Décryptage : Sortie de récession en vue ?

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L'économie française va mieux selon Pierre Moscovici qui attend 0,2% de croissance au T2. Mais selon Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas, la reprise ne sera pas assez vigoureuse pour inverser la courbe du chômage avant la mi-2014.

« Il y a ce que j'appellerais un frémissement ». C'est en ces termes que Pierre Moscovici a laissé entendre que la croissance de la France était ressortie à +0,2% au deuxième trimestre (avril à juin). Selon le patron de Bercy, « la croissance pourrait se raffermir au cours des prochains mois au vu du redressement des perspectives personnelles des chefs d'entreprise retracées par les enquêtes de conjoncture ». Deuxième économie du Vieux continent derrière l'Allemagne, la France reste toutefois officiellement en récession. La sortie du tunnel n'est pas encore actée. Techniquement, la récession qui marque au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB a commencé au dernier trimestre 2012 (-0,2%) et s'est poursuivie au premier trimestre 2013 (-0,2%). Pour l'année 2013, les économistes de BNP Paribas, qui jugent la reprise « incertaine », anticipent une baisse de 0,4% du PIB (et un recul de 0,1% au deuxième trimestre).

Rien à voir pour autant avec la « grande récession » de 2009. « C'est une récession d'une ampleur limitée. Au regard de la détérioration prononcée des enquêtes PMI et INSEE sur le climat des affaires, la contraction limitée du PIB est frappante. Un lent redémarrage de l'activité devrait s'amorcer au second semestre, porté par le redressement en cours de la confiance et de la demande étrangère, européenne notamment » assure Hélène Baudchon, économiste France chez BNP Paribas. En 2014, le PIB français devrait ainsi, selon les prévisions de la banque, se redresser de 0,5%. Quant au déficit budgétaire, il passerait de 4,7% du PIB en 2013 à 3,7% l'an prochain.

Facteurs positifs
Ce scénario d'un retour timide de la croissance au second semestre est alimenté par plusieurs nouvelles encourageantes : d'abord, la bonne tenue de l'économie américaine (+2,2% de croissance attendue en 2013, +2,9% en 2014) et l'amélioration de la situation constatée au Japon, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Ensuite, la faiblesse de l'inflation en Europe et le maintien des taux par la BCE à des niveaux très bas plaident en faveur du retour de la confiance. Les économistes de BNP Paribas estiment également que le déblocage de l'épargne salariale, à compter du 1er juillet, devrait donner un coup de pouce à la consommation des ménages, avant le relèvement de la TVA prévue au 1er janvier 2014. Autre nouvelle positive mais provisoire, le sursis de deux ans donné par Bruxelles à la France pour ramener son déficit budgétaire sous la barre des 3% devrait permettre d'éviter une « trappe à austérité » qui aurait été particulièrement malvenue.

Pour autant, cette sortie de récession ne signifie pas que la France se trouve sur un chemin vertueux de croissance durable. Les défis à relever par le gouvernement français restent immenses. « Les taux de marge des entreprises restent particulièrement faibles et les restrictions budgétaires inévitables contribuent à freiner la croissance. Les emplois d'avenir et les contrats de génération ne permettront pas d'inverser la courbe du chômage malgré la relative accalmie constatée en mai » précise Hélène Baudchon. Selon BNP Paribas, le taux de chômage devrait ressortir à 11,3% en 2013 et 12% en 2014. La reprise de l'emploi n'est pas anticipée avant le milieu de l'année prochaine.

Faibles marges de manoeuvre
« Des avancées indéniables ont lieu sur le front des réformes structurelles (pacte sur la compétitivité et la sécurisation de l'emploi, réforme des allocations familiales ou des retraites à venir etc.) mais les effets de ces réformes ne seront pas visibles dans l'immédiat. De même, les mesures prises sont parfois contradictoires et suscitent un mélange d'inquiétudes et d'incertitudes » relève Hélène Baudchon. A titre d'exemple, le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) qui s'appliquera pour les entreprises en 2014 (au titre de l'exercice 2013) ne concernera que les emplois rémunérés dans la limite de 2,5 fois le SMIC. « Une mesure plus favorable à l'emploi qu'au redressement de la compétitivité » juge l'économiste.

Au final, dans un contexte mondial encore très fragile, les marges de manoeuvre du gouvernement Ayrault sont faibles d'autant que le gouvernement a promis un effort budgétaire de 20 milliards d'euros en 2014 (15 milliards par la baisse des dépenses et 5 milliards par l'augmentation des recettes). Pour atteindre cette fameuse barre des 3% en 2015, un nouvel ajustement structurel, forcément douloureux, devra être probablement mis en place d'ici là. Le frémissement de la croissance risque bien de ne pas aller beaucoup plus loin.

Julien Gautier


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  • adelala2 le lundi 15 juil 2013 à 13:28

    Oh la la ça frémit, on va créer 2 emplois en 2014! Quels clowns...

  • jls.busy le lundi 15 juil 2013 à 10:20

    HOLLANDE & MOSCOVICI Voient la Reprise, celle des chaussettes et des bas de laine certainement...!!! Ma va...!!!

  • jls.busy le lundi 15 juil 2013 à 10:16

    LE SOCIALISME et ce Gouvernement ne voit des rentrées budgétaires que par l'impôt y compris par les retraites déjà taxées pendant toute une vie, amputées du pouvoir d'achat dès le passage en retraire et désormais Ré-IMPOSé dans leur maigre retraite. L'économie c'est le travail et l'exportation DONC l'INDUSTRIE et ouvrir les CREDITS aux PME-PMI Artisanat SEULE Solution basique et réaliste, mais ça pour des Gens qui n'ont jamais travaillés c'est incompréhensible. DEHORS...!!!

  • jls.busy le lundi 15 juil 2013 à 10:10

    LA REPRISE ne sera la que lorsque ce mandat sera achevé Comme quoi lorsque la finance et la politique s'allient nous arrivons au même constat 2017 - 2012 = 5 ans soit un quinquennat... Avec un peu de chance l'on aurait 2015 - 2012 = 3 ans se qui voudrait dire que logiquement il avoue son incompétence et s'en aille...

  • jls.busy le lundi 15 juil 2013 à 10:07

    AVEC LA CRISE DES SUBPRIME DE 2007 et LES CRACKS BANCAIRES qui suivirent depuis 2007 il faut entre 8 et 10 ans pour s'en remettre, Soit 2015 au mieux et 2017 dans le meilleurs des cas. Tous ceux qui prétendent le contraire se plantent ou maintiennent de faux espoirs dans un but stérile et malencontreux... Quand au discours du Président alors là ceci est prendre des vessies pour des lanternes.

  • mlaure13 le samedi 13 juil 2013 à 19:24

    Pour maintenir et insuffler un nouvel élan à leur électorat d'assistés, ils ont besoin de se rassurer eux-mêmes...et après EUX, les bonnes retraites et avantages indécents...avant le déluge !...

  • xela78 le vendredi 12 juil 2013 à 16:44

    Tous les ans ils repoussent d'un an . En 2014 la reprise sera pour 2015.Quand on ne sait pas disait coluche on se tait.

  • fquiroga le vendredi 12 juil 2013 à 16:07

    Sortie de la récession pour entrer en croissance négative.....

  • TAURUS55 le vendredi 12 juil 2013 à 10:09

    En 1976, Chirac alors premier ministre, voyait la sortie du tunnel... On se sounvient de ce qu'il en est advenu. Cinq ans après, on avait Mitterand. Dans quatre ans, on aura peut-être Marine ?

  • talens le vendredi 12 juil 2013 à 09:26

    grande fragilité... tu ajoutes à cela une petite tension sur les taux longs (simplement de 1 ou 2%, c'est en cours) ce qui renchérit le service de la dette de..... 50% et patatras!