande également au directoire de "mettre à l'étude la transformation de la forme juridique de la société en société anonyme à conseil d'administration", ce qui permettrait de regrouper au sein d'un même organe les prises de décision et la responsabilité.

Les conclusions de l'audit sur Uramin interviennent dans le contexte d'un conflit ouvert entre Anne Lauvergeon et son ex-employeur.

"Atomic Anne" réclame à Areva le versement de quelque 1,5 million d'euros d'indemnités de départ, sur lequel la justice doit se prononcer le 22 février.

Elle a en outre demandé mercredi à la justice de désigner un expert pour examiner les conditions dans lesquelles le groupe a commandé en 2010 une enquête liée à l'acquisition d'Uramin.

Anne Lauvergeon a aussi déposé plainte contre X fin 2011 pour un espionnage présumé dont son mari Olivier Fric aurait fait l'objet dans le cadre d'une autre enquête, commandée en 2011 par la patron des mines Sébastien de Montessus, visant notamment à déterminer si Olivier Fric avait bénéficié illégalement du rachat d'Uramin.

Deux autres rapports sur Uramin, l'un du député Marc Goua et l'autre du ministère de l'Industrie et de l'Energie, sont attendus d'ici à la fin février.

Edité par Jean-Michel Bélot

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