Décryptage : Le marché des offres publiques souffre toujours de la faiblesse de l'activité économique

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2012 s'avère à nouveau un cru décevant pour les OPA. Quarante opérations seulement ont été initiées et seules 16 offres lancées par un investisseur tiers analyse Sonia Bonnet-Bernard, associée-gérante de Ricol Lasteyrie.

Les espoirs suscités par la reprise des offres publiques en 2011 ont été déçus en 2012. Le quatrième Observatoire des Offres Publiques(1), publié par Ricol Lasteyrie, recense ainsi 40 offres publiques à la Bourse de Paris l'an dernier, soit environ un quart de moins que les 53 opérations comptabilisées l'année précédente. Les risques de crise systémique au cours de la première moitié de l'année puis les incertitudes fiscales au cours de la seconde moitié ont provoqué un attentisme préjudiciable aux opérations externes.

D'ailleurs, pour la majorité des offres, il ne s'agit pas d'opérations externes puisque, dans 60% des cas, l'opération a été initiée par les actionnaires de la société ou par la société elle-même. Seules 16 offres ont été lancées par un investisseur tiers, et presque toujours dans un contexte amical. Une opération seulement en 2012 - l'OPA de Lagardère sur Leguide.com - peut être qualifiée d'hostile.
Cette prudence se reflète dans la forte chute des montants en jeu : le capital acquis au cours des 40 opérations s'élève à 3,24 milliards d'euros, à comparer avec 7,9 milliards en 2011 (-59%). Seule l'acquisition de CFAO par une filiale de Toyota a dépassé l'an dernier un milliard d'euros. La deuxième opération par la taille, l'acquisition de Guyenne & Gascogne par Carrefour, est inférieure à 500 millions.

Plus grave, les opérations de retraits de la cote ont été plus nombreuses en 2012 que les nouvelles introductions. Vingt-deux sociétés ont été retirées de la bourse par leur actionnaire de référence soit, à peu de chose près, le même nombre que l'année précédente. Mais alors qu'en 2011, on avait comptabilisé 44 nouvelles sociétés sur les marchés Euronext et Alternext, en 2012, il n'y en a eu que 19 ! Cette tendance met en lumière la difficulté de la bourse à jouer son rôle principal, à savoir financer les entreprises. Il sera, à cet égard, intéressant de suivre le projet de Bourse dédiée aux PME-ETI annoncé en décembre dernier par NYSE Euronext.

Dans ce contexte, un nombre croissant de sociétés ont procédé à des rachats d'actions afin d'offrir une fenêtre de liquidité à leurs actionnaires et compenser la faiblesse des cours de bourse et le peu d'échanges sur leur titre. C'est le cas notamment de Havas qui a racheté 12 % de son capital pour 253 millions d'euros. L'offre, qui représentait une prime de l'ordre de 25% par rapport au dernier cours de bourse, a rencontré un vif succès, tout comme les OPRA(2) de Linedata Services, Rougier, Turenne Investissement et ANF Immobilier.

Quid à présent de 2013 ? La publication depuis quatre ans de l'Observatoire des Offres Publiques montre que le marché des offres publiques est étroitement corrélé à la santé de l'économie et à la progression des valorisations boursières - la faiblesse des cours de bourse a, paradoxalement, un effet dissuasif. De ce point de vue, nous sommes à la croisée des chemins. La dynamique boursière depuis l'automne traduit une anticipation de reprise économique qui devrait être favorable aux offres publiques. En même temps, les signes tangibles de reprise ne sont guère perceptibles au niveau de l'économie réelle. D'où sans doute la poursuite d'une certaine prudence dans les mois à venir.

Sonia Bonnet-Bernard


Classement des opérations par le montant des actions acquises (en M¤) :




(1): L'Observatoire des Offres Publiques recense et analyse chaque année l'ensemble des offres publiques portant sur les actions des sociétés cotées en France et soumises à l'Autorité des Marchés Financiers.
(2) : Offre publique de rachat d'actions

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  • M8725649 le jeudi 21 fév 2013 à 20:04

    L'économie n'est pas prête de se relever. Ce n'est pas être pessimiste que de la souligner, c'est juste être réaliste.